23 de mayo de 2015

LACAN QUOTIDEN. L’AMP à l’ONU Effets de la globalisation chez la femme du 21e siècle, par Maria Cristina Aguirre (New-York)


Lacan Quotidien publie la version française de l’intervention de Maria Cristina Aguirre (New York) du 19 mars dernier, à l'occasion du « Parallel Event » au Forum des ONG de la Commission de la condition des femmes (CSW) de l’ONU, devant un public engagé dans la défense de la cause des femmes.

Un des effets de la globalisation est la migration, le déplacement de populations ; d’abord des zones rurales vers les villes, ensuite, des pays en voie de développement vers les pays plus industrialisés et plus riches. Ce processus concerne aussi bien les hommes que les femmes. Mais on a entendu lors de ces rencontres organisées par ONU-femmes comment cela peut avoir un impact particulier, plus profond, chez les femmes.

Je travaille dans le Queens à New York, dans un hôpital municipal situé dans la zone la plus diversifiée des États-Unis du point de vue ethnique. J’y exerce dans une consultation externe (psychothérapies, entretiens), avec l’appui de ma formation de psychanalyste orientée par l’enseignement du psychanalyste français Jacques Lacan. Jacques-Alain Miller, un des plus importants psychanalystes contemporains, a utilisé le terme de « psychanalyse appliquée », c’est-à-dire appliquée à la thérapie, pour expliquer que la psychanalyse peut nous aider dans la direction du traitement dans des contextes fort différents, notamment en institutions.

À propos du thème de la migration de populations, je voudrais partager avec vous quelques-unes de mes expériences professionnelles et ce qu’elles m’ont appris.

À un moment particulier de leur existence, un homme, une femme, un couple décident de tenter leur chance en émigrant vers les États-Unis à la recherche d’un meilleur avenir pour eux-mêmes, leurs familles, leurs enfants (qu’ils soient déjà là ou projetés dans le futur). Pour beaucoup, ces migrations sont initialement pensées comme limitées dans le temps. Le voyage peut être très cher – souvent plus 15 000 dollars, auxquels s’ajoutent les intérêts d’emprunt. Il est parfois très périlleux et long. Récemment, un des patients me disait qu’il lui avait fallu huit mois pour arriver aux États-Unis, car il avait été retenu à une frontière. Comme vous l’avez deviné, il s’agit là d’immigrants illégaux. Chacune des histoires est particulière. Le contexte leur donne un point commun. Leur projet, gagner de l’argent, payer leurs dettes et construire un capital pour retourner dans leur pays d’origine, est vite brisé par la dure réalité d’aujourd’hui dans une économie en crise.

Je parlerai de quelques-unes des situations rencontrées.

Emma est une jeune femme mariée, mère de deux enfants. Son mari décide d’émigrer et après quelques années, deux ou trois ans, il lui demande de le rejoindre afin de travailler ensemble vers leur but commun. Elle laisse ses enfants à la charge de sa mère. Elle s’engage totalement dans le monde du travail. Le temps passe, plusieurs tentatives pour faire venir les enfants échouent car ils sont refoulés à la frontière. Le couple élabore alors des plans, souvent retardés, pour rentrer. Il s’endette en achetant une maison, et la crise aidant, la dette devient supérieure à la valeur de la maison. Il continue d’envoyer le plus d’argent possible pour aider les enfants, tout en essayant de payer leurs dettes. Chacun a, par moments, deux emplois. Vingt ans s’écoulent. Les enfants ont grandi, ce sont de jeunes adultes qui pensent à fonder leur propre famille. Les parents et les enfants sont de parfaits étrangers. Les enfants se sentent abandonnés par leurs parents, les parents ne se sentent pas respectés malgré tous les efforts qu’ils ont faits. Des confits naissent, ainsi que l’angoisse, la dépression, la culpabilité et la colère.

Autre cas. Maria accepte l’idée de son mari : c’est elle qui quittera le pays. Elle laisse les enfants à la charge de celui-ci qui croit qu’elle aura une « meilleure chance » de traverser la frontière et d’obtenir un travail. Le temps passe. Le mari trouve une nouvelle partenaire. Maria aussi rencontre quelqu’un et elle a deux enfants nés aux USA. Elle envoie toujours des sommes importantes à son mari pour les enfants. Le mari meurt dans un accident de voiture. Sa nouvelle partenaire décide de réclamer la garde des enfants pour continuer à percevoir l’argent ; elle monte les enfants contre leur mère et leur interdit de lui parler. Maria souffre d’une dépression sévère, coincée dans un dilemme impossible. Si elle retourne dans son pays, étant donné qu’elle n’a pas de papiers, elle ne pourra plus revenir aux USA et elle perdra ses enfants qui sont nés sur le sol américain. Elle parle de suicide, se trouve incapable de travailler et de s’occuper de ses enfants.

Lorsque certains immigrants réussissent finalement à faire venir leurs enfants, généralement adolescents, qui sont devenus « difficiles » à gérer par leur famille, grands- parents, oncles, tantes, voire des voisins qui en avaient la charge, la réunification est souvent désastreuse. Trop d’années d’attente, de ressentiment et de culpabilité entrent dans l’équation, la relation parent-enfant est complexe. Angoisse, dépression sont au rendez-vous – il est parfois nécessaire, si les enfants sont mineurs, de faire intervenir l’Agence des services à l’enfance.

Ce sont quelques cas. Nous voyons tous les jours des femmes qui se sentent abjectes quand elles arrivent. Au fil du traitement, elles commencent à saisir les choix qu’elles ont faits et les décisions qu’elles ont prises. Certaines, élaborant quelque chose autour de la perte – celle de ne pas voir les enfants grandir, d’avoir raté leur petite enfance –, acquièrent le courage d’aller de l’avant. Après avoir travaillé sur ces confits psychiques, ces femmes trouvent souvent des solutions supportables.

Mais ce travail ne peut pas se faire en masse, seulement une par une, au cas par cas, et pas à pas. Et il faut du temps. Alors, au-delà de proposer des traitements quand, pour un sujet, la vie devient insupportable, comment la psychanalyse peut-elle apporter quelque chose au débat sur l’égalité des genres et l’émancipation des femmes ?

Je ne dispose pas de statistiques pour dire s’il y a plus d’hommes que de femmes qui émigrent, mais ce n’est pas la perspective de cette présentation. Dans les exemples que je vous ai donnés, les femmes entrent sur le marché du travail « à l’égal » des hommes – bien sûr, leur salaire est souvent moindre. On peut penser que sacrifice qu’elles ont dû faire est « plus grand » en tant que mères, en raison du confit généré en elles par la décision de laisser leurs enfants. Il apparait que les liens familiaux – les avancées de la science et les nouvelles formes de familles le mettent en évidence – sont plus divers et plus complexes.

Lors d’un traitement, une des questions qui se pose souvent est de savoir pourquoi ces femmes ont accepté tant d’abus, de sacrifices. La réponse choque : si leur propre mère a pensé qu’elle était sans valeur, comment une femme peut-elle penser que quelqu’un pourrait la valoriser ?

Ce préjugé, selon lequel les femmes ne valent rien, qu’elles sont inférieures, qu’elles ont moins de droits, tend à se perpétuer de génération en génération, de mère en fille. Lacan a isolé et nommé le « ravage » de la relation mère-fille – relation particulière qui n’est pas un cas général – qui nous permet de saisir ce qui est en jeu dans cette relation primordiale. Cette relation est aussi importante à considérer pour comprendre quelques-uns des aspects complexes de la violence domestique et des différentes formes d’abus. Ce qu’il faut retenir, c’est que, du point de vue psychanalytique, la femme et la mère ne sont pas uniquement produites par la biologie et la nature, mais relèvent d’une autre dimension, déterminée par l’impact du langage en chacun de nous, ce que Lacan appelle le « parlêtre ».

Notre débat porte sur l’égalité des genres et la diversité sexuelle en relation avec l’émancipation des femmes. Je pense que l’élément clé, c’est la distinction entre égalité et diversité. Égalité d’opportunités, égalité des salaires, égal accès à la santé, à l’éducation et à la formation, mais en se rappelant qu’il y a diversité des cas.

Considérer cette diversité ne saurait viser à établir des différences en termes de supériorité ou d’infériorité, à regarder telle spécificité comme un moins ou un plus pour l’une ou pour l’un. Comme l’enseigne Jacques Lacan, de multiples paramètres sont présents, mais la singularité de chaque sujet est essentiellement déterminée par l'impact que le langage a sur nous, dans nos corps, dans nos relations avec les autres et avec le monde.

____________

Lire aussi, dans le contexte du Parallel Event du 19 mars à New York, « Autonomisation des femmes et psychanalyse » par Patricio Alvarez dans Lacan Quotidien n° 492, « Ce que la psychanalyse sait des femmes en tant que « gender » », par Marie-Hélène Brousse dans Lacan Quotidien n° 494, « Quelques remarques sur le rôle des femmes dans des négociations de paix », par Gil Caroz dans Lacan quotidien n° 495. 

21 de mayo de 2015

Crónica: Conferencia de Manuel Fernández Blanco, “Igualdad, diferencia, exilio de la feminidad y sufrimientos femeninos actuales”, por Myriam Chang




En el espacio Final de análisis y pase: “Bordeando la feminidad”, de la Comunidad de Catalunya de la ELP, tuvo lugar el día 10 de abril, la conferencia de Manuel Fernández Blanco quien -bajo el título indicado- abordó diferentes aspectos de la feminidad de esta época.

Partiendo desde su experiencia en la Clínica del Campo Freudiano en La Coruña, y señalando a continuación los equívocos comunes al considerar el tema tan actual de la “violencia contra las mujeres”, terminó su exposición con su lectura de dos testimonios de pase de una analista mujer nominada AE de la Escuela.

Bajo la igualdad sexual planteada como un significante amo de la civilización actual encontramos, nos decía, dos posiciones feministas. Una falocéntrica que defiende la inclusión del todos en el discurso masculino y, el feminismo de la diferencia que en su rechazo radical del falocentrismo propugna una sociedad de las mujeres en la que el lesbianismo es el único modo de goce válido y coherente para una mujer feminista.

