27 de marzo de 2015

LACAN QUOTIDIEN. Note sur Rome et L'Islam, par Antonio Di Ciaccia



We are coming to Rome

Telle est la dernière menace arrivée par un hashtag sur Twitter. Voir le drapeau noir de l’Isis hissé sur l’obélisque de la Basilique Saint-Pierre donne un certain frisson – même si c’est un photomontage. Les réponses moqueuses des romains, reprises par le Washington Post (1), sont peut-être à la hauteur des hooligans hollandais, dignes descendants des Landsknechte de Charles Quint, mais est-on conscient de ce qui est en train de se passer ?

L’Islam fait peur (2). Non seulement aux non musulmans, mais aussi à ceux qui appartiennent à l’Oumma islamique (3).

La naissance d’une nouvelle religion

Les « Évidences » révélées par l’ange Gabriel à Mahomet, un arabe du VIIe siècle, sont à l’origine de la religion musulmane. La clef est écrite dans la Sourate LXI, 6 du Coran, où Mahomet est l’Envoyé de Dieu, identifé au Messie juif et au Paraclet chrétien : il est le Prophète de la fn du monde et du Jugement dernier. On comprend la déception de Mahomet quand il se rend à l’évidence que ni les juifs ni les chrétiens ne s’empressent de le reconnaître. Mais dès que lui arrive par révélation le « Certain », il entreprend aussitôt de combattre les réfractaires à ses doctrines et de ramener par la force ceux qu’il n’avait pu conquérir par la persuasion.

À l’époque, l’Arabie était presque toute chrétienne, avec des ilots juifs, lesquels se montrèrent les plus hostiles à le reconnaître, en raison de sa connaissance précaire du Livre. Voici le trait que nous retrouvons dans le rapport de Mahomet et de ses fdèles concernant les deux autres grandes religions monothéistes : cette religion considère dépassées les religions juive et chrétienne parce qu’elles ne sont que des formes corrompues de la vraie, celle d’Abraham, qui prend forme uniquement dans le Coran.

S’il indiquait d’abord la soumission inconditionnelle à Dieu, valable donc aussi pour les juifs et les chrétiens, dès leur refus de suivre Mahomet, Islam deviendra le nom de la nouvelle religion, qui sera, pour l’humanité entière, défnitive et eschatologique – en nouant étroitement la mort et le Paradis.

Depuis lors, parmi les obligations rituelles, il faut mentionner le djihâd, la guerre sainte. Elle ne sera plus portée contre les agresseurs, mais contre les infdèles : païens, juifs, chrétiens, athées. Actuellement l’objectif est d’arriver à un État, un grand Khalifat – dont le nom renvoie à l’immédiate descendance du Prophète et aux sanglants affrontements entre sunnites et chiites, encore aujourd’hui à l’ordre du jour.

Contre cet esprit guerrier, l’Occident a plusieurs fois dû faire face. Qu’on se souvienne de la bataille navale de Lépante en 1571, voulue obstinément par le Pape Pie V, ou de la défense de Vienne en 1683. Mais, pour ce qui concerne Rome, déjà en 846, la Basilique Saint- Pierre avait été pillée par les troupes sarrasines.




Deux visions de la religion

Mais pourquoi les djihadistes veulent-ils Rome ? « Rome, dans la langue du prophète Mahomet, écrit la revue Dabiq de al-Dawlat, nom arabe de l’État islamique, est le terme qui désigne les chrétiens en Europe et leurs colonies dans le Sham (Moyen-Orient) ». Rome doit être prise en tant que symbole de la chrétienté. 

Quels sont les rapports entre Rome et l’Islam ? Il faut considérer deux aspects : primo, les rapports entre la religion et la politique ; secundo, la visée universelle des deux religions.

En ce qui concerne le premier point, ce qui a donné sa puissance à l’Islam est, depuis le temps de son fondateur, l’étroit amalgame entre la politique et la religion. Amalgame indissoluble, qui se présente encore à l’heure actuelle comme une théocratie absolue. En revanche, au fl des siècles, l’Occident a connu dans ce domaine des oscillations. Déjà au IVe siècle, saint Augustin et les Papes vont faire la différence entre l’État de Dieu et l’État temporel, ce qui sera l’objectif de Dante. La frontière qui sépare les deux ne sera défnitive qu’au XVIIe siècle, au moins chez les catholiques, après les positions prises par Venise grâce à Paolo Sarpi, un ami de Galilée.

L’autre point dolens est l’universalisme des deux religions. Pour les musulmans, il va de soi que tout vivant est soumis à Dieu – ce que l’on peut, à la limite, concevoir. Mais cela comporte la reconnaissance de son Prophète et l’obéissance aux règles théocratiques. Il est probable que l’universalisme islamique provienne de l’universalisme paulinien. Mais alors que le salut islamique est bien fxe, celui du Christ est interprété par l’Église, ce qui donne des variations. Il sufft de comparer ce que le Concile de Florence proclame en 1442, Extra Ecclesia nulla salus, avec le salut éternel pour tous les hommes de bonne volonté, formulé par le dernier Concile, Vatican II. Les musulmans sont compris dans ce dessein du salut, soit du fait de leur reconnaissance du Créateur, soit pour avoir la foi d’Abraham qui leur permet d’adorer – comme font les juifs et les chrétiens – le Dieu unique et miséricordieux du Jugement dernier (4).

Ce qui frappe, c’est l’immobilisme du côté de la doctrine islamique et le constant, inexorable mouvement de la doctrine catholique, et cela, malgré les dogmes. L’universalisme islamique se base sur la conquête territoriale et corporelle, l’universalisme chrétien va vers l’assentiment personnel et singulier des esprits.

À ce point, il faudrait étudier de près la conception de Dieu dans les trois religions monothéistes. On verra que cette conception donnera une vision différente de la religion et de l’intériorité. Par exemple, dans l’Islam, il n’y a pas à proprement parler de sacerdoce, et donc il n’y a pas de médiateur entre Dieu et le fdèle. Mais il semble que ce soit l’intériorité qui fasse défaut à la religion musulmane, bien que le soufsme en témoigne, plus particulièrement les mystiques et les poètes arabes.

Je termine avec les mots du plus grand d’entre eux, al-Hallag, bien que sa foi et son rapport à Dieu aient été interprétés par ses coreligionnaires comme athéisme et qu’il fût donc exécuté en 922 : « Pour celui qui aime, il sufft d’isoler le Un » (5). 

Notes:


1: http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2015/02/20/the-islamic-state-threatens-to-come-to-rome- italians-respond-with-travel-advice/
2 : Parmi les nombreux ouvrages en italien cf. M. Molinari, Il Califfato del terrore. Perché lo Stato islamico minaccia l’occidente, Milano, Rizzoli, 2015.

3 : Cf. Tahar Ben Jelloun, E’ questo l’Islam che fa paura, Milano, Bompiani, 2015.
4 : Cf. Constitution dogmatique du Vatican II Lumen gentium, art. 16 (Rome, 1965). 5 : Cité par H. Küng, Islam. Passato, presente e futuro, Rizzoli, Milano, 2005, p. 400.

26 de marzo de 2015

Onfray Moves Out, by Jacques-Alain Miller

 
1. Why Papuans?* 

Onfray displays the virtue of the philosopher as public figure: according to Foucault, parrhesia, Greek for telling-all, truth-telling, plain-talk. He preaches the four virtues to the powerful, pulls down the idols, all the while chanting out unanswerable indictments. And when the dosage is right, you can wrangle yourself from the Left to the Right. But sometimes he gets confused, and then, thump!


A short time ago, in Le Point, our Chief Justice took aim at Saint-Germain-des-Prés, which he declared a “Papuan village”, and whose pinko-caviar mafia he decapitated without pity. In the fury of the massacre: “I prefer an accurate analysis by Alain de Benoist to an inaccurate analysis by Minc, Attali or Bernard-Henri Lévy… The Papuans will scream! But they will not make me say that I prefer an inaccurate analysis by BHL on the pretext that he claims he is left-wing.”

