3 de fevereiro de 2015

Badiou repond a Jacques-Alain Miller - Badiou responde a Jacques-Alain Miller




BADIOU PARAÎT SUR LE PRÉ

J’ai reçu ce jour à 16 :16 un mail d’Alain Badiou. Je lui ai répondu, par mail également, à 16 :40 : « Le P.S. m’indique que je suis par toi laissé libre de publier ce courrier privé dans mon actuelle chronique d’actualité. C’est bien ça ? JA » Puis, second message : « Il est 17h 05. Si à 17:30, je n’ai rien de toi, j’insère ton mail dans mon blog de Médiapart, au titre du droit de réponse. Et puis, je ferai de même, si les responsables sont d’accord, dans les autres organes où ma “Vie parallèle” est parue. » A 17 :18, réponse de mon interlocuteur : « Tu fais comme tu veux, en indiquant, à chaque fois, q‎ue mon texte est un mail privé dont je t’ai laissé l’usage libre, et que donc c’est toi et non moi qui a décidé de le rendre public. Cette mention est tenue par moi pour obligatoire. A toi. Alain B. »

Dont acte. —JAM, ce samedi 31 janvier 2015, 17 :30


PAR ALAIN BADIOU

31 janvier 2015

Cher Jacques-Alain,

J’ai lu ton Plutarque Onfray/Badiou à la mord-moi-le-noeud. Tu as toujours ce faux style formulaire et ironique, qui me rappelle celui des propos d’Alain. Du reste, ce sont bien des “propos”, ça ne va pas chercher loin, c’est l’art et la manière de piquer sans dire grand chose. Quelques allusions, quelques anecdotes, souvent controuvées, et c’est emballé : on tiendra que l’Oracle, tout en gaieté ce jour là, a mis le Badiou à sa place.

Pour l’Onfray, qu’il s’en débrouille : je lui ai pour ce qui me concerne directement rivé son clou lors d’une émission d’une heure sur Médiapart.

Hormis quelques faits, qu’il me faut bien rectifier, je te ferai seulement deux petits reproches : D’abord, tu ne devrais pas qualifier de cryptique, ou tout autre adjectif emprunté aux soupçons d’obscurantisme, ce que tu n’as pas, ou pas encore, les moyens de comprendre. J’ai écrit deux sommes spéculatives, je suis en train d’achever la troisième (raison pour laquelle, contrairement à ce que tu dis, mon oeuvre n’est pas encore faite), et je suis en état de soutenir que rien là-dedans n’est obscur, et presque tout prouvé. Tu devrais avoir l’honnêteté de dire que les preuves en question, tu ne peux les suivre, pour la seule raison qu’il te manque un poil de culture mathématique, ce qui est ton droit le plus strict. Ensuite, tu aurais dû admettre que renégat, tu l’es, c’est un fait, et qu’encore dans ton exercice Plutarquien la moitié de ce que tu dis le confirme. Je n’ai jamais été ton adversaire qu’en politique : quand tu étais un jeune révolutionnaire ultra-gauche, je te combattais à ce titre, et tu me combattais toi aussi sans merci ; quand tu es devenu contre-révolutionnaire à l’âge adulte, je t’ai qualifié, c’est tout. Pourquoi monter au plafond? Ces devenirs et controverses appartiennent à la banalité de la vie des amis de jeunesse. 

Par ailleurs :

1. Je n’ai ni “forgé” ni diffusé l’appellation “le philosophe vivant le plus traduit dans le monde”. Elle a été utilisée par de nombreux médias depuis des années. Elle a été établie statistiquement, en particulier par l’Ambassade de France aux USA, quand le New York Times a attaqué le “déclin” des publications françaises. J’ai les chiffres. Ce n’est pas élégant, ce que tu dis sur ce point, c’est une bavure.