Si desde Freud, el psicoanálisis ha sabido reconocer una diferencia en las posiciones masculina y femenina frente al amor y al goce sexual, esta distinción parece estar perdiendo relevancia. Actualmente muchas mujeres mantienen posiciones activas de goce que les conduce a relevar la serie metonímica de los partenaires sobre la metáfora del amor. No sin la insatisfacción consecuente.

Este borramiento de las diferencias conlleva efectos sobre los modos de goce. Así nos decía M. Fernández “la diferencia, ahora, tiene que ver más con los pequeños mundos de cada uno. (...) Minorías que pueden reducirse a la unidad, al caso único, donde la diferencia sería totalmente imposible de incluir en ninguna lógica del universal, del para todos.”

Esta ausencia de referencias afecta entonces a las identificaciones en la feminidad. Por un lado, están las mujeres que imitando a los hombres, y respetando los valores tradicionales, y no sintiéndose en desigualdad con ellos entran en la competencia y rivalidad más masculina, abocándose a la frustración y la insatisfacción. Por otro lado, y citando a Miller, nos recordaba la posición de Sarah Palin que representaría la de una “feminidad desacomplejada” que ridiculiza los semblantes masculinos, sin pedir perdón, sin culpa y sin que nada la mine. Situada más allá de los planteamientos de igualdad busca la manera de desfalicizar a los hombres.

“Este nuevo modelo de mujer superpoderosa” tendría varias caras. La madre hiperpedagógica que tiene a su pareja como alumno dilecto al que ha de enseñarle cómo hacerla gozar. Una mujer que cuida su belleza, es polivalente y no se enamora. Pero esta posición tiene como resultado inhibir el deseo masculino que la conduce a su queja: “no quedan hombres”.

Así hablar de lo que no funciona se convierte en un imperativo mortificante en las parejas actuales. Ante este imperativo, la declaración de amor, pierde pie para un hombre. No lo declara, lo suplica, lo que lo aboca a la feminización. Y como contrapartida, lo que se aprecia en la clínica es el declive de la virilidad o bien el fenómeno metro-sexual.

Sobre la base de los casos atendidos en la Clínica del Campo Freudiano en La Coruña, Manuel Fernández Blanco nos hizo partícipes de los resultados del trabajo realizado por algunos psicoanalistas que allí colaboran. Así a la pregunta “¿de qué sufren las mujeres en la actualidad?” la primera respuesta mayoritaria es: angustia y tristeza que las mujeres que demandan atención mencionan como ansiedad y depresión. Tras el tiempo correspondiente surgen los motivos particulares. Y los problemas de ansiedad y depresión derivan en el temor a quedarse solas, o bien a perder el amor. Mujeres casadas que consultan, más como madres que como mujer, cuando los hijos ya crecidos marchan de casa. También se encuentran como desencadenantes de consulta, las rupturas de pareja, la pérdida del hombre amado, y la presencia de la otra mujer. Esto en cuanto a los casos de neurosis. Para las psicosis la Clínica parece cumplir una función de referente y de sostén.

El documento de trabajo realizado concluye con la impresión de que si sufrir por amor sería lo característico de la posición femenina en tanto ésta se ordena en torno a la falta, “las mujeres en la actualidad sufren porque evitan sufrir por amor”.

A continuación, Manuel Fernández, abordó lo que sería uno de los síntomas más actuales de la civilización: la violencia contra las mujeres.

Aclaró a este respecto, que no se trata en las mujeres maltratadas de un goce masoquista, sino de una demanda de amor que insiste precisamente por ser permanentemente decepcionada. Un amor decepcionado que suele tener sus raíces en la historia infantil, que insiste en pedir lo que nunca se obtiene. Y que buscando lo diferente sólo obtiene la repetición de lo mismo. Lo que la conduce a la dependencia.

Frente a esta dependencia femenina relacionada con la espera de un signo de amor, se encuentra la dependencia masculina que conlleva “un auge de las patologías más regresivas relacionadas con las adicciones en general”. Hombres-niños para quienes la pérdida o el abandono son insoportables. Lo que implicaría que al asesinato de la mujer le siga el intento de suicidio. Pues una vez destruida esa persona ya no les queda sostén en la vida.

“Cuando la mujer ya no es el objeto, cuando no se presta a la perversión polimorfa del macho (...) el encuentro entre los sexos père-versamente orientado se torna problemático”. Para el hombre surge como opción la clandestinidad erótica que se refugia en la masturbación sin duda con el auxilio de internet. Y del lado de la mujer, Manuel nos recuerda una cita de Miller, “florecen las patologías que se describen como centradas en la relación con la madre”. Así nos decía, el aumento en las dificultades para hacer pareja, lleva a la promoción de la mujer-madre, acrecentando la necesidad de un niño como objeto de amor.

Manuel Fernández rescata en este punto la lectura anticipada de la violencia entre los sexos que Lacan realiza en 1958, en sus lecciones del seminario VIII, sobre la Transferencia, pgs. 236 y 433. La posición de igualdad imaginaria siempre lleva a la tensión agresiva. De manera tal, que en ocasiones, sólo se consigue reintroducir lo sexual de modo violento. Hombres que interrogan a la mujer de manera violenta para conseguir de ellas el ser de goce que esconden en su vientre. Cita en este punto a Lacan: “Esto se desarrolla a lo largo de la línea [...] propiamente sadiana, por la que el objeto es interrogado hasta las profundidades de su ser, solicitado para que se muestre en lo que tiene de más oculto [...] ¿Hasta dónde puede soportar el objeto la pregunta? Quizás hasta el punto en el que se revela la última falta en ser, hasta el punto en el que la pregunta se confunde con la destrucción misma del objeto”. “Vemos ¾nos dice Manuel Fernández¾ cómo Lacan nos da las claves, ya en 1961 (hace 50 años), que nos permiten entender, más allá de las explicaciones basadas exclusivamente en el machismo del hombre, la violencia contra la mujer y el feminicidio”.

Bajo este nuevo prisma el intento ¾no siempre logrado¾ de suicidio del hombre, tendría una explicación más estructural que sociológica. Una vez eliminado el objeto, el hombre no sabría sostenerse en la existencia, en tanto “funda todo este fantasma sobre la base de su propia eliminación” (Lacan, La Transferencia, pg. 237). Eliminación de su ser excremental concluye M. Fernández.

Para darnos una perspectiva diferente, esto es, la feminidad desde el pase, M. Fernández Blanco toma el testimonio de Céline Menghi. Utiliza para su lectura, los textos titulados “Un raspado de voz a ras del hueso”, publicados con el mismo título en Freudiana 53, pp. 71-78, y en El Psicoanálisis nº 14, pp. 67-76, para extraer, los aspectos que a su juicio remiten a la posición femenina y sus transformaciones.

Ubica así en estos dos relatos de testimonio los momentos en que a lo largo de los diversos avatares subjetivos, Céline Menghi, va dando cuenta de sus posiciones frente a la feminidad, hasta llegar a delimitar en un nombre, “un raspado de voz”, casi un estertor a ras del hueso. “Voz áfona como marca en la boca, orificio del cuerpo sexuado.”

Para llegar a ese punto, concluye M. Fernández. “ha tenido que caer el objeto mirada, el simulacro bajo la toma del objetivo, el falo muerto, para acceder al estatuto de la carne en forma de restos humeantes, de lo real de la muerte de la que ya no se goza. Eso se sitúa más allá de toda lógica fálica y apunta al goce asexual donde “Ello” goza, en soledad: ‘Ya no es más huérfana. Sola, pero de otra soledad’”.

19 de mayo de 2015

NLS Congress: "Crisis, Trauma and Subjective Decision" / "Crise, trauma et décision subjective" by /par Yves Vanderveken


Crisis, Trauma and Subjective Decision 

Work-in-Progress 3
 Yves Vanderveken

The theme of ICLO-NLS fourth Study-Day[1] is in consonance with that of the NLS Congress which will be held in Geneva on 9-10 May 2015. And I invite everybody to participate in it and, if you can, to be there. You have already perhaps followed the vast preparation that animates the organisation of the Congress everyday on social media, email and the internet, of which Florencia Shanahan is one of the most important anchors. I have already been in several NLS locations preparing and working on this theme, and today it is a matter of me finding yet another different angle from which to approach this topic. It is my continuous work-in-progress.

So I thought I should perhaps try to circumscribe, from a psychoanalytical point of view, an opposition that circulates in the preparing works towards the Congress. While it is said that crisis is not a psychoanalytic concept as such, at the same time we have a formula by Jacques-Alain Miller which has been already worked on quite a lot which states that the psychoanalyst is “crisis friendly”[2]. So my question is how can we account for these two poles?

Crisis is a signifier that is ever present in contemporary discourse where it resonates everywhere. But, at the same time, we could say that the notion of crisis accompanies psychoanalysis from its very inception, in a way that is proper to it, and which Freud circumscribed with the name of trauma. We could say that trauma is a characterisation of crisis in the psychoanalytical field. We know that the invention of psychoanalysis starts off from the study and the therapy of symptoms, non-medical symptoms, in hysterical subjects, at these moments of crisis. And what Freud discovers, by means of allowing the subject to speak, is that in the origin of these symptoms what we find is the trauma. That is to say, there is a trauma that contributes to the formation of these symptoms. And what is trauma if not a moment of major crisis? A moment of rupture that leaves the subject to cope with the intrusion of something which he cannot account for, something the subject is confronted with and which he cannot face with the subjective reference points he has at his disposal at the time. So the symptom comes as an effect, as a response to this.

But we must emphasise that in the field of psychoanalysis, trauma is a moment of crisis that is absolutely particular. It does not conform to the idea that common discourse or common sense has about what trauma is. The trauma discovered by psychoanalysis is not connected to an event which would intrude within a dimension of causality that would be lineal, in the sense of ‘this event, that effect’. Freud’s major discovery is to pose that, in psychoanalysis, trauma as a principle concept is always linked to a double movement, a double event; trauma is always founded on ‘two times’.