This Sunday, Manuel Valls steps in, displaying the virtue of the chief: authority, the constant companion of his anger. Here he is, shutting up the philosopher: “When Michel Onfray claims that basically Alain de Benoist is worth more than Bernard-Henri Lévy, it means that we’re all losing our bearings.”

Onfray is immediately in all the news outlets: he has not been read, he was misread, he even goes so far as to propose in Le Figaro “a close reading of the text.” The problem, in his opinion? Valls is “a cretin”. Not exactly. There is something rather twisted in Onfray’s proposal.

He presents a conflict of preferences. A) As a “man of the Left”, I (Onfray) am expected to prefer other men of the Left to those of the Right. B) As a philosopher, I prefer the accurate to the inaccurate, the true to the false. C) As I am a philosopher before I am a man of the Left, I give way to B over A: a truth from the Right is worth more than an error from the Left.

This chiasmus of preference is not raw Onfray. He found his classical expression in the Latin sentence: “Amicus Plato, sed magis amica veritas” : Plato is my friend, but the truth is a still greater friend. This thought comes from Plato, and is taken up by Aristotle. Cicero, on the other hand, makes the opposite choice: I would rather err with Plato than be in the truth with Pythagoras (the origin of the celebrated phrase “Better to screw up with Sartre than to be right with Aron”).

What is wrong with Onfray’s formulation is that he is far from being BHL’s friend. He can’t stand him. Thus, the “Plato amicus” is invalidated as a basis for the proverb. Thump! This fact alone endorses Valls’ interpretation.

In fact, Tarski, the great logician, offers the only version that could have made sense of Onfray’s gibberish: “Inimicus Plato, sed magis inimica falsitas“, that is: BHL is my enemy, but error is a still greater enemy.

A mystery persists: why pick on the Papuans? The Papuan cultures inspired the great ethnologues: Malinowski, Margaret Mead, Godelier. Who are you, Onfray, to scorn them?

2. Logic of Gibberish

Now I would like to consider seriously Onfray’s gibberish, to deploy all its subtlety, to tease out its deeper sense.

I will begin with an “oddity” pointed out by Maria de França (“Manuel Valls, Michel Onfray et Bernard-Henri Lévy: what’s at stake in the debate”, La Règle du jeu, 8 March 2015): “We have every right to find it odd that a completely forgotten intellectual, Alain de Benoist, should emerge from the mothballs of obscurity.” In effect, why Alain de Benoist?

Why impute to this very figure the paternity of “the accurate analysis” corresponding to the “inaccurate analysis” of BHL? As an ad hominem attack, with BHL as its target, the mention of his name imposes itself, it is legitimate and necessary. On the other hand, the mention of Alain de Benoist is not necessary but contingent: any other figure from the Right would have done as well. The choice of name has no effect on the logical validity of the reasoning.

We might attribute to Onfray’s theory of preferences the following axioms:

A) the true, T, prevails over the false, F;

A’) scholium: every thesis T (accurate, true, exact) always prevails over every thesis F (inaccurate, false, erroneous) no matter the author of the thesis;

B) to every name belonging to the set of “men of the Right” may be assigned the production of a thesis T;

C) to every name belonging to the set of “men of the Left” may be assigned the production of a thesis F.

Onfray’s gibberish would then rest on the following implication, valid if redundant – since the fact that the author of the thesis comes from the Right or the Left is neutral with respect to the validity of the formula. Namely: for all x such that x is a true thesis with an author from the Right, and for all y such that y is a false thesis with an author from the Left, x is worth more than y.

The choice of proper name destined to exemplify the right-wing author of a true thesis or the left-wing author of a false thesis belongs to the sentimental or ideological, rather than logical, order – that is, it is effectively a rhetorical choice.

In the context of a polemic against BHL, nothing is more legitimate than to identify by this name the left-wing author of a false thesis. However, Onfray’s hostility toward BHL is such that it overflows the bounds of the logical scheme of his crossed preferences- whence the suspicion that we are dealing with gibberish.

Onfray’s chiasmus is overthrown by his refusal to recognize BHL as a proper left-winger. He highlights that BHL “says he is left-wing”. In his eyes, what’s at stake is an illocutionary assertion, expressing a subject’s opinion of himself; which presupposes that Onfray himself refuses to assign the status of objective truth to this claim. Thereafter, nothing prevents the supposed falsity of BHL’s thesis from extending itself to his left-wing presumptions. In other words, Onfray lets us understand, or suggests, that BHL is a false “left-winger”.

The result of all this is that the axiom of preferences, which proposes that, in every case, the true is worth more than the false, does not have as its only consequence the scholium affirming that every true thesis is worth more than every false thesis. There is another implication: that a true right-wing man who authors a true thesis is worth more than a false left-wing man who authors a false thesis. This scholium completely justifies Manuel Valls’ reading of Onfray’s gibberish.

Onfray has wrestled like a devil, has disputed this reading in every way, in every media outlet; he has called Valls a “cretin”. The fact remains: there’s only one cretin in this affair, and it is Onfray.

The boy, who is otherwise far from unintelligent, is “cretinized” by the excess of his hatred. Hatred of BHL. Hatred of the elitist, decadent, Saint-Germain-des-Prés mafia. Hatred of the left in nearly all its known forms. Of all those who have expressed themselves in the media in 2015, Onfray is by far the most consistently hateful, he is the only one whose style transmits something of Action Française. Today’s Rivarol is far behind.

3. The choice of a proper name

Now, what name do we choose to exemplify the right-wing man as the author of a true thesis?

There are names whose association with the notion of “true thesis” would offend the public’s common sense, or, to use Orwell-Michéa’s phrase, “common decency“. In short, to consider someone as the source of a true thesis inevitably conveys a laudatory effect. Let’s say I were to claim, for example: “a true thesis by Hitler”. Even if I affirm my hatred of this figure elsewhere, this claim conveys praise, since I presuppose that Hitler is someone who is capable of making (at least) a true claim.

Yet it is clear that in some sense Hitler made plenty of “true claims”, like: “I will re-occupy the Rhineland by surprise, and they won’t do anything”, “No one will prevent me from enacting the Anschluss“, “We will cross the Maginot line on the recommendation of Manstein, and we will beat them hands down”, etc. Given the exactitude of these forecasting assertions, nothing opposes the strict logicality of speaking of “true claims” of Hitler. To resume Roland Dumas’ memorable phrase from his dialogue with Jean-Jacques Bourdin, from February 16, “Why not say it, if it’s a reality?”

However, it’s quite something to make of Hitler an example, in the context of a purely logical argument, of the source of true claims. It is yet another matter to do so in the “public sphere” (in Habermas’ sense). This particular proper name contains a connotation that no speaker can reasonably ignore, if he doesn’t wish to be seen as a Nazi sympathizer.

Thus the choice of a proper name must respond to certain extra-logical, tactical, and opportunistic criteria. The name has the status of a rhetorical signifier, characterized by its “nebulosity”, according to Barthes’ term. One can calculate in advance its probable effect on the public.

In the present case, the balance of the case would require that name of BHL be paired with the name of a more or less comparable right-wing intellectual, namely a notorious figure, with easy access, indeed privileged access, to the media, ready to express himself loud and clear on questions of current events.

But who is Alain de Benoist? He is an authentic, extreme right-wing, autodidact intellectual. He is a prolific author. He is also the leader of a certain school of thought, whose hour of glory was in the years post-68, when Robert Hersant and Louis Pauwels entrusted the orientation and editing of the Figaro-magazine to him and his group “La Nouvelle Droite”, posts formerly held by François Mauriac and Raymond Aron. Nevertheless, his name satisfies none of the requirements that I have just explained. Whence Maria de França’s astonishment.

I do not mean to say that Onfray’s choice of name was unmotivated. It can be explained, according to Renaud Dély, by the “common points and convergences” between Benoist and Onfray, noted in the latest number of Monsieur de Benoist’s magazine Eléments (“Michel Onfray et les ‘idées justes’ d’Alain Benoist”, Bibliobs, 9 March). In short, it’s an example of payback.