2. “Planqué”, tu n’en sais rien. De ma vie active, tu ne sais rien. De ma vie tout court, du reste, tu ne sais rien, ce qui est une erreur quand on prétend biographiser. De ce que je peux continuer à faire avec ces ouvriers des foyers que tu as abandonnés un beau jour sans raison à leurs yeux défendable, tu ne sais rien du tout. Alors, sur ce point aussi, faire semblant de savoir et calomnier en conséquence, c’est une bavure.

3. Sur les filles portant le foulard, tu sais parfaitement que j’ai écrit et publié plusieurs longs textes. L’interprétation que tu donnes est du coup évidemment grotesque. C’est un effet facile, obtenu comme très souvent en spéculant sur l’ignorance de ton lecteur. Tu devrais éviter ces procédés dans ta tentative de “critique grand seigneur”.

4. Tu utilises beaucoup Pol Pot, y compris pour faire rire de mes obstinations, et ce serait de bonne guerre s’il n’était pas notoire que j’ai fait sur ce point une autocritique détaillée et publique, sur une chaîne de télé à une heure de grande écoute. Tu pourrais peut-être en aviser tes lecteurs ? Et t’es-tu toi-même jamais autocritiqué en public? Le plus gonflé de son importance de nous deux, le plus assuré d’avoir constamment raison, n’est sans doute pas celui que tu cherches à stigmatiser sur ce plan. Je te recommande sur ce point la quatrième partie de mon petit livre “Métaphysique du bonheur réel” : c’est sans doute un exercice de doute sur soi-même sans trop d’équivalent aujourd’hui (mais nous savons tous que tu lis peu de ce qui t’est contemporain).
 
5. Que je sois romancier, auteur de théâtre et philosophe, ce n’est là qu’un fait, et non pas une prétention. Tu pourras par exemple venir à l’enregistrement public, en avril, au Grand Studio de Radio France, de ma dernière pièce de théâtre, une commande de France Culture, pièce titrée “Le second procès de Socrate”. Je t’y accueillerai avec plaisir, si nous évitons toute allusion politique, si tu évites, par exemple de continuer à vanter comme un exploit humaniste la totale destruction de tout ordre public en Libye, et ce pour quasiment toujours, par les efforts conjugués de l’aviation française sur le terrain et de BHL (et de toi) dans les salons. Peut-être un point possible d’autocritique ?

A toi, Alain B.

PS : je te signale que ceci est un courrier privé, non, comme ta Plutarquie, une tribune. Ceci dit, en droit, tu en fais ce que tu veux…


BADIOU APARECE EN LE PRÉ

He recibido hoy a las 16.16 un mail de Alain Badiou. Le respondí igualmente por mail, a las 16.40: "El P.S. me indica que me dejas en libertad de publicar el correo privado en mi actual crónica de actualidad. Es así? JA". Luego, segundo mensaje "Son las 17.15. Si a las 17.30, no recibí nada tuyo, voy a poner mi mail en mi blog de Mediapart, como derecho de respuesta. Y luego hare lo mismo si los responsables están de acuerdo, en los otros órganos donde apareció mi "Vida paralela". A las 17.18, respuesta de mi interlocutor: "Haz como quieras, indicando cada vez, que mi texto es un mail privado del que te dejo el libre uso, y por lo tanto eres tu y no yo el que decidió hacerlo público. Esta mención es para mí obligatoria. Tuyo Alain B". 

"Tomo nota" - JAM este sábado 31 de enero 2015 17.30


POR ALAIN BADIOU 

31 de enero de 2015 

Querido Jacques-Alain, 

He leído tu Plutarco Onfray/Badiou sin interés. Tienes siempre ese falso estilo formulario e irónico que me recuerda las palabras de Alain. Por lo demás, son solo “palabras”, no llegan muy lejos, es el arte y la manera de pinchar sin decir gran cosa. Algunas alusiones, algunas anécdotas, a menudo fabricadas, y arranca: se dirá que el Oráculo que estaba muy alegre ese día, puso a Badiou en su lugar. 

