6 de febrero de 2016

LACAN QUOTIDIEN. Lumière et èlucidation, par Éric Laurent


Ma dernière rencontre avec Nurith Aviv pour débattre à propos d’un de ses films, Annonces-Bessorot, date de 2013. Dans ce nouveau film, Poétique, se croisent d’emblée l’évidence de la lumière et celle de l’énigme. Évidence de la lumière, mais d’abord dans le noir et blanc ; ensuite seulement, viendront les couleurs. La lumière se fait et s’affronte à ce qui est posé comme une énigme : « ce que ne sait pas la mère de Nurith », à savoir où est sa propre mère et si elle est vivante ou morte. Il y a aussi les jeunes futurs parents saisis, allongés, dans une image occupant la place de la scène originaire de la conception. C’est un début à la Tristram Shandy. 

Les cadrages, ces fenêtres sur le monde, au pluriel, si présentes dans le film, démultiplient la fenêtre unique de la pièce unique où se déroule l’enfance. Les fenêtres des films de Nurith Aviv ouvrent sur l’espace et ce qui toujours déborde le cadre, pris lui-même dans le cadre de l’espace. De la même manière, les savants propos des acteurs sont encadrés par le silence ou le bruit de fond du vent, comme une sorte de souffle primitif, déjà là – Ruah ! La réalisatrice l’évoque explicitement.

La palette des corps 

D’emblée aussi, les acteurs sont pris dans la tension entre une énigme et son élucidation. L’énigme, pour Nurith, prend plusieurs formes selon les films : énigmes de la langue parlée, de la langue sacrée, de l’annonce de la maternité dans les textes divins. Là, il s’agit de la poétique de tout ce qui de notre corps échappe, qui est fenêtre sur le monde et clôture imparfaite. Les acteurs sont tout de suite présents dans leur corps, dans la variété de leur présence physique, si diverse, si bien dosée. Ils forment comme une palette de corps humains. 

D’abord, le corps du plus savant de tous, à la carrière la plus longue, la plus brillante, la plus reconnue internationalement, avec sa chevelure à la Einstein (en plus bouclée), puis ceux d’une jeune femme de l’Amsterdam cosmopolite, d’un intellectuel français, d’un Italien du Nord, d’un chercheur massif d’odeurs délicates qui ne nous dira pas comment il a pu se sublimer dans la recherche, enfin un Genevois à qui les montagnes suisses ont redonné un corps. Chacun de ces corps, comme dirait Spinoza, est corps-idée. Quelle lumière intérieure les illumine quand ils parlent, subtilement contraints par le dispositif de Nurith ! 

Ces corps nous sont, à première vue, donnés sans le visage, de dos, dans des couloirs qui se ressemblent tous, bien qu’ils appartiennent à des institutions si éloignées. Le film nous plonge dans la nécessité du couloir sur lequel s’ouvrent des portes comme le lieu éminent de la structuration de l’espace par notre civilisation du savoir. C’est ce que Jean-Luc Godard avait anticipé dans la célèbre scène d’Alphaville où Eddie Constantine ouvrait sans discontinuer les portes d’une sorte de couloir infini. Le couloir est un lieu pour tous, puis on passe dans la pièce de chacun, prolongement du corps de chacun. Là, plan sur le visage, silencieux, avant que chacun ne s’enflamme – une lumière descend sur le corps. En quelques minutes chacun dit la passion de sa vie et sa recherche. Chacun est plein de quelque chose qui dit la joie de l’intellect, celle de la recherche, la joie du corps habité de l’idée. Joie spinozienne où chacun éprouve sa puissance à penser le nouveau. 

On les voit ainsi remplis de cette flamme de l’élucidation face à l’énigme qu’ils déchiffrent. Leur affect est communicatif, il fait envie, on veut partager cette lumière, avec la nostalgie de ne pas avoir choisi la voie de la recherche scientifique. Ils me font comprendre, c’est-à-dire éprouver, ce que Lacan disait dans un étrange hommage au désir du scientifique –étrange par le biais qu’il prend, loin de tout utilitarisme de la science, sans pour autant tomber dans l’idéalisation. À la fin du Séminaire L’Éthique, après avoir écarté toute prétention de « science humaine », il parle du désir qui anime la science accomplissant « toutes sortes de conquêtes » et en fait la forme même du désir de notre temps : « le désir de l’homme, longuement tâté, anesthésié, endormi par les moralistes, domestiqué par des éducateurs, trahi par des académies, s’est tout simplement réfugié, refoulé, dans la passion la plus subtile, et aussi la plus aveugle, comme nous le montre l’histoire d’Œdipe, la passion du savoir(1) ». Alors que Karl Popper voyait dans l’activité scientifique une communauté liée par un discours de vérité, Lacan fait de celle-ci le lieu du désir dans notre civilisation, avec ce corrélat qu’il s’agit d’une passion aveugle.