This is, for instance, what Freud discovers in the case of young Emma’s phobia -which Freud also calls hysterical obsession. You may know this case which Freud describes in the “Project for a Scientific Psychology”[3]. What happens to this young girl? She has, we could say, a very simple symptom. She is very fearful of going into shops alone. It is a little symptom which is both odd and restrictive, and like we all do, she tells herself that this is ‘stupid’, it’s nonsense. She holds a critical judgement with regard to this symptom. She knows that this is a purely subjective phenomenon and that it is not grounded in a real danger that she might eventually encounter in the shops. But, despite this, she can’t help it. Emma has the recurring idea that if she goes into the shops alone, people might make fun of her in relation to her clothes and how she is dressed. These subjective ideas are accompanied by very real, very concrete effects in the body such as intense anxiety, sweating and inhibition.

Freud discovers that this symptom is the response to two events and what is essential is that it is the second event that gives the first its traumatic value, retroactively. The first memory that Emma connects with her symptom brings her back to her thirteenth year, that is to say the moment when she reaches puberty. She goes into a shop and she sees two shop assistants who laugh. She rushes out of the shop convinced that they were laughing at the way she was dressed. This event is accompanied by the incongruent idea (incongruent with regards to reality), that she had liked one of the two men when.

However, this event is not sufficient to account for the persistence of this symptom later in the life of this young woman; she no longer dresses in the same fashion and she is older. Thus, at this point we cannot really see very clearly what is traumatic in this first memory. By encouraging further associations what emerges is a memory from when she was eight years old. When she was a child of eight, in the shop where she used to go to buy sweets, she tells of the shop assistant twice making a move to touch her through her clothes. The way in which she tells this is very important. What is remarkable is the fact that this event did not prevent her from going back to the shop. So we could say that this initial, traumatic and real event is not subjectively experienced as traumatic at that point. What appears is a certain culpability, a certain sense of guilt, related to the fact of having found some pleasure in having been “appreciated” by someone. It is only in the second moment, when she is thirteen, that the event which took place when she was eight becomes traumatic and it is at this point that this event delivers its sexual charge and sexual signification which it did not carry at the time when it happened. What connects both events or both scenes are two traits. One is the laugh of the shop assistant which awakens the memory of the facial expression that the original sales assistant in the sweetshop had; and the other is the fact of being alone, because, in fact, when she is with someone she has no problem going into shops.

The reason I come back to this, one of Freud’s first cases, is to emphasise the singular value of the trauma in the neurotic symptom. In fact, for Emma, the moment of crisis occurs when she is thirteen but in a way that is disconnected from the real event to which this symptom is connected. It is at this moment that Freud can isolate the main trait of the neurotic symptom: what he calls ‘substitution’ or even its ‘overdetermination’. That is to say that the symptom is never connected to just one cause. From the very beginning the symptom is captured in a whole network of connections. Substitution means that an event, A, conceals or masks or is linked to an event, B. In the case of Emma the event is retroactively connected to another event which conceals the cause. So we can say that the charge of excess, of disgust and of the repressed sexual abuse, linked themselves afterwards to another event which renders the cause unrecognisable. The charge of anxiety was transferred from one to the other because there were three discrete elements, three signifiers, which repeated themselves: the laughing, the clothes and being alone. We must highlight here that in the second event, it is the sexual dimension that Emma is confronted with which she experiences. It is this actualisation that reactivates the traumatic value of sexuality, as an encounter with something “coming from outside”, produced when she was eight, but without, at that point, producing the effects that will arise at thirteen, when she has become pubescent.

So, the symptom is the response that is created in order for the subject to assimilate something that, at the time of this encounter, was impossible to assimilate in the subjective economy and which overwhelms his or her capacity of symbolic reabsorption. It is what allows for a compromise. We could say that the symptom is a necessary response, a creation effect which is necessary to overcome this moment of crisis in the encounter with an unchained real – in this case, for this young woman, the sexual encounter.

The constitution of the symptom as a response to this point of traumatic encounter, to the moment of subjective crisis, according to a logic that has two times implies, as a consequence, that there is no linearity between cause and effect. In fact there is, rather, a rupture in the chain of causality, as we can see in the triggering of the hysterical obsession in Emma. This hysterical obsession is in fact triggered through an event which only has a link to the previous event in relation to the substitution in the signifying metonymy; there is no connection except for these signifying traits that connect the two.

This is also what explains the profound singularity of each traumatic event. An event only takes a traumatic signification within subjective unconsciousness coordinates that cannot be compared to anybody else’s. This is in complete opposition to the idea that such event produces such trauma.

This is very well demonstrated in a small volume that perhaps some of you may know which is entitled ‘Quick Therapeutic Effects'[4], in which you will find the case of a subject who was one of the victims of the bombings at the train station in Madrid. This woman, who was not herself seriously injured, found herself in the midst of the explosions and their effects on others. So what we have here is the irruption of a pure real: a moment of crisis that could not be more real. What Jacques-Alain Miller remarks in relation to this case is that when this person goes back to her analysis, immediately she begins to tell her dreams and nightmares and that, from the very beginning, free association recommences. What Miller emphasises is that this teaches us two things. On the one hand, that the work of the unconscious is immediately trying to veil, to cover up this real again by means of meaning or sense. The work of the unconscious is activated in order to recover a certain homeostasis there. But also what this case proves is that from the very beginning, the actual real event is taken up within very singular subjective coordinates by the subject. From the very beginning this real event, which we could consider an objective event, is taken up in the subject’s signifying chains in connection with very singular elements of her own history. What is demonstrated there is that there is something at work in order to place this event is a series of signifying elements and all of this work aims at trying to reabsorb or assimilate this pure real which has no meaning whatsoever – it’s a bomb that has exploded.

From a certain point of view, we could say that these are two opposite examples. The first one, Emma, is a case that shows how the traumatic event is always taken up in a signification that is absolutely personal. On the other hand, the second example of the attacks shows how, from the very beginning, a pure real is reabsorbed into the personal significations of subjectivity. So we can see that these moments of subjective crisis are the consequence of moments of rupture in somebody’s subjective configuration, absolutely singular, and how at the same time, this calls for a work of reweaving of the subject’s signifying tissue with regard to this lawless real that has been met.

The analyses that Lacan makes of Little Hans and Hamlet allow us to take a step further, a supplementary step, and to orient ourselves towards the structural dimension of trauma. This means that, in fact, there is a traumatic encounter for each of us and that what we call moments of subjective crisis are, indeed, reactivations of this. They are reactivations of a structural point which is traumatic for every speaking being.

Let us examine Hamlet, of whom Lacan says is not a clinical case but that we nevertheless have there the “neurotic desire in every instant of its incidence”[5]. Undoubtedly, Hamlet goes through a moment of subjective crisis when his admired father dies. But what Lacan insists on and what he demonstrates is that what really makes Hamlet suffer, what actually plunges Hamlet into despair is, in fact, the encounter with his mother’s desire. The “desire of the mother”[6] is revealed in its whole dimension -as something detached from the bond with the father, something outside of the law of the father-, once the father disappears. As you know she is sleeping with the main suspect of Hamlet’s father’s death and Shakespeare does not conceal the erotic exchanges. It is the encounter with this “unchained” feminine desire in the mother –“unchained” or “triggered” in the sense that it no longer responds to the law, it exceeds her position as mother in the relationship with the father and makes of her a woman whose desire exceeds that of ‘towards’ or ‘regulated’ by the father-, it is Hamlet’s encounter with this desire that plunges him into total despair.

Lacan actually makes fun of this scene where Hamlet beseeches his mother to calm down and to toe the line, of Hamlet’s appeal: “Refrain tonight, take the path of morality…”[7] We can say that it is the encounter with the feminine dimension of the desire of the Other, outside the phallic law, which provokes a crisis for Hamlet, the son, as it does for every neurotic. It is at this point that Lacan situates the true death of the father and it is in relation to that point that Hamlet, through his grief, through his work of mourning, is called upon for a reconstruction, “a massive intervention in relation to the whole of the symbolic game”[8] – everything has to be reconstructed and for Hamlet this means passing through a moment of desubjectivisation. We can say this is a moment of crisis that we encounter, structurally. The mother is a woman. For the obsessional subject this is, particularly, his trauma.

This is not without a connection to the phobia of Little Hans to which Lacan devotes an entire Seminar[9]. For Little Hans it is also less a matter of the desire for his mother[10] -what has been retained from the vulgarisation of the Oedipus complex-, it is not about him being attached to his mother, but about being confronted with the desire of her mother, which Hans’ father cannot ‘master’. Also, in this case, it is the encounter with the feminine dimension of the desire of the Other, what Jacques-Alain Miller calls the “the mother’s knickers”[11], it is this which leaves this little boy completely without resources (with regards to the “father’s lack [carence du père][12]), confronted with a panic point, as Lacan will say later[13], a panic point where something needs to be rewoven, a new signification that the paternal signification cannot cover up completely, cannot fill up. It is this point that the phobic object comes to signify, in its various strands, of which the essential trait is the famous krawall.

This other desire, which escapes the control and the law of this desire, Lacan will at the end of his teaching localise it, for Hans, in his own organ[14]. So evidently, we have, on the one hand the encounter with the desire of the Other which provokes the moment of crisis but, on the other hand and at the end of his teaching, Lacan goes on to say that this encounter with the desire of the Other, was encountered by Little Hans in his own body. At the time of the encounter with his first erections, this part of the body suddenly becomes uncontrollable, starts to live its own life, not at all under the control of the body; this is why Lacan says that phallic jouissance is “outside the body”[15]. It is the encounter with this other jouissance, which inhabits one’s own body without being reabsorbed in it, which will be the trigger, according to Lacan, of the moment of subjective crisis that Little Hans goes through. His phobia will be the treatment, the attempt at cure for this hole encountered in knowledge. An attempt at cure, as Freud had already qualified delusion in psychosis, and which we can expand to symptom and fantasy. On purpose, I am putting together these three terms, symptom, fantasy and delusion, in continuity. Even if there are some differences of course, all three of them are there to cover and treat this hole in the symbolic.