There remains only one name other than that of Alain de Benoist which might take its natural place opposite BHL without startling anyone: that of Eric Zemmour. It would perfectly satisfy the informal requirements I have enumerated. Here is the basis of the hypothesis that there was a signifying metaphor (in the Lacan’s sense) in Onfray’s claim. The signifier “Alain de Benoist” would have substituted for “Eric Zemmour”, which would have then “fallen into obscurity”.

Provided that this metaphoric substitution took place, what was its sensible effect?

1) Concerning BHL, the metaphor operates by contamination: it sends him back into the mothballs of oblivion along with Alain de Benoist. Associating BHL with Zemmour would have meant associating him with an actual and promising dynamic: associating him with Benoist places him in the past, buries him, it’s the equivalent of saying “Die, BHL!” or “You’re already dead, BHL!”

2) Concerning Onfray himself, the metaphor operates inversely by decontamination: associating the names of BHL and Zemmour would have made a correlative association between the name of Onfray and that of Zemmour. Thus, that which Onfray would prefer the reader to misunderstand would have become legible. This is what we are about to investigate.

4. How to be “left-wing” on the right

This is what I call Onfray’s chiasmus: an accurate analysis by Alain de Benoist rather than an inaccurate analysis by BHL. Until now, we have analyzed it as such, out of context. Now let us replace it in its proper context, the interview in Le Point from which it is excerpted.

The lead-in to the article explains clearly that Onfray is in a transitional phase, a political “moving-out”, and it is not clear that this figure, so quick to rectify everything said concerning him, showed the best judgment in manifesting himself in this case. Text: “The philosopher scorns the proper-thinking left. Suffice it for the right to recover him… ” In effect, Onfray has set out. He is in the process of migrating, with arms and baggage, from the Left to the Right.

However, the difficulty of this operation arises from Onfray’s not having any interest in the Right unless he can join its as a “man of the Left”. He must accomplish a tour de force: to be a “left-wing man” on the Right, indeed “the left-wing man” on the Right.

This demands: a) that the Right be defined as a place, and no longer as a class of individuals; b) that, contrary to Danton’s claim about the fatherland, he, Onfray, may bring the country under the soles of his shoes.

One condition can satisfy both demands at once. It was claimed by Corneille’s Sertorius before Pompey: “Rome is no longer in Rome, she is wherever I am.” This is Onfray’s project: to demonstrate that the Left is no longer on the Left, but rather wherever he is.

I do not abandon the Left, cries Onfray, she, the bitch, is adandoning me, but in so doing she leaves herself. As noted by Baptiste Rossi, Onfray’s Left is “neither the bohemian left, nor the communist left, nor the liberal left, nor the islamist left, nor the proper-thinking left, nor the animal-loving left, nor the Mitterrand left, nor the marxist left, nor the Sarkozy left…” (“Michel Onfray, le mafia ne passera pas”, La Règle du jeu, 9 March). In his interview with Le Point, the rage Onray reserves to stigmatize all the Left’s trends leads him to define the Left by what it is not. This amounts to transposing in political philosophy the major proceeding of negative theology, whose first theorist was, at the end of the 5th century, the so-called Pseudo-Denis the Areopagite, “the father of mysticism”. I might add in passing the regrettable fact that the volume of his Complete Works, once translated for Aubier by Maurice de Gandillac, is out of print.

Onfray’s apophatism with respect to the Left (Wikipedia: from the Greek noun apophasis, from the verb apophemi, “to deny”) knows only one limit: Onfray himself. Baptiste Rossi explains it well: “You might say that for Michel Onfray the definition of the Left begins at Michel and ends at Onfray.” This is the solution to the problem. When the true Left is just wherever Onfray is, and is somehow confused with his person, it is permissible for him to compromise with the Right, associate, flirt, fuck with the Right, indeed bear it children, and for all that never cease being left-wing.

Surely we have lost our bearings, as Manuel Valls indicates, but this is not due to Onfray’s own disorientation. On the contrary, disorientation is his tactic. In order to successfully accomplish his installation on the Right as a “left-wing man”, he must cover his tracks. The idea is to establish a vague situation where the well-known cat can no longer find her kittens. The passage through the “cosmos” will help him there.

In his novel 1984, Orwell imagines a ministry of Truth, a propaganda organ for the powerful, that hammers out the Party’s three slogans: “WAR IS PEACE”, “FREEDOM IS SLAVERY”, “IGNORANCE IS STRENGTH”. Onfray, who has offered himself in almost all the media outlets this past week, is himself a little ministry of Truth in his own exclusive service. What sublime slogans does he diffuse? Something like: “THE LEFT IS NO LONGER THE LEFT”, “THE RIGHT IS MUCH MORE THAN THE RIGHT”, “ONFRAY SPEAKS THE TRUTH ABOUT TRUTH”.

5. Flash to the Future

1. – Now that Onfray has moved his household gods to the Right, it is all the more urgent for him to reaffirm his identity as a left-wing man. He will have to highlight certain of his supposedly leftist “markings”.

For instance, there’s his anti-liberalism, but this won’t be enough to make up the difference. The conservative is just as anti-liberal. See for example the interview with Denis Tillinac in Le Figaro on March 14, published under the title: “If the Right is a liberal version of the Left, it will die”. Anti-liberal? The reformed neo-fascist is much more anti-liberal than the average member of the socialist party, whence Alain de Benoist’s joke: “I think I’m further Left than Manuel Valls!” In the end, everybody knows that the Front National is henceforth the biggest anti-liberal political force, leaving Mélenchon, the Front de gauche, and the Trotskyites far behind.

Onfray will need to prove himself resourceful. What tricks will he come up with to preserve his left-wing reputation? Heaping scorn on the real leftists is something, but it’s not enough. I can imagine him picking out here and there certain “left-wing truths” with which to associate himself, to mark with his label.

2. – How much time will the Left take before registering Onfray’s defection? L’Obs seems to have already mourned the loss of the mighty scribbler. Such is not the case with Libération. Marianne is easygoing; we would expect its “cosmic” rantings; we could offer it a place to knock on Valls; the literary chronicle deplores the meddling of politicians in cultural affairs: as much as saying, “Valls, to the doghouse!” We shall see how long this time-to-understand lasts with the “pure of ear”.

3. – The conservative right and the extreme right celebrate the return of the prodigal son. We have seen that Alain de Benoist, the grand anti-Christian, already knighted Onfray. In Le Point this week, Christine Boutin would not be outdone: she excuses his militant atheism, for “his will to seek truth through the real rejoins the Christian incarnation”; whatever that means. Then she falls into a swoon: “He even dares proclaim the end of the Left!”

Giesbert doesn’t hide that he and Onfray are “old friends”. He clasps to his breast “the colossus”, the force of whose work he admires. He has always protected “our national Savonarola”, persecuted by “the commissioners of the thought police”. As he sees it, he defends Onfray as simultaneously the son of the poor, the hick, and the heretic.

The true moderate and liberal Right in all likelihood will not be on the same wavelength as FOG (Franz-Olivier Giesbert), its dandy. Will the Onfray case be the apple of discord among the right-wing? We shall have look at each one’s “position” under the microscope.

6. Here’s why the Papuans…

We know a little more about Onfray. But the mystery of the Papuans remains. Can we pierce through it?

What is it all about? A pretty little joke that’s not too serious. It consists in assimilating Saint-Germain-des-Prés to a “Papuan village”. We know that Saint-Germain was inscribed in the post-war years, then during the colonial wars in Indochina and especially Algeria, as the neighborhood of the capital’s intellectual Left, a bit like Greenwich Village (“the village“) in New York, or Bloomsbury in London, in the days of Keynes, Lytton Strachey, Virginia Woolf.

It is a racist joke, no doubt, but it means much more than it says. You could not say that the “Papuan ethnic group” was aimed for as such. What counts is the word “papou” [papuan], with the internal alliteration of its labials, “p…p…”, and the final long “u” that recalls the call “hoo…hoo…”, whose significance can run from friendly greeting to hostile derision.

There is no question here of those Papuans whose cultures impassioned the great ethnologists, not at all. Only, in French, given the spirit of the language, a certain ridiculousness is attached to the word “papou”, along with a certain tenderness, as in “papounet”, the familiar diminutive form of “papa”. When you hold that the intellectuals of the Saint-Germain-des-Prés are ethereal, even degenerate, snobs, everyone understands that it is a joke to call them “Papous”, a word which in French evokes the general signification of the un-civilized, the savage.