Passions 

Venons-en maintenant à l’examen de ce que ces chercheurs nous disent. Yadin Dudaï, qui dès son post-doc au Caltech a fait partie de l’équipe ayant mené les travaux pionniers sur l’analyse neurogénétique de la mémoire, pouvait définir ailleurs la mémoire comme la « rétention d’une représentation interne dépendant de l’expérience ». Il nous présente ici, avec des mots clairs, la mémoire-activité, le contraire d’une conception de la mémoire-stockage ou enregistrement. Loin de tout aplatissement, de toute bijection entre une fonction psychique et une assemblée de neurones ou une zone neuronale, il souligne que le fait qu’un même ensemble de neurones serve à plusieurs fonctions a une double conséquence : une faiblesse et une force. Le fait que les mêmes neurones soient liés aussi bien à l’expérience passée, vécue au présent, qu’à l’avenir engendre notre débilité à nous souvenir. Mais justement, que notre souvenir change tout le temps, qu’il soit éminemment plastique et instable, est le fondement même de notre possibilité d’imaginer. Dans cette présence de l’ailleurs imaginable qu’il rend palpable, comment ne pas entendre une sensibilité mystique, au sens d’une sensibilité à la présence énigmatique de l’Autre, au cœur de l’activité scientifique. 

Laurent Cohen, qui a tant travaillé avec Stanislas Dehaene sur la « zone de la forme visuelle des mots », si français dans sa clarté d’exposition, transporte avec lui l’histoire des langues qu’a pratiquées sa famille – le grand-père spécialement en maniait une multiplicité étonnante. Il transporte l’histoire tout court, de Thessalonique à Paris en passant par Istanbul et l’Alsace. Dans sa recherche sur la lecture et sur la zone exacte commandant l’alexie, on entend la passion familiale et la situation du sujet juif comme passeur de civilisation et de langue, confronté à la perte toujours menaçante. La science est ici ce qui délivre d’un destin. La médecine permet de mieux réparer et de redonner la possibilité de la grammaire à ceux qui l’ont perdue. Là où les choses se compliquent, c’est lorsque les enseignements neurologiques veulent s’étendre à tous dans des méthodes d’apprentissage « vraiment » scientifiques, c’est-à-dire dans l’air du temps cognitivo-comportemental. Les difficultés de S. Dehaene en témoignent. Celui-ci a « réalisé avec Édouard Gentaz, directeur de recherches au Laboratoire de psychologie et neurocognition (CNRS), une expérimentation avec 1800 élèves de CP issus de milieux très défavorisés. La moitié a bénéficié d’un entraînement au décodage quatre fois par semaine, en petits groupes, sous la direction d’un adulte. Les résultats sont décevants : à la fin du CP, les enfants des classes expérimentales ne lisaient pas mieux que ceux du groupe contrôle(2) ». Par contre, « l’équipe d’Yves Reuter, directeur du laboratoire Theodile à l’université Lille-III, a suivi pendant cinq ans la mise en place d’une pédagogie Freinet dans une école d’un quartier défavorisé. Les résultats sont plus concluants mais le chercheur reste prudent quant à la généralisation d’une telle expérience, notamment parce que cette pédagogie demande un investissement très important des enseignants(3) ». Donc, les pédagogies poétiques marchent mieux, mais elles sont plus difficiles à reproduire, car il y faut la contingence du désir.