Trauma, being at the same time the encounter of the body with the signifier and with the outside-of-the-law [hors-loi] of sexuality, has a structural dimension for the speaking being. This is what Lacan manages to reformulate with this later analysis of Hans’ phobia. For each speaking being, by the very fact that he speaks and that speaking is what denaturalises instinct, there is structurally an encounter with jouissance which is never the jouissance that should be. This is what Lacan’s sentence: ‘There is no sexual rapport / relation’ means. Here we have the fundamental crisis. This jouissance presents itself always as an excess or unsatisfying, too much or too little, carrying disgust or not, present always when it should not be and absent when it should there. This is always encountered within singular coordinates for each subject. In this sense, the moment of subjective crisis, the trauma, is always second, or in any case, the traumatic events have always a singular connection with the initial trauma of being born into language, which repetition commemorates. The traumatic events or bad encounters redouble this initial trauma and only take their meaning from the mark that the signifiers have left in a contingent manner on the singular being of each of us, and which determine us in our own traits. It is these determinations, all of which are at the same time signifying marks carrying an other jouissance, that an analysis aims at isolating and circumscribing.

The moments of subjective crisis are those moments when the veil of the fantasy is torn back. Because, in the end, what is the fantasy? It is your own system of personal signification about the world that you have constructed. It is your own way of reading the world. Moments of crisis are precisely moments where this ‘reading system’ fails and encounters a point that cannot be assimilated and which renders the function of the symptom inoperative. It is a reactivation of this moment of traumatic encounter which leaves the subject without resources and which calls upon the subject for a work of reconstruction, of reweaving, of reinvention. These are moments where the taking up of a position and the making of a decision is necessary.

From the perspective outlined above, all speaking beings are situated on the same side with regards to this point. This is what, at the end of his teaching, Lacan is going to call ‘generalised foreclosure’. For every speaking being there is a hole in knowledge in relation to sexuality: a troumatisme, for everybody. It is a hole about which and around which everybody has built a signification, that is to say, a delusion.

Let us say that it is the modality of response to this hole, to this structural point, which can determine a difference in terms of psychical structure such as neurosis or psychosis. However, even though this is a distinction which one has to take into account, it is not so operative. There used to be classic, standard modes of response to this hole, which were transmitted by tradition. There were ways of doing, ways of behaving, which were transmitted and constituted the paths of laws. They were standard solutions. This is why Lacan includes them more on the side of feeblemindedness [débilité]. Something of this ‘out-of-law’ was regulated by the symbolic and by the law of the Father; that is what tradition is. Only these traditions have been shattered or perhaps, to put it differently, that the nature of semblance of these traditions has been revealed and, therefore, devalued. This is due to the effects of science, of capitalism and globalisation which sweep tradition away; but also, due to psychoanalysis[16]; to bring back these constructions to their status of semblances with regards to the real is one of psychoanalysis’ great gestures.

As a result of this, at the social level, it is the whole world that considers itself in crisis. The crisis in the symbolic and in the imaginary, leaves us more as a prey of this point of real outside of the law, closer to the drive and the surplus-jouissance. What we encounter are new forms of phenomena which call for new arrangements in times when the ideals no longer operate. On the one hand a consequence of this is the ferocious return of tradition. However it must be said that when ideals and the symbolic held things together, that did not provoke less deaths. We need only think of communism and Nazism. But this was nevertheless in ‘blocks’. Today what is expressed is a much more delocalised, fragmented, disjointed death drive.

One last point. You can find this very well condensed in a recent text by Sophie Marret-Maleval[17]. In this short text, she puts forward how there is an approach to the symptom, which is the one that I have just developed here. It is the symptom understood as the response, the invention that comes to calm, to temper this encounter with the real outside of law. But, at the same time and by that very fact, the symptom is that which is in direct contact with this real.

She reminds us that Lacan calls “a symptom everything that comes from the real and the real is everything that does not work out”[18]. So this opens up a different conception of ‘moments of crisis’. Up until now we have seen moments of crisis as something that needs to be reabsorbed, reassimilated, in its dimension of therapeutic treatment. But the emergence of a moment of crisis is also a sign of the real, which calls for a response from the subject. To go back to the title of our Study-Day today, it is a moment which calls for a decision from the subject, a decision by the subject to confront himself with, to respond to this point of real by means of something other than what Lacan calls feeblemindedness. In other words, it calls for a response that would not be to misrecognise and cover up the real, but one that would rather lead the subject to orient himself or herself by it in order to decide. From this, I could say that an analysis, when it is taken to a certain point, can undoubtedly lead to an increase of freedom with regard to the straitjacket of the fantasy; but it also implies that the subject is more and more confronted with what Lacan calls ‘the forced choice’. The forced choice which is mine, which does not exist except from that mark inscribed in my own being, but which indicates, when this signal emerges, that I cannot flee and a response is required.

The moment of crisis emerges there as that moment which we can no longer authorise ourselves to avoid, the sign that there is a real at play. This is what Lacan meant when defining what the only ethics of psychoanalysis is, when saying: ‘not to give ground on one’s desire’. And this is also what Jacques-Alain Miller referred to in a formula that made waves: ‘Do your duty'[19]. Evidently, this is not a ‘do your duty’ connected to imposed and superegoic ideals, but to that which each one –for oneself- can no longer afford to avoid. 

Transcribed and edited by Tom Ryan from the simultaneous translation by Florencia F.C. Shanahan 

Notes:
[1] Delivered as the introduction to the ICLO-NLS 4th Study-Day, Dublin, 7 March 2015
[2] http://www.lacan.com/symptom/?page_id=299
[3] Freud, S., “Project for a Scientific Psychology”, SE, Vol I, pp 353-356.
[4] La conversation de Barcelone, Effets thérapeutiques rapides en psychanalyse [juin 2005], Agalma, coll. Le Paon, 2005.
[5] Lacan, J., The Seminar Book VI, Desire and its Interpretation, lesson of 18 March 1959. Unpublished.
[6] Ibid
[7] Ibid
[8] Lacan, J., The Seminar Book VI, Desire and its Interpretation, lesson of 22 April 1959. Unpublished.
[9] Lacan, J., Le Séminaire, livre iv, La relation d’objet [1956-1957], text established by Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1994.
[10] Lacan, J., The Seminar Book VI, Desire and its Interpretation, lesson of 18 March 1959.
[11] Lacan, J., Le Séminaire, livre iv, La relation d’objet, op. cit., lesson of 5 June 1957
[12] Ibid
[13] Lacan, J., The Seminar Book VI, Desire and its Interpretation, lesson of 10 December 1958.
[14] Lacan, J., Geneva Lecture on the Symptom (1975), trans. R Grigg, in Analysis No 1, Melbourne Centre for Psychoanalytic Research, 1989, pp 7-26
[15] Lacan, J., Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, back cover.
[16] Miller, J-A, “A Fantasy”, Lacanian Praxis 1, May 2005, pp 7-16
[17] Slashes 21, “The Symptom and Crisis”, http://www.nlscongress.org/wp-content/archivos/sla21.png
[18] Jacques LACAN, “Freud Forever. An Interview with Panorama”, in Hurly-Burly, Issue 12, 2015, p. 19.
com/mensuel/428/jacques-lacan-il-ne-peut-pas-y-avoir-crise-psychanalyse-18-06-2014-25207
[19] Miller, J.-A., “From symptom to fantasy and back”, Course The Lacanian Orientation, delivered at the University of Parix VIII, Lesson of 19th January 1983.

_______________________


Crise, trauma et décision subjective 

Work-in-progress 3 
Yves Vanderveken 

Cette quatrième Journée d’étude d’Iclo-NLS décline son thème, Moments of subjective décision, sur celui, Moments de crise, du prochain congrès de la NLS qui aura lieu les 9 et 10 mai prochains à Genève.[1] Je vous invite ardemment à venir y participer et à vous y inscrire. Vous pouvez sûrement suivre, par nos différents réseaux internet, sociaux et de diffusion – dont Florencia Shanahan est une des chevilles les plus importantes – la préparation et la vaste réflexion qui animent la NLS dans son ensemble sur ce thème. Pour moi, qui depuis quelques mois déjà ait, en divers lieux et endroits de la NLS, travaillé ce thème, je suis convoqué à trouver un nouvel angle pour l’aborder aujourd’hui. C’est mon work-in-progress continu obligé.

Il m’est venu qu’il fallait que j’essaye de cerner, d’un point de vue psychanalytique, une opposition qui circule au long de cette préparation du congrès. À savoir, qu’à la fois « la crise » n’est pas un concept analytique, mais que dans le même temps – pour citer une formule maintenant largement reprise et déclinée de Jacques-Alain Miller – la psychanalyse est « amie de la crise »[2]. Ma question est donc de comment en rendre compte ?

Crise, c’est un signifiant dont nous nous sommes emparés dans le discours contemporain où il pullule. Mais nous pourrions dire qu’il accompagne la psychanalyse depuis sa naissance-même, sous une forme qui lui est propre, sous un syntagme sur lequel repose toute l’ossature freudienne, à savoir le « traumatisme ». Le trauma, c’est une déclinaison de la crise dans le champ analytique. La psychanalyse aborde son invention, avec l’étude et la thérapie des symptômes non médicaux des sujets hystériques, par le biais de ce moment de crise-là. Freud découvre en laissant parler ses patientes qu’à l’origine de leurs symptômes, il y a un trauma, un trauma qui concourt à la formation de ces symptômes. Qu’est-ce que le trauma ? Sinon un moment de crise majeur, un moment de rupture qui laisse le sujet aux prises avec une effraction de quelque chose dont il ne peut rendre compte et à laquelle il ne peut faire face avec ses repères subjectifs, et dont le symptôme vient comme réponse, comme effet.

Mais le trauma, dans le champ de la psychanalyse, est un moment de crise tout à fait particulier. Il ne se résorbe pas dans la façon dont il est abordé dans le discours courant et intuitif. Le trauma que découvre la psychanalyse, n’est pas fait ou lié à un évènement qui viendrait faire effraction, crise, dans sa dimension de causalité linéaire, dans une dimension de lien de cause à effet – un évènement entrainant tel effet. C’est la découverte freudienne majeure que de démontrer que le trauma, comme moment de crise princeps dans la psychanalyse, est toujours lié à un double évènement, qu’il se fonde toujours sur deux temps.