In short, Onfray’s joke on the Papuans: you can’t get any more French than that.

It’s in the best “Gunslinger Tonto” style. It’s like Michel Audiard. The whole spirit of right-wing anarchism is there.

7. È finita la commedia

I’ll drop the word. There is nothing left to bend: Onfray belongs to the spiritual class depicted in literature by Anouilh, Marcel Aymé, Antoine Blondin, Céline, Michel Déon, and other lesser masters.

This is the group that made the Saint-Germain-des-Prés its chosen object of contempt. During the Occupation, they took aim at the “zazous”- ah! there they are, the ancestors of our “papous”- the non-conformist youth, who belched on Vichy, loved jazz, and sometimes even wore the yellow star for solidarity with the Jews (see Wikipedia). Then it was the existentialists who were publicly scorned by our dear anarchists.

I would say that anyone with an ear for literature, and some knowledge of the history of our country in the 20th century, couldn’t fail to see Onfray as the sucker for this good old French tradition.

Rght-wing anarchism! What infamous politics. Literature owes to it some very beautiful pages, some great writers. Its style and worldview profoundly pervaded the “French ideology”. Don’t seek to banish it: it’s a part of the French genius, from Gabin to Delon, from the Nickel-Foot Gang to Journey to the End of Night, about which Beauvoir said in her memoirs: with Sartre “we knew by heart a bunch of passages. His anarchism seemed close to ours.”

Yes, between left- and right-wing anarchism at first there are always overlaps. Time is needed for them to separate. For Onfray, the time has come.

Read his hateful tirade against the Left.

See him execrating the Robespierres, the Marxes, the Sartres.

See his contempt both for the intelligentsia and for the “stupefied crowd”, which “rejoices in voluntary servitude and throngs the streets as a single unit at the first call of the media” (in Le Point, no. 2216, p. 40).

See his “Proudhonian socialism”, a bait-and-switch utopia that has only ever appealed to the extreme right-wing circles (just look at the history of Proudhon’s own circle).

See him posturing as a “poor boy with clenched fists”, burning to take his revenge on the bourgeois ladies, to overshadow the heirs by the energy of “a child of a humiliated people. Caliban has only one wish: to become Prospero. Or rather, to take his place.”

See him playing the part of the “beast” hunted by “the anonymous society of imbeciles and assholes.” Whereupon Giesbert clasps him to his heart: the theatre of virile friendship. “The right-wing anarchist morality is constantly on the defensive.”

See the tendency in his discourse toward “general, pervasive autobiography”, to the point of unleashing his next opus under the title Cosmos.

See his reactionary nostalgia, “his opposition to the century”, and simultaneously, his conviction that the triumph of this very century is “ineluctable”, that the aristocracy of the spirit is destined to be trampled and vanquished. For his populism “is less the deliberate choice of the victims than the just as deliberate choice of the defeated.”

In the end, “his earthly ideal is the pavilion of millstones” – and now, with his success, “a new Lower Norman HQ” in Caen, as Giesbert teaches us – “and whose social type is the small businessman, whose positive image runs through all his books.”

With my anaphoric tirade I invite you to see in Onfray so many traits that sketch a figure who is unique and recognizable among all the others, that of the right-wing anarchist.

Recognize that the quotations sprinkled throughout my lines after the mention of Robespierre, Marx and Sartre are excerpts from a single book: the historian Pascal Ory’s essay Right-wing anarchism, published in 1985 by Grasset. There is no discussion of Onfray, whose first book dates from 1988.

8. Cosmico-comic

The excerpts from Cosmos in this week’s Le Point are really uplifting.

Onfray is nostalgic for the age when men were “in direct contact with the cosmos, and their life was set by the impeccable mechanism of universal clockwork.” What presumption on the part of the humans, those tiny creatures, to rebel against the order of things! “The stone obeys the cosmos, as do the plants and animals, of course, but not man(…)” Well, Bye Bye Kant, and the rest. It’s a tirade worthy of Jean Gabin.

Onfray has surpassed himself. He has found himself. He says as much: “This is my first book.” Until now he had been content to be a grouchy post-68 reactionary. Now he’s a post-1789 reactionary, in unison with the purest counter-revolutionary thought, the original thought of the counter-revolution, the most hostile to the Enlightenment. His emblem: the light-bearing eel. So, a word to the wise.

Bonald and Maistre and Maurras and Pétain tell him, “Enter here, friend of my soul.”

9. News Flash

Onfray: our Joseph de Maistre, with less style, and more of Audiard’s blather.

Zemmour, neo-Bonapartist, could pass, compared with Onfray, for a progressive.

No, Onfray will not be the “left-wing man” of the right. Not a chance. He will be, in fact he already is, the right-wing neo-anarchist our era was waiting for.
Energy, spirit, cunning, charm, charisma, cheek, fine on TV: he’s got what it takes.

N.B. : the first part of this text appeared in this week’s Le Point, no. 2218, p. 59.

-translated by John Tamplin

24 de marzo de 2015

EU SEI TUDO DE VOCÊ?, por Jorge Forbes

Amar é bem mais complexo do que o claro ou escuro. São as nuances que melhor rimam com os romances.

Eu sei tudo de você. Assim resume-se a nova febre que acomete casais desconfiados, craques nas novas tecnologias.

Eu sei tudo de você: olho seu whatsapp, baixo seus e-mails, fuxico seu instagram, bisbilhoto seu facebook. E se der, gravo suas conversas e filmo os seus momentos. Aliás, não controlo só você, mas também seus parceiros, seus filhos, seus pais e seus amigos mais próximos.

Eu sei tudo de você e só sabendo tudo de você é que eu posso confiar e declarar meu amor. Chamo isto de transparência, posso aceitar descompassos, mas quero uma relação transparente, na qual tudo que você souber de você mesmo, eu também sei. 

Eu sei tudo de você. Oh, quimera pós-moderna, ilusão dos inseguros. Nada disto pessoinhas antenadas, nada de pensar que sua bisbilhotice vai lhes trazer maior conhecimento a respeito de quem quer que seja. Bons tempos aqueles nos quais as pessoas se envergonhavam de abrir uma gaveta alheia e quando bolsa de mulher e paletó de homem eram intocáveis. Agora, com a desculpa rala de ver uma foto ou de que seu celular estava tocando, os sherloquinhos conectados se permitem a incursões invasivas e indecentes. 

Pensam que se a tecnologia está aí então é para ser usada, quando a ética reza o contrário: a existência da possibilidade não autoriza o seu uso. 

Ademais, há um erro básico em imaginar que se conhece uma pessoa por colher informações supostamente secretas. Nenhum ser humano é traduzível em palavras, o mais essencial de nós mesmos não tem palavras, nem nunca terá. Nem mesmo a própria pessoa sabe de si, é o que todos os dias verifico nos analisandos. A psicanálise melhora esse conhecimento, mas não tem intenção de extenuá-lo. Aliás, se uma parte do tratamento visa o se conhecer melhor, outra, talvez a mais importante, visa dar condições à pessoa decidir sobre o que não conhece e que nunca conhecerá de si e dos outros.

Espera uma revisão, em nossos tempos, o conceito de traição e de fidelidade. Não nos basta mais nos aferrarmos à velha divisão simplista e maniqueísta, do branco e do preto, do fiel e do infiel. O amor, especialmente na pós-modernidade, não se expressa em nenhuma moral de costumes. Amar é bem mais complexo do que o claro ou escuro. São as nuances que melhor rimam com os romances.

Alguém poderia perguntar por que nestes tempos pós-modernos, continuamos a presenciar crises de ciúmes apaixonadas. Embora pareça contraditório, não é. Exatamente porque vivemos uma época múltipla e flexível é que os ciúmes se acerbam como uma tentativa - falsa, sem dúvida - de acalmar a angústia da escolha.