Une photographie frappante de la synchronisation des rires entre mère et enfant dans un face à face joyeux permet de passer du miroir aux neurones-miroirs. Un des découvreurs de ceux-ci, Vittorio Gallese, veut passionnément trouver le fondement sûr du siège de l’empathie et du rapport au prochain – d’où le titre d’un de ses principaux articles : « A unifying view of the basis of social cognition». La recherche d’une telle vue unitaire du lien fondamental du rapport à l’autre est si « italien », si catholique, qu’elle a tout de suite trouvé un écho incroyable : ces neurones-miroirs allaient rendre compte d’une multitude de fonctions jusqu’à une unification de toute la cognition sociale ! On peut voir ce groupe de neurones du cortex prémoteur, qui commande le mouvement des doigts des singes, s’activer également chez un singe qui en observe un autre bougeant les doigts. Dès lors, à partir de l’observation, le chercheur ne cesse d’étendre la fonction de ces neurones : ils s’activent quand le corps agit, quand l’autre agit, mais aussi lorsque simplement un bruit évoque l’action ou permet de l’anticiper. On a cru tenir la base de l’empathie et donc du lien social et de la civilisation(4). L’engouement a été viral. Au cours des dix dernières années, la perspective unifiante des neurones-miroirs a néanmoins soulevé des débats vibrants. La difficulté de reproduction des expériences au-delà de gestes simples, puis des objections expérimentales, la production « d’empathie » malgré la lésion de ces neurones donc indépendamment d’eux, ont accentué les résistances envers cette causalité unique. On en vient maintenant à douter même de leur utilité, voire de leur existence chez les humains(5). On se méfie de « la facilité déconcertante avec laquelle il est loisible de former des hypothèses grandioses à leur sujet (6) ». Les laboratoires des pays protestants ont du mal à se laisser porter par l’enthousiasme unifiant de leur collègue du Sud. 

La chercheuse Sharon Peperkamp, qui vient d’Amsterdam – ville quasiment inhabitée avant que l’histoire des persécutions n’y fasse se rencontrer au XVIIe siècle nombre de peuples opprimés et industrieux, et beaucoup de langues –, nous fait partager sa passion bilingue, elle qui passe si bien du hollandais au français. Elle parle avec émerveillement du talent de distinction des bébés bilingues, montre aussi leur force, leur souplesse devant les nouvelles tâches qu’entraîne un environnement nouveau. Ces qualités se manifestent avant même qu’ils sachent vraiment parler deux langues. Il y a ainsi présence de la langue avant le déploiement de la parole. Autant d’enseignements à méditer sur le bain de langage et son rapport à l’inconscient. Par cet éloge de l’entre-deux langues, les bébés bilingues deviennent des portraits de Nurith Aviv elle-même entre Amsterdam, Paris et Tel-Aviv. 

L’ambition du laboratoire de Noam Sobel est forte. Il veut trouver l’encodage neuronal qui permettrait, sans plus d’équivoque que pour la couleur ou le son, une transcription d’une structure physique en une perception – le fait que la reconnaissance des couleurs soit sensible aux variations culturelles et langagières ne l’arrête pas(7). Les progrès ont permis de prédire à partir d’une structure physique le caractère agréable ou pas d’une odeur. Ces succès sur ce plan fondamental l’encouragent à chercher la clef des comportements humains dans l’odeur, au point d’y trouver notamment les clefs de la synchronisation des femmes entre elles – il cherche à élucider scientifiquement une énigme qui passionne les hommes, eux qui ont tant de mal à se synchroniser avec les femmes. Du côté des hommes, il trouve une désynchronisation, celle que provoquent les larmes qui font baisser les taux de testostérone, leur donnant enfin un statut biologique précis alors qu’on ne savait que faire de ces larmes si encombrantes depuis l’âge baroque : elles sont le fondement d’un signal de Stop ! Quel geste magnifique de force accompagne son assertion ! Plût au ciel que cela fût ainsi. Que d’atrocités pourraient être évitées si ce beau mécanisme biologique fonctionnait dans l’histoire effective ! On lit dans la détermination du chercheur le souci d’un Israélien confronté à la menace permanente d’agression, face à laquelle il n’y a pas de signal de fin. Le corps politique, au sens de Spinoza, qui pourrait incarner la recherche d’un processus au-delà du pur signal biologique fait d’autant plus cruellement défaut à l’entendre. 

Chacun de ceux qui parlent jusqu’à ce moment du film font entendre combien l’activité scientifique est indissociable des autres discours qui se tiennent dans notre civilisation et qui traversent les corps. Loin de donner des images d’un pays de la recherche scientifique séparé, le corps de Nurith Aviv fait lien entre ces positions d’une grande variété quant à la pratique des neurosciences qui soutient leur projet et leur usage des nouvelles techniques de la biologie. 