C’est ce que Freud découvre dans le cas de la phobie – qu’il appelle l’obsession hystérique – de la jeune Emma. Il en déploie l’analyse princeps dans son ouvrage La naissance de la psychanalyse.[3] C’est connu. C’est une jeune fille hantée par le fait d’entrer seule dans les magasins. C’est un petit symptôme invalidant, incongru, dont elle sait qu’il est stupide, non fondé sur la réalité – elle garde un jugement critique par rapport à cela et sait que c’est un phénomène purement subjectif – mais dont elle n’en peut mais. Simplement, surgit chez elle l’idée récurrente que si elle y entre seule, on va se moquer d’elle à cause de ses vêtements, se moquer de la façon dont elle est habillée. Cette angoisse subjective s’accompagne d’effets bien réels, à savoir des manifestations corporelles intenses : angoisse, inhibition, sudation, pétrification, etc.

Freud découvre que ce symptôme s’est formé en réponse à deux évènements, le second n’ayant donné son sens traumatique au premier qu’après-coup. Le premier souvenir qu’elle relie à ce symptôme remonte à l’époque de ses treize ans, c’est-à-dire au moment où elle est devenue pubère. Elle entre dans un magasin et voit deux vendeurs qui rient. Elle sort paniquée avec l’idée qu’ils se sont moqués d’elle et de la façon dont elle était habillée. Cet évènement s’accompagne de l’idée, incongrue par rapport à la réalité, qu’un des deux hommes lui avait plu.

Ce seul évènement ne peut rendre compte de la persistance de ce symptôme à l’âge plus avancé de la jeune fille, alors qu’elle ne s’habille plus de la même façon et qu’elle est plus âgée. De plus, on ne perçoit pas bien ce qui est à ce point traumatique dans ce premier souvenir. C’est alors que, poussant l’association libre plus loin, Emma fait état d’un souvenir qui date de ses huit ans. Enfant, dans la boutique où elle allait acheter des bonbons, l’épicier lui avait à deux reprises fait des attouchements à travers son vêtement. Fait remarquable, cela ne l’avait pas empêchée d’y retourner. Ce moment traumatique initial et réel ne l’est pas subjectivement. Elle s’est juste reproché par après d’avoir continué à y retourner, avec une certaine forme de culpabilité du plaisir tiré d’avoir été « appréciée ». Ce n’est que dans le second temps, lors de l’épisode de ses treize ans, que l’événement de huit ans devient traumatique en délivrant et transférant sa charge et signification sexuelles sur ce second temps qui n’en comportait pas. Ce qui relie les deux scènes, au fond, ce sont deux traits : le rire des marchands qui réveille le rictus qu’avait le marchand de bonbons de ses huit ans et le fait d’être seule. Quand elle est accompagnée, elle peut entrer sans problème dans les magasins.

Je suis revenu sur ce cas princeps pour faire saisir la valeur tout à fait singulière du trauma dans le symptôme névrotique. Le moment de crise pour Emma surgit à l’âge de ses treize ans, de façon à elle-même déconnecté de l’événement réel qui l’avait provoqué. Freud isole à ce moment-là le grand trait du symptôme névrotique : la substitution, ou encore sa surdétermination. Cela veut dire qu’il n’est pas lié à une seule cause, qu’il est d’emblée pris dans tout un réseau de connexions et signifiantes et pulsionnelles. Substitution signifie qu’un événement A veut dire, cache, masque ou est relié à un événement B. La charge d’excès, de dégoût et d’attentat sexuel refoulé sont venus s’attacher postérieurement à un autre évènement qui en rend méconnaissable la cause. La charge d’angoisse a été transférée à l’autre événement par et a travers trois éléments discrets, trois signifiants qui se répétaient dans les deux scènes – le rire, le vêtement et être seule. Remarquons qu’au deuxième événement, ce à quoi elle est également confrontée, c’est la dimension sexuelle qu’elle-même éprouve pour les vendeurs, à treize ans. Ceci réactive ce que la sexualité avait eu de traumatique, comme venant là « de l’extérieur », à l’âge de ses huit ans, mais sans produire les effets qui surgissent à ses treize ans, alors qu’elle est devenue pubère.

Le symptôme est comme la réponse, ce qui se constitue pour rendre assimilable ce qui dans un moment de rencontre ne l’a pas été dans l’économie subjective du sujet et qui déborde ses capacités de résorptions symboliques. Il est ce qui permet le compromis. Il est un effet de création nécessaire pour surmonter ce moment de crise de rencontre avec un réel déchaîné. En l’occurrence, pour cette jeune fille, la rencontre sexuelle.

La constitution du symptôme comme réponse au point de rencontre traumatique, au moment de crise subjective, sur une logique à deux temps, entraine comme conséquence une non-linéarité directe de la cause à l’effet. Plutôt y a-t-il rupture de la chaine de causalité, comme nous l’avons vu dans l’éclosion de l’obsession hystérique chez Emma, qui se déclenche à partir d’un évènement qui ne porte de lien causal à un autre événement que par substitution et métonymie signifiante et jouissante.

C’est ce qui explique aussi la profonde singularité de l’évènement traumatique. Un événement ne prend une signification traumatique, ne fait crise, que dans des coordonnées subjectives inconscientes à nulles autres pareilles. Ce qui est parfaitement opposé à l’idée d’une linéarité telle que tel événement produit tel trauma.

Ceci est également parfaitement démontré dans le petit volume des Effets thérapeutiques rapides à partir d’un cas d’un sujet, victime des attentats de Madrid[4]. Il s’agit d’une femme ayant assisté de près à l’explosion des bombes et, sans être gravement touchée, s’est retrouvée au cœur et au milieu des morts et blessés. Il y a là l’effraction d’un réel pur, un moment de crise on ne peut plus réel. Jacques-Alain Miller remarque dans l’analyse du cas que dès son retour en analyse, elle se met à raconter et produire des rêves et cauchemars. D’emblée l’association-libre et les formations de l’inconscient reprennent. Il s’y démontre deux choses. D’abord que l’inconscient se met directement au travail d’essayer de recouvrir ce pur réel dans une chaîne de sens, de restaurer une certaine homéostase, mais aussi que les coordonnées de l’attentat sont d’emblée reprises dans des coordonnées personnelles, que l’analysante rattache à des éléments qui font sens pour elle, de son histoire personnelle. Directement tout un réseau de signifiants se tisse qui vient inscrire l’événement pur dans la subjectivité de ce sujet-là. Se démontre là comment tout un travail inconscient se déploie à produire une série de liens et lois signifiantes, celles du sujet, pour venir résorber ce réel qui est un pur réel sans signification – une bombe qui a explosé.

D’un certain point de vue, ce sont deux exemples opposés. Le premier, Emma, enseigne que ce n’est que par des significations personnelles que l’évènement devient traumatique. Dans le second, celui de l’attentat, on voit comment un réel pur est d’emblée réabsorbé dans des significations personnelles. On voit comment ces moments de crises subjectives sont la conséquence de moments de rupture dans la configuration subjective de quelqu’un, absolument singuliers, et qu’en même temps cela convoque et appelle un travail de réagencement du signifiant du sujet à partir de ce réel sans loi rencontré.

Les analyses par Lacan du Petit Hans et de Hamlet permettent de faire des pas supplémentaires. Ils nous orientent vers la dimension structurale du trauma. Au fond, il y a une rencontre traumatique pour chacun et les moments de crises subjectives personnelles sont des réactivations d’un point de structure rencontré par tout être parlant.

Evoquons Hamlet, dont Lacan dit que ce n’est pas un cas clinique, mais que nous avons dans ce drame, « le désir du névrosé à chaque instant de son incidence »[5]. Certes, Hamlet traverse un moment de crise subjective à la mort de son père admiré, ce qui le plonge dans un désarroi. Mais Lacan insiste et démontre que ce qui le met véritablement à mal, c’est la rencontre avec « le désir de sa mère »[6], qui se révèle dans toute sa dimension – hors des coordonnées du lien à son père, hors la dimension de la loi du père – dès la disparition de celui-ci. Vous savez qu’elle va s’amouracher du principal suspect de la mort d’Hamlet père, et ceci dans des effluves érotiques que Shakespeare met en évidence. C’est la rencontre avec ce désir féminin « déchainé » chez sa mère –– « déchainé » au sens où il ne répond pas ou plus de la loi, qui excède sa position de mère dans sa relation au père et fait d’elle une femme au désir qui excède celui « pour » et « réglé » par le père – qui plonge Hamlet dans un désarroi total.

Lacan est moqueur de la scène, qu’il considère comme centrale dans la pièce, où Hamlet conjure véritablement sa mère à se calmer et à « rentrer dans le rang » : « une adjuration d’Hamlet […] – Reprenez-vous, dominez-vous, prenez la voie des bonnes mœurs… »[7]. Comme pour tout névrosé d’ailleurs, c’est la rencontre avec la dimension féminine du désir de l’Autre, qui excède la loi phallique, qui fait moment de crise pour Hamlet fils. C’est cela qui nécessite d’Hamlet, dans son travail de deuil – que Lacan situe à ce point-là, plus que dans la mort du père ; ou plutôt c’est en ce point qu’il situe la vraie mort du père – « l’intervention totale, massive de tout le jeu symbolique »[8]. C’est-à-dire qu’il doit tout reconstruire. Or, ce moment de crise d’Hamlet est un moment que chacun rencontre, de structure. La mère est une femme. Pour le sujet obsessionnel, c’est particulièrement son trauma.

Cela n’est pas sans résonner avec le travail de la phobie du Petit Hans, sur lequel Lacan s’attarde durant tout un séminaire[9]. Lui aussi, c’est moins au « désir pour sa mère »[10] – ce que la vulgate a retenu du dit complexe d’Œdipe classique – qu’il a affaire qu’au désir de sa mère, que le père de Hans ne peut pas « maitriser ». Là aussi, c’est la rencontre avec une dimension féminine du désir de l’Autre, que Jacques-Alain Miller désignera du syntagme « Les culottes de la mère »[11], qui laisse Hans littéralement sans recours, (au regard de la « carence du père »[12]), seul face à un point panique, comme s’exprimera Lacan plus tard[13], où doit se retisser une nouvelle signification que la signification paternelle ne vient pas saturer. C’est ce point-là que l’objet phobique vient signifier, dans toutes ses déclinaisons, dont le trait essentiel est le fameux krawall.