Voltando, pesquisa recente afirma que 40% dos casos de traição na Itália foram provocados pelo whatsapp. Conclusão: jogar o celular pela janela? É claro que não. Só beneficiaria os fabricantes dos ditos cujos. Melhor jogar pela janela aquela pequeneza humana que não sabe diferenciar o que é da cena, com o que é da obscenidade. Explico: as pessoas acham que além da cena está escondida uma verdade maior, A Verdade maiúscula. Ledo engano, um dos sentidos da palavra “obsceno” é exatamente “além da cena”. Assim, ir além da cena, do que está ali, visível, querer escarafunchar além, para ter mais segurança – como dizem – não trás nenhuma nova verdade. É simplesmente obsceno.

23 de marzo de 2015

LACAN COTIDIANO. El Debate, por Marco Mauas, Gustavo Dessal, Jorge Alemán.




Publicamos aquí los elementos de un debate por mail entre Jorge Alemán, Gustavo Dessal y Marco Mauas.

Mauas es de Tel-Aviv, Aleman y Dessal de Madrid; los tres son nacidos en Argentina; son miembros de la AMP.

Últimos libros aparecidos: Jorge Alemán, En la frontera. Sujeto y capitalismo, Gedisa, 2014; Zigmunt Bauman et Gustavo Dessal, El retorno del pendulo. Sobre psicoanalisis y el futuro del mundo liquido, Fondo de Cultura Económica de España, 2014.

  

Marco Mauas a Jorge Alemán y Gustavo Dessal 

Según Jorge Alemán, no hay más que un solo malestar en la cultura: el discurso capitalista. Es una idea que, me parece, gana popularidad en el seno de la AMP, porque Gustavo Dessal explica de la misma manera el efecto ISIS. Hay un único malestar, el del discurso capitalista, el neoliberalismo. Todo eso en nombre de Lacan. Pregunta: ¿y la existencia de los psicoanalistas? ¿Deberíamos hacer la revolución? ¿Abandonar el consultorio y los textos? ¿A las armas, psicoanalistas?

 9 febrero 2015 


Gustavo Dessal a Marco Mauas (I)

No sé si el discurso capitalista tiene en el seno de nuestra AMP la “popularidad” que nuestro compañero Marco parece advertir. Espero que en ella el discurso analítico lo supere con creces, pero sucede que ahora (y trasladando a lo político lo que Lacan descubrió sobre el sujeto del psicoanálisis, ese hijo bastardo salido de las entrañas de la ciencia) más que nunca el discurso analítico da la verdad del discurso capitalista, incluso mejor de lo que el marxismo supo hacerlo. Debe de ser esa la razón por la que de un tiempo a esta parte lo sacamos a relucir con frecuencia. A algunos de nosotros (me incluyo de manera especial) nos ha costado comprender por qué Lacan hizo del capitalismo un discurso, alterando ligeramente nada menos que el matema del discurso del inconsciente. Nos ha costado comprender que en la doctrina de Lacan el discurso capitalista es otra cosa que el sistema capitalista, al punto de que -en tanto discurso- el capitalismo ha logrado reinar incluso en aquellos confines del mundo donde el sistema capitalista parece muy lejos de haber conquistado su emplazamiento.

Lacan concibió el discurso capitalista como un funcionamiento cuya lógica no depende de lo que tradicionalmente entendemos como un determinado modo de producción. Consciente de que los modos de producción, siguiendo los principios del inconsciente, acabarían por convertirse en dispositivos que no requieren productores (las máquinas, cada vez más numerosas, son un saber sin sujeto), Lacan prefirió dar mayor relieve al plus de gozar que a la plusvalía, pese a haberse inspirado en esta última para proponer la primera. En otras palabras, dado que el discurso capitalista constituye por encima de todo la mayor y más lograda fuerza histórica de explotación de la pulsión humana, no debería sorprendernos que pueda concebirse como el punto gravitatorio del malestar en el estado actual de la civilización, por encima de todas las diferencias y singularidades locales.

El discurso capitalista, tal como Lacan lo formula, no es ni una infraestructura ni una superestructura, sino una transversalidad respecto a cualquier forma de relativismo cultural, al punto de que nacionalismos, regionalismos, provincialismos, fundamentalismos y todos los demás ismos que podríamos añadir a la lista, son las tumoraciones, los abortos prematuros, malformaciones, residuos radioactivos en los que brilla el destello feroz del terror y la certidumbre de lo Absoluto.

Cuando Lacan habló del “triunfo de la religión” se refirió al catolicismo, tal vez porque en 1974 fuera difícil percibir que el fundamentalismo islámico reunía las condiciones más idóneas para convertirse en el correlato del discurso capitalista: la única modalidad de creencia donde la colonización del cuerpo por la lengua ha alcanzado una plenitud incomparable. El discurso capitalista y la yihad comparten una peculiaridad topológica: la inexistencia de un espacio exterior.

Por supuesto, no he pretendido ni pretendo explicar de un modo mecánico, una causalidad ingenua, el surgimiento de ISIS, fenómeno que requiere el manejo de numerosas variables, algunas de ellas demasiado delicadas y sensibles para esgrimirlas en este debate. Mis reflexiones en “Todos somos Charlie…y mucho más”


se han limitado a salir al paso de los que se apresuraban a vociferar que el mal empieza con la “m” de “Mohamed”. Supongo que Marco ironiza cuando pregunta si los analistas debemos abandonar las consultas y tomar las armas. A este respecto, Marco, te recomiendo la lectura de Unrestricted Warefare ( http://www.terrorism.com/documents/unrestricted.pdf ), donde Quia Liang y Wang Xiangsui (¡¡¡generales chinos y además poetas!!!) explican la actual e irreversible imposibilidad de la guerra convencional).

No. Creo que hacemos mejor nuestro trabajo en las consultas y las instituciones en la que acogemos el malestar que podemos abordar con las palabras. A diferencia de algunos colegas, soy un tanto escéptico sobre lo que el psicoanálisis puede hacer en beneficio de un proceso emancipatorio colectivo. No obstante, tengo una alta estima por la perseverante elaboración que sobre el tema lleva desde hace años Jorge Alemán (cuya obra no es preciso detallar) o contribuciones como el reciente artículo de Joaquín Caretti ( http://www.eldiario.es/contrapoder/procesos_emancipatorios_servidumbre_voluntaria_6_354574554.html

Por mi parte, me contento con que, de vez en cuando, pueda como analista contribuir a que alguien se separe de aquella voz que brama: “Tú eres el que me seguir á s …”

Referencias:

1-. Dessal G., 8 janvier 2015: http://www.telam.com.ar/notas/201501/91341-todos-somos-charlie-y-muchomas.html  
2-.  Qiao L. & Wang X., Unrestricted Warfare: China's Master Plan to Destroy America, Los Angeles, Pan American Publishing Company, 2002. http://www.terrorism.com/documents/unrestricted.pdf  
3-.  Caretti J., 8 février 2015 : «Procesos emancipatorios, servidumbre voluntaria y singularidad» http://www.eldiario.es/autores/joaquin_caretti/
 
13 febrero 2015


Marco Mauas a Gustavo Dessal 

Agradezco la generosidad y el esfuerzo de la respuesta de Gustavo.

Diré que, de entrada, noto una pequeña diferencia con lo enunciado por Jorge Alemán, para quien el discurso capitalista es "el único malestar". ( http://www.diarioc.com.ar/inf_general/El_discurso_capitalista_segun_Lacan-la_guerra_que_esta_viniendo/239325 )

Gustavo dice que es "el punto gravitatorio" del malestar en el estado actual de la civilización. Esto ya es un alivio, es bajarlo un poco, un poquitín apenas, de ese "Absoluto" que luego retorna en su texto. Se puede conversar, quizás. Lo que me cuesta más comprender, aún, a pesar de sus aclaraciones, es donde ubica él la acción, la existencia de los psicoanalistas. Aparentemente, "acoger el malestar", separarse de la voz que brama "tú eres el que me seguirás" (¿incluida la voz que brama sobre el discurso capitalista?). Me suena tan modesta esta respuesta, demasiado, casi culposa. O casi una disculpa.