Onfray, que se las arregle: en lo que me concierne le remaché su clavo en una emisión de una hora en Mediapart. Más allá de algunos hechos, que debo rectificar, solo te haré dos pequeños reproches: En primer lugar, no deberías calificar de críptico, o cualquier otro adjetivo tomado sospechando oscurantismo, lo que tú no tienes, o aún no tienes, los medios para comprender. He escrito dos sumas especulativas, estoy terminando la tercera (razón por la cual, contrariamente a lo que dices, mi obra no está hecha aún), y estoy en condiciones de sostener que nada en ella es oscuro, y casi todo probado. Deberías tener la honestidad de decir que no puedes seguir las pruebas en cuestión, por la sola razón que te falta un pelo de cultura matemática. Lo que es tu estricto derecho. Luego, hubieras debido admitir que tù eres renegado, es un hecho, y que aun en tu ejercicio Plutarquico la mitad de lo que dices lo confirma.

Solo he sido tu adversario en política; cuando eras un joven revolucionario de ultra izquierda, yo combatía contigo por eso, y tú también combatías conmigo sin piedad; cuando te volviste contrarevolucionario en la edad adulta, te califiqué, es todo. ¿Por qué subirse por las paredes? Estos vaivenes y controversias pertenecen a la banalidad de la vida de los amigos de la juventud. 

Por otra parte:

1. No “forjé” ni difundì la denominación “el filósofo vivo más traducido en el mundo”. Fue utilizada por numerosos medios desde hace años. Fue establecida estadísticamente en particular por la Embajada de Francia en USA, cuando el New York Times atacó la “decadencia” de las publicaciones francesas. Tengo las cifras. No es elegante lo que dices sobre este punto, es un error.

2. “Escondido”, no sabes nada. De mi vida activa, no sabes nada. Simplemente no sabes nada de mi vida, lo que es un error cuando se pretende hacer una biografía. De aquello que puedo seguir haciendo con los obreros de los hogares que abandonaste un buen día sin razón defendible a sus ojos, no sabes nada. Entonces, también en este punto, hacer semblante de saber y calumniar en consecuencia, es un error.

3. Con respecto a las jóvenes que llevan fular, sabes perfectamente que he escrito y publicado largos textos. La interpretación que das es por lo tanto grotesca. Es un efecto fácil, obtenido, como a menudo, especulando con la ignorancia de tu lector. Deberías evitar este proceder en el intento de “crítico gran señor”.

4. Tú utilizas mucho a Pol Pot, incluso para hacer reír de mis obstinaciones, y sería de buena fe si no fuera notorio que he hecho sobre ese punto una autocrítica detallada y pública, en una cadena de televisión en horario central. ¿Tal vez puedas informar a los lectores? ¿Alguna vez te has criticado en público? El más inflado de importancia de nosotros dos, el más seguro de tener siempre razón, sin duda no es aquel al que tratas de estigmatizar en ese plano. Te recomiendo en este punto la cuarta parte de mi pequeño libro: “Metafísica de la felicidad real”, sin duda es un ejercicio de duda de sí mismo sin demasiado equivalente hoy (pero sabernos todos que lees poco de lo que te es contemporáneo).

5. Que sea novelista, autor de teatro y filósofo, no es más que un hecho, y no una pretensión. Podrías por ejemplo venir a la grabación pública, en abril, en el Gran Estudio de radio France, de mi última obra de teatro, un encargo de France Culture, pieza titulada “El segundo proceso de Sócrates”. Te recibiré allí con gusto, si evitamos cualquier alusión política, si evitas, por ejemplo seguir alabando como una hazaña humanista la total destrucción de todo orden público en Libia, y casi siempre a causa de los esfuerzos reunidos de la aviación francesa en el terreno y de BHL (y de ti) en los salones. ¿Tal vez un posible punto de autocrítica?

Tuyo

Alain B.

PS : te hago notar que este es un correo privado, no como tu Plutarquia una tribuna, Dicho esto, tienes el derecho de hacer lo que quieras con él.

Traducción Silvia Baudini

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