Nurith elle-même nous donne un compte-rendu d’expérience de sa rencontre avec une de ces techniques. Eu égard aux odeurs, elle évoque à un symptôme curieux, qui lui est venu après avoir fait un film sur les langues, reliant odeurs et symptôme d’un picotement sur la langue. Il vient alors comme une manifestation de vie incongrue qui traverse toute la vie, depuis les odeurs de la pièce de l’enfance jusqu’à aujourd’hui. Le symptôme vient brouiller tout ce qu’il pouvait y avoir, jusque-là, de fil d’une chronologie apparente : la naissance, les soins maternels, l’apprentissage des langues, le goût de la lecture. L’IRM de la langue permet des images magnifiques, où Nurith Aviv fait une sorte de performance, mettant son corps en jeu. Dans un style différent d’Orlan, qui fait opérer son corps, ou de Marina Abramovic, qui joue de sa présence comme Artiste (un documentaire sur son œuvre s’intitule d’ailleurs The Artist is present), elle nous montre les images produites par son corps vu par l’Institut Weizmann. Ces images font partie du puzzle tomographique que la science produit dans son découpage du corps et du cerveau ; de même, les photographies proposaient autant de découpe des moments de la relation mère–enfant. 

Les discours et l’énigme 

Et puis vient, dernier témoin, notre collègue François Ansermet qui, psychanalyste oblige, confie la clef de ce qui a fait l’origine de sa passion pour le déchiffrage des énigmes du raccord entre le désir de la mère, l’annonce du père et la naissance de l’enfant. Il trouve, dans le pays de l’enfance auquel il reste attaché, la racine de sa passion pour la recherche scientifique qui continue à soutenir son souhait d’inventer des dispositifs pour résoudre les impasses de la conception. Dans ces dispositifs complexes, viennent confluer les demandes multiples d’enfants, qui rendent palpables l’énigme de ce qui fait une mère. Nurith donne une place de choix au psychanalyste, entre la démonstration et le rêve. Une part de lui-même est dans la science, une autre dans l’interprétation, ce qui convient à celui qui doit aussi bien répondre avec efficacité aux souffrances périnatales que s’immiscer avec tact dans les énigmes du désir. Il parle en psychanalyste de l’inachèvement de la détermination biologique et de la place du rêve. Sa place finale permet à Nurith Aviv d’introduire son rêve à elle. 

D’abord les images d’arbres qui traversent tout le film installent, à l’envers du miroir plan, un climat onirique. Puis, le rêve lui-même se donne dans un climat de parfaite réalité, dans un paysage minéral qui, par contraste, exclut la végétation. Nurith Aviv crée une nouvelle façon de représenter le rêve au cinéma. 

Elle s’égale dans son originalité aux solutions trouvées par Hitchcock, Bergman ou encore par Ron Howard, auteur de A Beautiful mind (Un homme d’exception), pour montrer les hallucinations de John Nash comme hallucinations. Elle ancre délibérément le rêve dans une réalité avec l’aide même de l’imagerie géographique, scientifique, et le recours aux nouvelles images produites par Google Maps. C’est l’envers de la facilité du flou onirique. L’auteure invente afin de nous donner à voir l’originalité de son rêve, car c’est un rêve énigme qui défie l’interprétation. 

C’est un rêve rêvé il y a longtemps – peut-être depuis très longtemps – dont l’interprétation est donnée par la rêveuse : le vœu d’avoir une mère vivante, forte et accessible. Ce vœu du rêve reprend la question posée au début du film lui- même – la mère de Nurith ne savait pas où était sa propre mère, ni si elle était vivante ou morte. L’interprétation du rêve est aussi prise dans la trame même du film. Le rêve est retrouvé dans son inscription dans un paysage de réalité et élucidé à l’occasion d’un autre film de Nurith Aviv qui porte sur les travailleurs thaïs « importés » en Israël. Le lieu même où le film se tourne porte un nom de mère et reprend la topologie du rêve. L’art documentaire rejoint le rêve lui-même et en donne les clefs les plus profondes. Le cinéma devient un instrument capable d’élucider les questions les plus brûlantes qui lui ont été posées dans les conditions de sa venue au monde. C’est une réponse donnée face à un réel. 