Es una disculpa, esta que me parece leer en el texto de Gustavo, que tiene un antecedente noble pero triste. La disculpa de Bleger, aquel día que presento frente al PC su libro "Psicoanálisis y dialéctica materialista", en 1958. La dialéctica que presentó, su intento de explicación y disculpa, solo logro humillarlo más. Bleger quiso hacer aceptar el valor del psicoanálisis. La acusación de sostener el orden capitalista con su libro y su posición le valió la expulsión de las filas stalinistas.

Es una vieja crítica al psicoanálisis. Esta de solo aliviar, y así sostener el orden, reforzarlo. Lacan, cuando rescribe la plusvalía como plus de goce, realiza a mi entender aquello que ya Freud enderezaba respecto de la psiquiatría en sus conferencias de 1917-17: el psicoanalisis no será un sirviente de la psiquiatría. Entonces, con Lacan, tampoco será sirviente de ningún discurso sobre el capitalismo. Si lo escribe, pues escribirlo no es para denunciarlo, ni para quejarse de que es el único malestar, ni para proponer un alivio, sino para rectificarlo. No será el Psicoanálisis sirviente ni de los fools de izquierda no de los knages de derecha, pues es ese discurso el que toma el lápiz y escribe a los otros. Ninguna modestia, ninguna disculpa en Lacan. Y su escritura del discurso capitalista es inseparable de la ceguera de la política respecto al goce, sea la política que sea, simpática o antipática, respecto de los gustos.

La política bruta, (¿es que hay una politica fina? ¿Cuál? ¿La de Fouche?) desde la escritura de los discursos, es simplemente segregativa. Hay que admitirlo. Y no tiene una respuesta para su ceguera.

Tanto ISIS como el capital no llegan muy lejos, a pesar de sus horrores. No nos aclaran nada sobre el malestar en la civilización.

ISIS con su reino del Uno, y el capital mundial, con su retorno a la familia. Cf Thomas Picketty.

 No entiendo aun qué seria "un proceso emancipatorio colectivo". Existen momentos de entusiasmo, de alivio colectivo, sin duda. De preciosa libertad. No voy a citar aquí a Lacan sobre las revoluciones. Es Kafka quien dice en algún lado, que cuando una revolución termina, llegan los hombres con traje y máquinas de escribir.

Creo que el discurso analítico, con su énfasis actual en el cuerpo que habla, es el más interesante obstáculo, objeción, stop, nuevo, inédito, a la tiranía sutil y brutal de las máquinas de escribir a las que se refiere Kafka, tanto capitalistas como revolucionarias. No solo lo creo, lo siento. Y creo que acentuar en exceso el papel del discurso capitalista es un síntoma de la Escuela. A descifrar.
 
13 febrero 2015 

Gustavo Dessal a Marco Mauas (II) 

Que Marco Mauas encuentre “modesta” mi posición como analista, es algo en lo que puedo reconocerme, puesto que la práctica del psicoanálisis no consiste, como lo recuerda Lacan, en echarse sobre la espalda los problemas del mundo. En efecto, no simpatizo con ninguna Cruzada, ni me sumo a Ejército de Salvación alguno. Que Marco lo considere la manifestación de un sentimiento de culpa, más aún, de una disculpa, cae fuera de mi comprensión. Desde luego, él es muy libre de darle a mis palabras la interpretación que más le complazca, incluso de conferirme el honor de asemejarme al profesor José Bleger, comparación inmerecida, ya que carezco del talento de aquella legendaria figura del psicoanálisis.

Un “proceso emancipador colectivo” es lo que algunos sectores tratan de impulsar apostando a que Otra política es posible, y en la que el psicoanálisis habría de cumplir un papel decisivo. Mantener mis reservas al respecto no creo que exprese mi deseo de contribuir al mantenimiento del orden actual, ni que constituya un signo de claudicación. Es difícil medir el alcance de lo que puede significar la subversión del sujeto. Que el acto analítico le dé su oportunidad, no me parece algo tan insignificante como lo “siente” Marco, hombre al parecer muy propenso a las grandes y desbordantes manifestaciones sentimentales en todo lo que escribe.

Me alegro por él. Necesitamos hombres así, apasionados, que sepan guiarnos hacia la verdad. De paso, le estaríamos muy agradecidos si pudiera iluminarnos sobre cuál es el mejor uso que podríamos hacer del discurso analítico. La invocación a Kafka es muy hermosa, pero intuyo que Mauas no se conforma con metáforas, puesto que golpea todos los tambores de la obra de Lacan con la impetuosidad de Mayumana. Y si no es mucho pedir, le rogaría que nos ayude a descifrar el empeño sintomático de nuestra Escuela en ocuparse del discurso capitalista. Si andamos tan desencaminados, alguien deber tomar cartas en el asunto. Marco podría ser la persona indicada.

Por mi parte, nada más al respecto. Suena el timbre, y debo recibir a alguien que viene para que “alivie” su miseria neurótica. ¡Ay, qué ocupación tan minúscula! ¡Qué ínfima gota de Eros en el ancho mar de Thanatos! Es curioso: hasta ahora no se me había ocurrido que debería sentirme por ello avergonzado. 
15 de Febrero 2015 


Jorge Alemán : contribución al debate

I
El discurso Capitalista: 

Tuve la oportunidad de exponerlo frente a usted, en unas jornadas de Madrid en 1982, me apasionó que fuese un movimiento circular y sin corte. Siempre traté de apartar ese "contradiscurso" de la "disancia" de la que usted habla en el "ultimísimo Lacan”. Indagué a partir del mismo un nuevo tipo de inteligibilidad sobre el famoso "neoliberalismo". En cierta forma considero al discurso Capitalista una anticipación lacaniana, que permite darle otro alcance a la figura que estudió Foucault: "el emprendedor de si" en el origen del neoliberalismo, y su reverso el "hombre endeudado" en la genealogía de la Moral en Nietzsche.

La salida propuesta por Lacan a partir del Santo, me llevó a reformular la Gelassenheit (Serenidad) heideggeriana y el mundo de la Técnica. Hay una homología de estructura entre la Técnica formulada por Heidegger y el Discurso Capitalista. En ambos casos, las figuras de la desconexión de dichos funcionamientos no puede ser esbozada, salvo de un modo enigmático. No creo que haya una gran popularidad de estos temas en la AMP, al menos en lo que a mí respecta son más numerosos los que desde el exterior a la AMP se dirigen a mí. Salvo para algún profeta que anticipa que los psicoanalistas de la AMP se volverán partisanos de la nueva Armada Brancaleone, con las pastillas de la hipertensión a cuestas. 

II
Revolución
 


Por lo que se desprende del acceso al plus de goce en el movimiento circular, no hay lugar para efectuar un corte en el Discurso Capitalista, hasta la pobreza ha mutado y ha sido infiltrada por el mismo. En la miseria actual se presentan distintas practicas de goce que repudian a la verdad. Por ello, la izquierda lacaniana que propugno es "conservadora" en un nuevo sentido. Es el capitalismo el que es "revolucionario", de lo que se trata como afirma Walter Benjamin, es echar el freno de mano al Capital, y para eso es necesario distinguir algo que se confunde, incluso en los llamados filósofos postlacanianos, de los que me diferencio pormenorizadamente en mis textos. A saber: es necesario diferenciar, el momento de captura del ser vivo por Lalengua y su Soledad irreductible de las lógicas de la Dominación en sus distintas acepciones. Si estos dos lugares se confunden y el Poder, como se piensa en la secuencia Deleuze:Negri, es capaz de producir hasta la misma subjetividad, no existen posibilidades para la política. No se podría entender porqué el Neoliberalismo es la primera formación histórica que pretende tocar el "núcleo" de constitución del sujeto y producir, como los totalitarismos del siglo XX, un "hombre Nuevo".

La izquierda lacaniana, a diferencia de los proyectos revolucionarios -que siempre quedaron atrapados en el circuito de la Virtud y el Terror- pretende discutir con la izquierda que se reclama de la Emancipación lo que merece ser conservado, o lo que le hace obstáculo al circuito de la Mercancía. Por tanto, veo en la enseñanza de Lacan el despliegue de todos los términos que dan cuenta de la emergencia del ser hablante y que no son apropiables por la lógica del Capital. Lacan, escéptico en materia política, no es un revolucionario, es un "conservador subversivo" que sin embargo permite pensar que el Discurso Capitalista no es un crimen perfecto.