Ce désir autre, qui échappe au contrôle et à la loi, Lacan finira par le situer chez Hans lui-même, dans son organe pénien[14]. Certes, il y a la rencontre avec le désir de l’Autre qui provoque le moment de crise mais Lacan, à la fin de son enseignement concernant le Petit Hans, dira qu’au fond cette rencontre du désir de l’Autre, il se rencontre dans le corps propre. Hans le rencontrera au moment de ses premières érections, cette partie du corps qui devient tout d’un coup incontrôlable, qui vit sa vie pas tout à fait dans le contrôle du corps – c’est pour cela que Lacan finira par situer la jouissance phallique comme « hors-corps »[15]. C’est cette rencontre avec cette autre jouissance qui habite, sans s’y résorber, le corps propre, qui sera le déclencheur du moment de crise subjective que traverse Hans. Sa phobie en sera le traitement, la tentative de guérison de ce trou rencontré dans le savoir. Tentative de guérison, comme Freud le disait déjà du délire, et que nous pouvons élargir au symptôme et au fantasme. Je mets symptôme, fantasme et délire volontairement dans un continuum, même s’il y a une différence bien entendu, mais tous les trois sont là pour venir recouvrir et traiter ce trou dans le symbolique.

Le trauma, à la fois rencontre du corps avec le signifiant et avec le sexuel hors-loi, a une dimension structurale pour l’être parlant. C’est ce que Lacan resserre avec cette analyse tardive de la phobie de Hans. Il y a chez l’être parlant, du fait qu’il parle et qu’il s’en trouve radicalement exclu de tout instinct, rencontre avec une jouissance qui est toujours celle qu’il ne faut pas, celle qui ne convient pas. C’est cela que veut dire le fameux syntagme : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». C’est cela le moment de crise fondamental. Elle se présente, cette jouissance, toujours porteuse des signes de l’excès, du trop peu, de l’insatisfaction, ou du trop, porteuse de dégoût ou pas, présente là quand il ne faut pas ou absente quand il le faudrait. Elle se rencontre toujours dans des coordonnées singulières pour chaque sujet. En ce sens, les moments de crise subjective, les traumas sont toujours en quelque sorte seconds ou en tous cas avec des liens singuliers par rapport à ce trauma initial d’entrée dans le langage que la répétition commémore. Ils le redoublent et ne prennent sens que de la marque que les signifiants ont laissée de façon contingente dans l’être singulier de chacun, et qui le déterminent dans son être. Ce sont ces déterminations-là, qui sont autant de marques signifiantes porteuses d’une jouissance autre, qu’une analyse tend à isoler, à circonscrire.

Les moments de crise sont autant de moments qui viennent déchirer le voile du fantasme. Le fantasme, qu’est-ce que c’est au fond ? C’est votre propre système de signification personnelle du monde que vous vous êtes construit, votre façon de pouvoir lire le monde. Les moments de crise subjective sont des moments où cette grille de lecture rencontre un point d’inassimilable et qui rendent inopérante la fonction du symptôme. Ils réactivent ce moment de rencontre traumatique qui laisse le sujet sans recours et qui le convoque alors à un travail de retissage, de réinvention. Ce sont autant de moments de prise de position subjective, convoquée et nécessaire.

Tous les êtres parlants se situent du même côté par rapport à cela – c’est la dimension de ce que Lacan appellera à la fin de son enseignement la forclusion généralisée. Il y a par rapport au sexe un trou dans le savoir pour tous – troumatisme dira Lacan. Un trou par rapport auquel tout le monde a déliré, a retissé une signification.

Disons que c’est la modalité de réponse à ce point de trou dans la structure qui peut déterminer une différence de structure psychique (névrose ou psychose) – bien que soit une distinction dont il faut bien se rendre compte qu’elle n’est plus si opérante que cela. Il y avait jusqu’à présent, par rapport à ce trou, des modalités de réponses classiques, standards. Transmises par la tradition. Il y avait des façons de faire qu’on transmettait et qui dessinaient des lois. C’étaient les solutions standards. C’est pour cela que Lacan les rangera du côté de la débilité. Quelque chose de cet hors-loi était régulé par le symbolique et la loi du père – c’est juste cela la tradition. Seulement ces traditions en sont venues à éclater, ou du moins, leur caractère de semblant s’est dénudé et de pure construction et convention sociale révélé. Elles ont été dévalorisées et rangées comme telles, sous l’effet de la science, du capitalisme et de la mondialisation, de la démocratie, mais aussi du fait de la psychanalyse[16] – renvoyer les constructions au rang de semblant par rapport au réel est un des grands gestes de la psychanalyse.

C’est ce qui fait qu’au niveau social, c’est le monde entier qui se dit en crise. La crise dans le symbolique et l’imaginaire laisse un peu plus en proie à un réel hors-loi, plus proche de la pulsion et du plus-de-jouir. On assiste à de nouveaux phénomènes qui demandent de nouveaux réaménagements, à l’époque de la chute des idéaux. Cela donne d’un côté les sirènes du retour féroce à la tradition. Dans le même temps, quand les idéaux tenaient la route, cela ne faisait pas moins de morts – il suffit de regarder le nazisme et le communisme. Mais c’était dans des blocs, situés. C’est maintenant une pulsion beaucoup plus délocalisée, émiettée, parcellarisée, qui s’exprime.

Dernier point. Très bien condensé dans la dernière Entaille de Sophie Marret-Maleval.[17] Dans ce petit texte, elle met en avant qu’il y a un abord du symptôme – que je viens de développer dans mon intervention –, comme réponse, en tant qu’il vient tempérer la rencontre avec ce réel hors-loi. Mais, dans le même temps et par ce fait même, le symptôme est aussi ce qui est en prise directe avec ce réel.

Elle rappelle que Lacan dit aussi qu’il « appelle symptôme tout ce qui vient du réel et tout ce qui ne fonctionne pas »[18]. Cela ouvre à une conception du moment de crise différente. Pour le moment, on a vu le moment de crise qu’il s’agit de résorber, dans sa dimension de traitement thérapeutique. Mais le surgissement du moment de crise est aussi signe du réel, qui convoque à ce moment-là une réponse du sujet. Et qui justement, pour reprendre le titre de la journée d’aujourd’hui, appelle une décision du sujet, une décision pour faire face au surgissement d’un point de réel autrement que par ce que Lacan appelait la débilité. C’est-à-dire qui ne consiste pas à méconnaître et à recouvrir le réel, mais qui conduit plutôt à s’en orienter pour décider. Peut-être pourrais-je dès lors faire comprendre qu’une analyse, poussée jusqu’à un certain point, conduit certes à un plus de liberté par rapport au carcan du fantasme, mais qu’elle convoque aussi de plus en plus à ce que Lacan appelle le choix forcé. Le choix forcé qui est le mien, en fonction de mon être, qui n’existe qu’à partir de la marque qui est inscrite dans mon être mais qui indique, quand ce signal-là surgit, qu’on ne peut pas fuir et qu’une réponse et position s’imposent.

Le moment de crise surgit là plutôt dans sa dimension du moment qu’on ne peut plus s’autoriser à éviter, signe d’un réel en jeu. C’est au fond cela que Lacan donnait comme seule éthique de l’analyse, quand il disait : « Ne pas céder sur son désir ». Ce que Jacques-Alain Miller faisait équivaloir, dans une formule qui a fait beaucoup débat : « Faire son devoir »[19]. Evidemment, c’est faire son devoir non par rapport à des idéaux imposés et surmoïques, mais à ce que chacun, pour soi, ne peut plus se contenter et s’autoriser à éviter. 

Notes:
[1] Intervention faite en introduction à la quatrième Journée d’étude d’Iclo-NLS à Dublin, le 7 mars 2015.
[2] http://ampblog2006.blogspot.be/2008/10/ecf-messager-la-crise-financire-vue-par.html
[3] Sigmund FREUD, La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, 6ème édition : 1991, pp. 359-369.
[4] La conversation de Barcelone, Effets thérapeutiques rapides en psychanalyse [juin 2005], Agalma, coll. Le Paon, 2005.
[5] Jacques LACAN, Le Séminaire, livre vi, « Le désir et son interprétation » [1958-1959], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, coll. Champ freudien, Edition La Martinière, 2013, P. 342.
[6] Ibid., p. 332.
[7] Ibid., p. 333.
[8] Ibid., p. 398.
[9] Jacques LACAN, Le Séminaire, livre iv, La relation d’objet [1956-1957], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1994
[10] Jacques LACAN, Le Séminaire, livre vi, « Le désir et son interprétation », ibid., p. 332.
[11] Jacques LACAN, Le Séminaire, livre iv, La relation d’objet, Ibid., p. 353.
[12] Id.
[13] Jacques LACAN, Le Séminaire, livre vi, « Le désir et son interprétation », op. cit.
[14] Jacques LACAN, « Conférence à Genève sur le symptôme » [4 octobre 1975], Le Bloc-notes de la psychanalyse, 5, 1985, pp. 5-23.
[15] Jacques LACAN, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, quatrième de couverture.
[16] Jacques-Alain Miller, « Une fantaisie », Mental, 15, avril 2005, pp 9-27.
[17] http://www.nlscongress.org/wp-content/archivos/ent-19.png
[18] Jacques LACAN, Il ne peut pas y avoir de crise de la psychanalyse, http://www.magazinelitteraire.com/mensuel/428/jacques-lacan-il-ne-peut-pas-y-avoir-crise-psychanalyse-18-06-2014-25207
[19] Jacques-Alain MILLER, « Du symptôme au fantasme et retour », Cours 19 janvier 1983.

17 de mayo de 2015

Momentos de crisis, por Gil Caroz

Una hipótesis: el florilegio de grupos psicoanalíticos que constituye la NLS guarda un saber sobre “la crisis” que sería interesante poner en evidencia. 