III
Izquierda Lacaniana
 


Nunca pretendí que los psicoanalistas se volvieran de izquierda, es importantísimo que se multipliquen las consultas y la relación con los textos y que se afiance siempre su Escuela. Esa sigue siendo mi practica y he contribuido a ello en distintas ciudades. Ahora mismo imparto un curso sobre su "Ultimísimo Lacan" en Málaga y sobre "el Uno y el Ser" en Madrid. Ni siquiera pretendo perturbar el escepticismo del que hacen gala los psicoanalistas con respecto a los procesos colectivos, sólo me molesta cuando lo que se esconde tras eso es una vulgar posición reaccionaria. Pero confieso que tengo un gusto especial por llevar el escepticismo del psicoanálisis al terreno de las apuestas políticas que considero transformadoras, e intentar combatir a la metafísica que le sirve de "tapón a la política" (Lacan). 

Quizás es mi anhelo pensar que la Historia no es sólo, como se empeña en mostrar, aquello que conduce a la pesadilla del sacrifico mortífero a los dioses oscuros y al Campo como punto de fuga en las sociedades contemporáneas. Por ello, sí me interesa llevar a Lacan al centro de la acción política y volver lacaniana a la izquierda, ahora que parece que ha descubierto que no hay sujeto teleológico orientado históricamente hacia un final, y que el Discurso es una fuerza material del que tienen que saber algo si quieren ser algo más que "almas bellas" que se fascinan con la imagen del revolucionario.

Por todo esto, emprendí la tarea de pensar categorías de la izquierda clásica y contemporánea reformuladas por la enseñanza de Lacan, a saber, lo Común, la Igualdad, la Voluntad Colectiva, la Emancipación, etc. Pero intento hacerlo, a diferencia de los filósofos que se inspiran en Lacan, a partir de lo que enseña la experiencia del inconsciente sin la trampa de intentar llevar a Lacan al ingreso en un sistema filosófico. La filosofía de un modo u otro se constituye siempre en un idealismo con respecto al Real lacaniano.

Sin la irrupción contingente de algunos momentos igualitarios en la Historia y su saber en reserva, la historia no sería otra cosa que la pesadilla que conduce a la Shoah. 

15 de Febrero 2015 

Marco Mauas: después del debate 

La existencia del psicoanalista hace agujero en el marxismo

¿Qué consecuencias tiene la lectura “de evangelio” que hace Lacan, de la plusvalía cuando dice es sencillamente “plus de goce”?

Si la plusvalía no fuera más que la extracción por obra del capital(ista) de un valor de cambio del trabajador, y ello en razón de ser accesible a las leyes del intercambio, entonces la revolución sería, en efecto, lo que se repite sin cesar en los discursos revolucionarios: devolver a los trabajadores el objeto que se les ha robado, hacer justicia distributiva, reparar lo mal hecho.

Ahora bien, si la plusvalía no es más que plus de gozar, se trata de una sustancia muy otra. Es una sustancia que, lejos de reconocer el espacio partes extra partes de Descartes, lo perfora, y así justifica el esfuerzo de Lacan para, esta sustancia, “ceñirla, arrinconarla, hacerla chillar” con los nudos, y más precisamente con el agujero que hace de la existencia otra cosa diferente del existencialismo, aunque tenga éste sus cartas de nobleza.

El problema es, entonces, que esto es lo impensable del marxismo. La existencia del psicoanalista, he aquí lo que hace agujero en el marxismo. Este agujero no tiene comunicación con el saber, sino solamente con la libertad. Pero libertad, según nos lo recordó Francois Leguil el año pasado en la oportunidad de su última visita en Israel, es uno de los nombres de lo real. Se llega entonces a esta consecuencia, que el psicoanalista, de existir, hace obstáculo al discurso de la libertad. 

10 de Marzo 2015

21 de marzo de 2015

Internet, une nouvelle figure de l’Autre ?, par Nathalie Charraud*

Quelles fgures de l’Autre apportent les nouvelles technologies de l’informatique, de la robotique et des humains biologiquement augmentés, et même cognitivement augmentés, qu’on nous annonce pour un futur proche ? Dans le Séminaire II, où fgure sa célèbre conférence sur la cybernétique, Lacan déclarait que les ordinateurs (alors des machines à calculer) représentaient une menace bien plus grande que la bombe atomique (1). Cette affrmation est reprise presque mot pour mot aujourd’hui, plus de soixante ans après, par certains tenants des puissantes entreprises de recherche sur l’intelligence artifcielle que sont Google, Apple, Facebook et Amazon (GAFA)

Dans le Point, une tribune interroge : « Le transhumanisme est-il l’avenir de l’homme ? ». Trois brillants trentenaires membres du think tank Génération Libre expliquent : « Le terme “transhumanisme” a été créé en 1957 par Julian Huxley, le frère de l’auteur du Meilleur des mondes. Les trois objectifs qui caractérisent le transhumanisme aujourd’hui sont : prolonger la durée de la vie humaine, augmenter les capacités humaines et développer l’intelligence artifcielle (IA). [...] les nanotechnologies (N), la biologie (B), l’informatique (I) et les sciences cognitives – robotique, IA et neurosciences – (C) [ensemble noté NBIC] permettent la réalisation de ces projets. Selon les transhumanistes, l’homme du futur sera un organisme prototype voué à se perfectionner en permanence, comme la version bêta d’un logiciel » (2). La mort serait effacée par une mise à jour de logiciel… Le transhumanisme se déploie aujourd’hui en plusieurs courants, dont les utopies politiques se différencient en fonction d’un libéralisme plus ou moins prononcé (3).

L’affrmation de Lacan s’appuyait sur le fait que nous avons besoin d’images pour penser et que les réponses données par un ordinateur pouvaient dépasser ce qu’un humain saisit par des images. L’explosion des capacités informatiques rend probable l’émergence d’une IA supérieure à l’intelligence humaine. « Selon Ray Kurzweil (ingénieur en chef des NBIC chez Google), une intelligence artifcielle dotée d’une conscience devrait écraser l’intelligence humaine dès 2045, en étant un milliard de fois plus puissante que la réunion de tous les cerveaux.» (4)

La réunion de tous les cerveaux, c’est ce que propose le web, cette toile qui regroupe déjà 40% des humains sur terre, 50% probablement en 2020. Depuis que le téléphone portable permet de se connecter au monde entier, les capacités d’information et de recherche croissent de façon exponentielle.

Sans vouloir discuter de la conscience des robots ou de leur inconscient (un roman de science fction a pour titre Les robots rêvent-ils ?), nous pouvons nous interroger sur cet Autre à la fois réel et du symbolique que constitue aujourd’hui internet. L’internet est devenu l’Autre comme lieu du symbolique. Si l’Autre du symbolique s’incarnait dans nos repères traditionnels dans les fgures du père ou de la mère, qui détenaient en tant que sujets l’objet a, c’est directement le smartphone en tant que a qui nous relie à cet Autre du symbolique. Quelque chose de la dimension subjective va-t-il sauter en même temps que la chute du Père ? C’est l’objet qui nous connecte directement au symbolique, comme le faisait déjà la bobine du fort-da du petit fls de Freud, mais ici l’aliénation persiste, l’objet ne choit pas, en quoi nous sommes tous désormais fous si nous ne pouvons plus nous séparer de nos portables !

Dans le Séminaire X, L’angoisse, Lacan décline les dimensions de l’Autre en trois approches : la demande de l’Autre ; le désir de l’Autre ; la jouissance de l’Autre (5). L’année suivante, dans le Séminaire XI, Lacan introduit le savoir de l’Autre qui permet de défnir la position de l’analyste dans le transfert comme Sujet supposé Savoir.

Ainsi les dimensions de l’Autre : demande, désir, jouissance, se complètent du savoir. L’Autre-Internet est à la fois tous ces Autres. Il suscite demandes et désirs, il est essentiellement jouissance car il est travail et comptage. Les religions de l’extrême l’utilisent au service de leurs jouissances mortifères. Il n’est pas dénué de manque par rapport au savoir, comme nous le montre le phénomène Wikipedia.

L’Autre de l’internet se veut aussi un Autre de la transparence, de la gratuité et du partage, voire de l’entraide. C’est du moins ainsi que le projettent les idéologues du transhumanisme qui ne séparent plus internet des autres avancées qu’offrent les progrès de l’informatique et préfèrent parler de NBIC.

Ce qu’affrment les transhumanistes, c’est que la limitation humaine, qui pour Lacan induirait quelque chose d’affolant pour l’interprétation et la compréhension des résultats livrés par une machine, peut être dépassée et que nous serons même obligés d’évoluer dans ce sens : « Il sera trop dangereux d’être (trop) inférieur aux machines, au risque de devenir leurs esclaves dans un scénario à la Matrix. Pour être à la hauteur, Google propose de nous hybrider avec l’IA : nous deviendrons cyborgs pour ne pas être écrasés ! » (6).

Ce sera la fn des humains 1.0, mais aussi la fn des guerres et du capitalisme, selon les tenants de cette idéologie, car les dimensions de risque et de jeu n’auront plus de sens, les calculs ayant une capacité de prévision écrasant toutes les méthodes d’évaluation classique. De sérieux problèmes politiques surgiront cependant. Ces jeunes gens les analysent sérieusement et préconisent, par exemple, des organisations en groupes sociaux de petites dimensions pour contrer tout totalitarisme qui, d’après eux, ne représente pas vraiment un risque. Contreproductif, le totalitarisme sera éliminé dans une société où l’usage remplacera la propriété. C’est dans ce sens que les internautes se sont mobilisés en grand nombre pour soutenir le projet de réglementation pour la neutralité du net aux États-Unis et ont salué le vote du 27 février dernier de la FCC (Federal Communications Commission) en faveur de l’interdiction, faite aux opérateurs, de bloquer des sites ou d’en privilégier d’autres pour des raisons commerciales.

Dans le dernier chapitre du Séminaire X, où il récapitule les étapes de formation de l’angoisse, Lacan rappelle que pour Freud l’angoisse est un signal devant un danger vital, et il précise : « un danger lié au caractère de cession du moment constitutif de l’objet a ». Le signal est donc antérieur à la cession de l’objet. Lacan en déduit que pour Freud quelque chose est plus primitif que la situation de danger et c’est l’angoisse devant la cession imminente de l’objet. Il évoque le traumatisme de la naissance, moment où le petit sujet est séparé du milieu liquide dans lequel il baignait pour se retrouver dans un milieu totalement autre, séparé du placenta qui l’enveloppait. Celui-ci est le premier objet a du sujet, lié à l’Autre et à l’énigme de son désir. L’angoisse tient au fait que nous ne savons quel objet a nous avons été pour l’Autre et pour son désir.

Un Autre non identifé et son désir énigmatique sont présents à l’arrière des situations d’angoisse. Tant qu’il n’est pas nommé, cet Autre est foncièrement menaçant et angoissant. « Il n’y a de surmontement de l’angoisse que quand l’Autre s’est nommé » (7). L’angoisse est liée à la présence d’un Autre et de son objet, en général l’objet regard qui peut être ressenti derrière une lueur, une tache ou un bruit.

Avec internet, nous sommes devant un inconnu à l’échelle mondiale qui devrait être source d’angoisse. Par ailleurs, le phénomène du regard de Big Brother a bien été décrit par Gérard Wajcman : nous sommes de façon quasi continue sous l’œil des caméras de surveillance et autres vigiles informatisés, même si nous ne les voyons pas (8). Et cependant, nous ne sommes pas si angoissés que cela. La nouvelle vague des internautes voit au contraire dans l’internet un lieu d’exercice de la démocratie et de liberté d’expression à préserver, comme ils l’ont montré en considérant la neutralité du net comme une victoire « citoyenne ».

Le créateur du think tank Génération libre nous met cependant en garde. Reprenant une formule de Foucault (9), il prévient que l’homme peut s’effacer : « La combinaison du transhumanisme et du Big data lance notre espèce sur une trajectoire inconnue et exponentielle, au point qu’un savant comme Stephen Hawking a récemment averti que l’intelligence artifcielle pourrait mettre fn à la race humaine » (10).

Voilà un danger et une menace devant laquelle il serait opportun selon Freud de ressentir une certaine angoisse, signal que nous pouvons encore percevoir en tant qu’humain 1.0.

Mais Laurent Alexandre, en tant que neurochirurgien, souligne comme l’opinion est généralement favorable aux tentatives des biotechnologies qui offrent des promesses inouïes de progrès en médecine et il est convaincu que d’ici peu son métier de chirurgien n’existera plus, les gestes chirurgicaux seront tous exécutés par des robots. Les médications par implantation de nanoparticules sont sur le point de s’actualiser, et qui s’en offusquerait quand il s’agit de progrès réels pour la santé ?

Pour ce qui concerne les ordinateurs, la question est plus complexe. Alan Turing, concepteur du premier ordinateur, s’interrogeait sur ce qui pouvait différencier fondamentalement un humain d’un ordinateur et il avait conçu le fameux test de Turing : converser avec quelque chose caché derrière un rideau et deviner s’il s’agit d’un humain ou d’un ordinateur. Récemment un ordinateur a « réussi » le test : plus de la moitié des personnes ayant conversé avec lui l’ont pris pour l’ado de 13 ans qu’il prétendait être. Dans le beau flm qui lui est consacré, Imitation Game (11), Turing est fnement présenté comme se posant la question de savoir s’il est lui-même un humain ou une machine. Le test qu’il a inventé repose à juste titre sur le fait que l’on n’est humain que si les autres nous reconnaissent comme tel. À la fn du « Temps logique et l’assertion de certitude anticipée », Lacan ne relie-t-il pas la question de la hâte à cette angoisse d’être rejeté de l’humanité, comme n’étant pas un homme, ceci dans le contexte de l’immédiat après guerre où, effectivement, beaucoup d’êtres humains ont été traités comme n’étant pas des hommes ? « Je m’affrme être un homme, de peur d’être convaincu par les hommes de n’être pas un homme » (12) . Comment une telle assertion pourrait-elle s’appliquer à des robots ? De nombreux flms de science-fction jouent avec cette question (13).

Aujourd’hui, du point de vue de l’intelligence mesurée en QI, la machine possède des possibilités d’intelligence des milliards de fois plus performantes que celles de l’homme. Mais ce qui distingue l’homme de la machine est aussi qu’elle n’a pas d’imaginaire : l’homme seul est capable d’imaginer et de créer des images qui ne soient pas déjà à disposition dans la boîte de son smartphone ou de son réseau. Cet imaginaire qui, noué au symbolique et au réel, est appelé intuition, est ce qui nous permet d’inventer et de créer. L’imaginaire, qui fait notre faiblesse face aux machines, est aussi ce qui nous distingue comme humain. La création artistique, au sens le plus large, demeure plus que jamais notre bien le plus précieux. 

Notes :
1 : Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1978, p. 111.
2 : Alexandre L., « Le transhumanisme est-il l’avenir de l’homme ? », Le Point n° 2215, p. 115.
3 : Voir par exemple « Les vertiges du transhumanisme », Le Monde Culture, 12.02.2015, ou Wikipedia.
4 : Alexandre L., « Le transhumanisme est-il l’avenir de l’homme ? », op. cit.., p.116
5 : Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 71.
6 : Ibid., p. 116.
7 : Ibid., p. 390.
8 : Cf. Wajcman G., L’oeil absolu, Denoël, 2010.
9 : M. Foucault, 1966, conclusion de Les mots et les choses, cité par G. Koenig, Le Point n° 2215, p. 117.
10 : Koenig G. , « L’homme peut s’effacer », Le Point n° 2215, p. 118.
11 : Cf. présentation de ce film dans Hebdo-blog de l’ECF n°22.
12 : Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 213.
13 : On peut citer Blade runner, Total recall ou Her, parmi beaucoup d’autres.