Considerando la crisis como uno de los significantes-amo de nuestro tiempo, y como tal, un modo de nombrar un real, la panoplia de los países que cubre nuestra Escuela puede enseñarnos sobre una serie de modos de relación con lo real. Entre Israel, país sin cesar en crisis, y Suiza, que parece evitar todas las crisis, Grecia e Irlanda devinieron los signos de la crisis económica en Europa, Gran Bretaña y Canadá son los precursores de la crisis del cientificismo y la tecnología, Bélgica es el lugar de una crisis lingüística, Ucrania está escandida por las crisis de un Estado con dificultades para imponerse como tal, y no sigo…

El significante “crisis” reenvía etimológicamente al momento crítico en que las cosas dan un vuelco así como a un juicio alrededor de una decisión a tomar. Este significante ha sido adoptado por la medicina desde el tiempo de Hipócrates para designar una fase de la enfermedad donde los síntomas se manifiestan de modo violento. Más tarde, el término “crisis” encontró con naturalidad su sitio en psiquiatría, y se infiltró con facilidad en las dimensiones del Otro que llamamos lo político, lo social, la economía, la historia y la moral. Hoy este significante forma parte de la lengua común. 

La crisis y el tiempo 

La crisis tiene una relación con el tiempo. Hanna Arendt habla de la crisis como el lugar de reunión conflictivo entra el pasado y el futuro (1). Este punto no es el presente. Hay que comprenderlo más bien como una brecha en el tiempo que surge cuando la tradición que enmarcaba hasta entonces lo real se desvanece, y cuando las nuevas coordenadas simbólicas del futuro todavía no son conocidas. El sujeto debe entonces jugar su partida frente a lo real que se precipita en este vacío creado en el intervalo entre dos sistemas simbólicos.

Pero la crisis no es un concepto psicoanalítico. Debemos pues delimitar el uso que hacemos de él, preservando la libertad de servirnos de todas las maneras en las que este significante aparece en la cultura. Encontraremos nuestro primer punto de apoyo en una definición que Jacques-Alain Miller dio en una entrevista concedida en 2008 a la revista Marianne sobre la crisis económica. “Hay crisis en el sentido psicoanalítico cuando el discurso, las palabras, las cifras, los ritos, la rutina, todo el aparato simbólico, se revelan de repente impotentes para atemperar un real que de hecho no está más que en su cabeza. Una crisis es lo real desencadenado e imposible de dominar. El equivalente, en la civilización, de estos huracanes con los cuales la naturaleza viene periódicamente a recordar a la especie humana su precariedad, su debilidad fundamental” (2). Con el mismo espíritu, en su Introducción a la erótica del tiempo, Jacques-Alain Miller cita la propuesta de Deleuze según la cual “el tiempo pone la verdad en crisis” (3). Es decir, la verdad no es eterna, se evapora con el tiempo. En esto se distingue de lo real sin ley, que no obedece a nada, ni incluso al tiempo. Que el tiempo ponga en crisis la verdad quiere decir que ésta se pone a vacilar en un momento dado cuando es alcanzada por un real que no puede tratar ni dominar. La crisis aparece entonces como un momento de ruptura en la línea del tiempo, un acontecimiento que extrae al sujeto de su rutina y le ordena elaborar una nueva relación con lo real. Es esta relación de la crisis con el tiempo la que nos hace hablar de “momentos de crisis”. 

La hipercrisis 

La crisis que se presenta así como corte en la línea del tiempo, pertenece al tiempo del Edipo. Después del Edipo este modelo simple y dialéctico entre rutina y acontecimiento que hace crisis no nos es suficiente ya para leer el fenómeno. Así es como los sociólogos abandonaron la nominación “posmodernismo” en provecho de la hipermodernidad (4). En efecto, el posmodernismo se limita a describir las primeras desilusiones relativas al progreso y al humanismo de las Luces, que siguieron a la segunda guerra mundial. Pero para describir la modificación cualitativa del hombre en el curso de las tres últimas décadas, había que añadir el prefijo “hiper” a la palabra “modernidad”. Éste transmite mejor la noción de exceso, de exacerbación y de carrera de persecución sin medida que caracteriza la era de la subida al cenit del objeto a como efecto del discurso capitalista.

¿Qué quiere decir esto? La precipitación de los acontecimientos no se limita a una aceleración simple sobre una línea del tiempo. Las tecnologías punta producen un tipo de contracción del tiempo y del espacio. Con medios simples como Skype, o Facebook las distancias son abolidas y la duración queda reducida a la inmediatez. Apenas aparece un acontecimiento, el próximo asoma ya su nariz. El pattern rutina-crisis-rutina ha sido reemplazado por la serie crisis-crisis-crisis que tiende al infinito. El pasaje entre el instante de la mirada y el momento de concluir es a menudo inmediato, cortocircuitando el tiempo para comprender.

En estas condiciones el mundo no sigue más la tesis de Hanna Arendt. No se trata más de un conflicto entre el pasado y el futuro cuyas presiones sufre el sujeto. La línea del tiempo se hace atrapar sin cesar por un real en una sucesión de momentos de crisis sin treguas. Apenas instalado un sistema simbólico, vacila para ceder sitio a otro. La primavera árabe ya nos parece una vieja historia. Sin embargo, tiene sólo poco más de tres años. Este alzamiento se propagó con la rapidez de un incendio en una serie de países, con el apoyo de las redes sociales. En poco tiempo, vimos caer de su trono a tiranos y ser sentados en el banquillo de los acusados, condenados con o sin proceso, y todo ello transmitido por los medios en tiempo real en todo el mundo. Desde entonces, todavía no hemos visto instalarse un nuevo orden en estos países. Las crisis se suceden. 

La crisis de la técnica 

En el campo que nos concierne de la llamada “salud mental”, comprobamos que las respuestas dadas al surgimiento de las crisis en la cultura enloquecen. En un artículo bajo el título “La crisis post-DSM y el psicoanálisis” (5), Éric Laurent retoma el concepto foucaltiano de biopolítica para describir el movimiento que abole la clínica en provecho de la gestión médica de las poblaciones. Este movimiento “viene para reemplazar el derecho de los Estados a hacer morir que antaño permitía la gestión de las identificaciones”. En 2011, el consejero regional dela OMS para la salud mental nos lo confirmó en un mensaje dirigido a los participantes del primer congreso europeo de psicoanálisis PIPOL 5 (6).

Hoy añoramos el tiempo en que este sueño de la vigilancia social por la administración tomaba su apoyo en un saber médico. En el siglo XX, la técnica vino a tomar el lugar del saber. Martillo sin amo, está regido por un goce. La técnica no apunta a nada más que a desplegarse como técnica. No es una práctica al servicio del amo y de su ideal, sino un goce cuyo amo se hace su instrumento, lo sepa o no. Jean-Claude Milner fuerza las cosas. Según él, las cámaras de gas no fueron el medio de ejecutar la ideología nazi. Más bien, la ideología nazi fue para la técnica la ocasión de desplegarse vía las cámaras de gas (7).

Teniendo en cuenta todas las diferencias y sin tener la ferocidad de aquellas, el DSM es también una manifestación de la técnica. Desde que su 3a edición se desembarazó de toda referencia al psicoanálisis, se considera ateórico. Eso es tanto como decir que se anuncia con orgullo como martillo sin cabeza. Su clasificación se funda en una medida estadística del objeto más bien que en el saber. Nos hace creer que es el objeto mismo quien habla. Pero, justamente, el objeto no habla (8).

Los trastornos anotados en el DSM, extraídos de esta práctica de la cifra, no embragan sobre lo real. Son signos alrededor de los cuales se organizan masas de cuerpos humanos. Permiten la uniformización de diagnósticos clínicos a través del mundo, lo que abre a nuevos mercados de psicotropos. Por otro lado, esta disyunción entre por una parte las categorías nosográficas y, por otra, la clínica, facilita la expansión del número de trastornos añadidos a cada nueva versión de DSM y la extensión de los límites de cada trastorno. Así, con el fin de aplicarse a todos, la técnica se embala, enloquece, clasifica y medica de modo maníaco, sin anclaje en lo real. La APA, la Asociación Americana de Psiquiatría que publica el DSM, no es para la técnica más que el instrumento de su aceleración. 

Clínica de la crisis 

El malestar en la cultura nos lo muestra, dijimos, las crisis se suceden. ¿Cuáles son los ecos en el sujeto de estas crisis sin tregua como fenómenos de civilización?

El ciudadano occidental es expuesto sin cesar a informaciones catastróficas que provienen de todos los rincones del planeta, así como es provocado por objetos hiperseductores excitando sus pulsiones perversas polimorfas. Las sirenas de la pornografía son las primeras de la clase en la materia. Angustias y exceso de consumo se entremezclan. La película Shame de Steve McQueen describió bien esta galopada desenfrenada del goce, debida a los desfallecimientos de lo simbólico y a la reducción del hombre a la miseria de su cuerpo.

Este jogging permanente del sujeto, de crisis en crisis, de contingencia en contingencia, lo pone en la posición de un ratón en un laberinto, más bien objeto sumergido en lo real que sujeto, en una carrera loca entre choque eléctrico y recompensa. Allí dónde antaño el discurso del amo ordenaba “camina o revienta”, el discurso capitalista es más exigente e impone un “corre o revienta”. El reverso de este movimiento de aceleración infinita es la fragilización del lazo social y el desechamiento de todos los que se esfuerzan en seguir este ritmo infernal. Así, más allá de las estructuras psíquicas, esta duplicidad del sujeto que corre y del que revienta hace eco al binario clínico de la manía y la melancolía. La manía en tanto huida hacia adelante que se paga con la aceleración del significante no lastrada por el objeto. La melancolía, en los sujetos que, no pudiendo seguir más esta carrera, abandonan todo y se ponen a encarnar el objeto caído el Otro.

Se impone una investigación a nivel de las estructuras clínicas. Me limitaré aquí a algunas sugerencias. 

Para la psicosis sería sin duda interesante interrogar la cuestión de la crisis a partir del trío desencadenamiento, descompensación, desconexión. Los tres son modos de crisis, si se considera que implican una vacilación de lo simbólico, un surgimiento de un real, y luego una restauración de una nueva forma de simbólico. Pero hay sin duda que distinguir entre un desencadenamiento en respuesta al encuentro con Un padre, un desencadenamiento en respuesta a una disolución del registro imaginario, una descompensación como retorno de un desencadenamiento que ha tenido lugar, y la desconexión que está del lado del abandono del sujeto por el Otro.

En la neurosis, lo simbólico no está nunca completamente devastado. El desgarramiento del velo del fantasma es un momento de crisis que puede conducir el sujeto al análisis. El sujeto no saca más placer de su goce y está expuesto a la angustia debida a la irrupción del deseo del Otro. Pero, luego, el análisis mismo toma el relevo y hace crisis para el neurótico. En todas las encrucijadas, la interpretación, particularmente la que perturba o desmonta la defensa, es susceptible de causar una crisis acompañada de angustia. La luna de miel del principio de un análisis es rápidamente sustituida por una rectificación subjetiva por parte del analista. La caída de la posición fálica y de los ideales es seguida por una exacerbación de los síntomas. La destitución subjetiva verdaderamente no es una fiesta, en todo caso no en los primeros tiempos. La caída del sujeto supuesto saber, y el atravesamiento del fantasma, pueden ser también vividas como una crisis.

Detengámonos particularmente sobre lo que hace crisis en la perversión. Tuvimos la oportunidad de vivir una minicrisis descubriendo la imagen del travesti austríaco Tom Neuwirth, apodado Conchita Wurst que se llevó el primer premio de Eurovisión 2014. Han pasado dieciséis años desde que lo ganó el transexual israelí Dana International pero parece que un mundo separa a estos dos ganadores. Mientras que la imagen de Dana International se inserta fácilmente en la categoría de las mujeres, nuestro imaginario todavía no dispone del compartimiento que permite insertar una imagen de mujer con barba como la de Conchita. Lo real de estos goces singulares que reivindican una identificación y un reconocimiento nos alcanza sin cesar para ponernos en crisis. 

Conchita no esconde el placer que él o ella saca de esta vacilación producida en el Otro. Su espectáculo, las palabras de su canción, su comentario provocador y desafiante una vez ganado el primer premio, son una afirmación de su modo de goce y una contestación de las normas conformistas. En Austria, las opiniones divergen entra una parte a las personas, particularmente de la extrema derecha, que se ofenden de que tal imagen haya podido representar a su país, y por otra parte, jóvenes impregnados de sentimiento de la vida que se tricotan barbas artificiales en señal de apoyo y de identificación con Conchita. Algunos políticos rusos no desaprovecharon la ocasión para denunciar la decadencia europea. Sin duda una pica lanzada hacia los ucranianos fieles a Kiev: Ustedes quieren ser europeos, bien, vean lo que es Europa en la figura (cara) de Conchita Wurst. Lo comprobamos, si en la psicosis y en la neurosis la crisis se sitúa del lado del sujeto, en la perversión es el Otro lo que se pone en crisis.

El psicoanalista no juzga estas cuestiones. Conchita será bienvenida a su consulta. Pero fuera de la consulta, el conflicto entre, por una parte las fuerzas de represión que desean que nada se mueva y, por otra parte, las reivindicaciones de nuevas identificaciones alrededor de nuevos modos de goce, van a crecer sin duda. Esto se impone. Nos acostumbramos bastante rápidamente a Dana International. Hoy forma parte de nuestro mapa imaginario. Conchita también lo hará. Porque, si como dice Jacques-Alain Miller una parte del mundo se feminiza, ésta se volverá cada vez más tolerante hacia este género de soluciones que, primeramente se presentan como sinthomaticas para algunos sujetos, y luego se vuelven una moda extendida.

Así la perversión pone en crisis nuestra rutina conformista y hace avanzar al mundo en la vía del deseo hacia nuevas hazañas, aunque necesariamente no consideramos las performances de Conchita como una sublimación exitosa en un nivel cultural. Este conflicto entre el conformismo cultural y la perversión es subrayado por Lacan al final de su Seminario VI, cuando anuda la perversión a la sublimación: “Podemos plantear que lo que se produce como perversión refleja, al nivel del sujeto lógico, la protesta contra lo que el sujeto sufre al nivel de la identificación. (…) Por una parte, el conformismo (…) y, por otra parte, la perversión, para que represente al nivel del sujeto lógico la protesta que se eleva en la dimensión del deseo” (9).

Así, se produce un vuelco. Allí dónde nuestra lectura de la crisis se entendía como una profecía terrible que saca su estilo del antiguo testamento, con la perversión encontramos la crisis en su dimensión amistosa respecto al psicoanálisis. Si en ocasiones, la crisis es fuente de lágrimas y de dolor, es también un pasaje obligado hacia la invención y lo nuevo. Es una traducción posible de lo que dice Jacques-Alain Miller en la entrevista a la revista Marianne mencionada más arriba. “El psicoanalista es amigo de la crisis”. 

La urgencia y el acto 

La amistad entre el psicoanalista y la crisis no es una simpatía simple hacia los efectos de crisis obtenidos por el contestatario que quebranta el conformismo de las normas. Por otra parte, Lacan en su Analiticon, al final del Seminario XVII, recomienda desconfiar del goce del contestatario que compara el del soltero. “Tengan cuidado, dice, de que el contestatario no se haga chocolate él mismo” (10). La proximidad entre el psicoanálisis y la crisis tiene fundamentos sólidos que pasan por la dimensión de la urgencia y la del acto, dos condiciones para que una creación sea posible, para que haya modificación de posición en el sujeto, para que después no sea más como antes.

El hecho de que habíamos partido de las crisis en el mundo político no debe engañarnos. La crisis amiga del psicoanálisis así como la urgencia del acto al cual ella apela no son a leer con el discurso del amo. El psicoanalista no es ambulanciero, ni bombero. Ciertamente, debe reconocer las situaciones que sobrepasan los poderes de la palabra con el fin de dirigir al sujeto, cuando le hace falta, hacia otros discursos, particularmente la medicina: crisis de pánico que no se templan, peligro suicida de un sujeto que tiene la certeza inquebrantable del valor de desecho de su ser, boufée delirante con tendencia al pasaje al acto sin ningún enganche al Otro, invasión alucinatoria…

Entonces, si estos acontecimientos de la cura llaman a una acción por parte del psicoanalista, las coordenadas de la urgencia a la cual responde con su acto son otras. Hay que distinguir la acción, que es del registro de lo posible, del acto que se produce sobre un fondo de imposible (11).

Lacan calificó las urgencias en psicoanálisis de subjetivas (12). Éstas se producen cuando el sujeto se topa con el trauma de la lengua en tanto ésta se rehúsa al sentido. La urgencia de la que se trata está del lado del sujeto, y es una urgencia de decir con el fin de superarse en su verdad (13). Esta fórmula no es únicamente propicia para describir la entrada a análisis. Corresponde también a cada momento de crisis que tiene lugar en una cura ya empezada. El sujeto supuesto saber empuja al analizante a desplegar los significantes que surgen de su inconsciente como verdades. Es lo que se llama el inconsciente transferencial. Pero éste se hace atrapar en los momentos encrucijada por el inconsciente real (14), un significante todo-solo “que no tiene ningún alcance de sentido o de interpretación” (15), que no se conjuga con ningún otro significante,y que resiste a la producción de la verdad”.

Estos momentos son seguidos de una manera o de otra de un vuelco en la cura. El acto es convocado aquí al lugar donde ningún S2 puede responder para cubrir el surgimiento de lo real con un sentido. En estos momentos, el analista debe jugar su partida con el fin de que el franqueamiento de los límites autísticos del significante todo-solo permanezca en el interior de la cura bajo la forma del bien-decir. A falta de ello, es el sujeto quien tomará el acto a su cargo sea por un acting out que quedará anudado a la palabra, un pasaje al acto que lo separará del Otro al precio de una salida de la escena, o aún un desencadenamiento psicótico. Estos momentos delicados se presentan a menudo como crisis transferenciales. Va de una agitación fuera de sesión que es contraproductiva para la cura, hasta la ruptura con el psicoanálisis simplemente, pasando por el surgimiento de una transferencia negativa más o menos intensa, una ruptura con el analista para continuar el análisis en otro lugar, etc. Pero cuando la cura prosigue, estos momentos pueden también ser los más fecundos, con el horizonte en el final de la cura, si el acto se concluye con el pasaje del analizante al analista.

Han comprendido. Para el congreso de la NLS de 2015, propuse a nuestro nuevo presidente Yves Vanderveken el título siguiente: “Momentos de crisis”. Traté de abrir algunas puertas que puedan eventualmente ponernos al trabajo sobre este tema. Espero haber conseguido interesarles. 

Notas
1. Hannah Arendt, “La crisis de la cultura”. En: Entre el pasado y el futuro. Barcelona: Península, 1996.
3. Jacques-Alain Miller, La erótica del tiempo, Buenos Aires, Tres Haches, 2001, p. 19.
4. Nicole Aubert, L’individu hypermoderne, Toulouse, Eres, 2010.
5. Eric Laurent, “La crise post-DSM et la psychanalyse”,
http://www.latigolacaniano.com/assets/2)-ltgzo-3-francés-la-crise-post.pdf
6. Matt Muijen, “Message du Conseil le régional de l’OMS pour la Santé mentale – Région Europe”, Mental, Revue internationale de Psychoanalyse, n° 27/28, septembre 2012.
7. Jean-Claude Milner, El judío del saber. Buenos Aires: Manantial.
8. Jean-Claude Milner. La política de las cosas. Málaga: Miguel Gómez Editores.
9. Jacques Lacan, Le Séminaire livre VI, Le désir et son interprétation, Editions de la Martinière, Le Champ freudien, 2013, pp. 569-570. 
10. Jacques Lacan, El Seminario, libro XVII: El reverso del psicoanálisis. Barcelona: Paidós, 1992, p. 213.
1I. Jacques-Alain Miller, “Introduccióna la erótica del tiempo”, op. cit.
12. Jacques Lacan, “Del sujeto por fin cuestionado”. En: Escritos 2. México: Siglo XXI Editores, 1986, p. 226.
13. Jacques Lacan, “Función y campo de la palabra y el lenguaje en psicoanálisis”. En: Escritos 1. México: Siglo XXI Editores, p. 231: “Nada creado que no aparezca en la urgencia, nada en la urgencia que no engendre su rebasamiento en la palabra”.
14. Jacques-Alain Miller, «L’inconscient réel », en Quarto, n° 88-89, décembre 2006.
15. Jacques Lacan, “Prefacio a la edición inglesa del Seminario XI”, en Otros escritos”. Buenos Aires, 2012, p.599.


Traducción: Margarita Álvarez