La réalisatrice fait du documentaire un instrument souple, ductile, qui se prête à recueillir tous les discours, sacrés, profanes, scientifiques et à en faire une poétique de l’image au sens le plus fort. Une poiesis, une fabrication des images. Le rêve se compose de tessons aussi nombreux que ceux que Nurith Aviv retrouve sur le champ qu’elle explore, qui nous pose à travers les âges la question de la mémoire et de la transmission. La juxtaposition des discours et non leur totalisation produit le film lui-même. Les tessons sont comme l’envers du trajet du film. Nous voyons comment l’inconscient, à travers le rêve, se trouve comme un discours de plus qui aide à produire des images. Nous participons tous à cette fabrication d’images, les discours y participent, mais aussi les acteurs, les commentateurs et les spectateurs. C’est un mode d’inclusion à la fois toujours particulier et qui pourtant ne cesse de s’étendre. Une participation rhizomique à la poiesis de Nurith. Elle nous fait tous travailler – d’ailleurs je ne connais personne d’autre qui, à Paris ou à Tel Aviv, peut réunir des psychanalystes de toutes écoles et obédiences, des scientifiques des disciplines les plus variées, des sciences dures au plus molles, mais aussi des universitaires, des érudits, des religieux... Tout ce qui peut parler participe à l’élucidation de l’énigme. 

Et finalement, la réponse est donnée à ce qui était la question de la mère. Au début, elle ne savait pas où était sa mère ni si elle était vivante. À la fin, on sait que la mère de Nurith est morte et elle peut alors lui dédier son film, mais plus profondément son art du documentaire, unique dans la façon dont il résout les énigmes du réel. Et ce n’est que plus beau qu’il vienne s’inscrire comme hommage, comme salut au nom de mère. Pour ma part, en ce 7 janvier, jour de commémoration nationale, je voudrais spécialement saluer le nom d’Elsa Cayat, psychiatre, psychanalyste lacanienne, amie d’analysants, assassinée il y a un an à Charlie. 

Notes:
1 Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 374.
2 Julienne M., « Évaluation scolaire : copie à revoir, dit la science », Le Monde, 3 novembre 2011. 3 Ibid.
4 Une conférence TED d’une star des neurosciences en témoigne par son titre ronflant : « Les neurones qui ont fait la civilisation » (Ramachandran V., conférence disponible on line).
5 Cf. Rose N. & Abi-Rached J. M., Neuro. The new brain sciences and the management of the mind, Princeton University Press, 2013, p. 147.
6 Forest D, Neuroscepticisme, Ithaque, 2014, p. 16.
7 Pour les complexités de l’encodage et la susceptibilité des couleurs aux langues, du point de vue anthropologique, on peut lire le classique : B. Berlin & P. Kay, Basic Color terms : their universality and evolution, University of California Press, 1969. Du côté de l’histoire, on peut se référer à Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2000. 

4 de febrero de 2016

Entrevista con David Grossman. MATICES DE LA EXISTENCIA, por Christiane Alberti y Gil Caroz


El escritor Israelí, David Grossman llegó con su esposa a París en la tarde del Viernes 13 de Noviembre de 2015, para participar en las 45as Jornadas de la Escuela de la Causa freudiana las cuales tenían como titulo «Hacer pareja. Relaciones inconscientes». Debía intervenir sobre el tema «Parejas reales». Esa misma noche, atentados terroristas sacudieron la ciudad. Las Jornadas no se realizaron.

El Domingo 15 de Noviembre, David Grossman concedió una entrevista a dos miembros de la ECF, con quienes debía conversar en sesión plenaria aquel día.

La Primera parte de la entrevista con David Grossman se publicó en Lacan Cotidiano n°552.

En toda su obra, la pregunta de la existencia es central, más allá de la vida y de la muerte. No se trata de saber si estoy muerto o vivo, sino si existo. La descripción, tan minuciosa en su escritura, de la naturaleza y de los objetos. ¿Acaso no está hecha para asentar que existimos sin lugar a dudas?

Es eso lo que arde en mí, en mi interior. Para mí, escribir es realmente una manera de tocar este matiz de la existencia. Lo que la literatura puede hacer es volver nuestro mundo más preciso, tocar cada vez más, los matices de la existencia. Las palabras no pueden realmente tocar la esencia de las cosas. De hecho nada puede tocar la esencia de las cosas. Hay una frase de Lacan que me gusta mucho, que dice que lo real es la cosa que escapa a toda categorización y que siempre vuelve al mismo lugar. Ya que no podemos realmente captar lo real, hay esta aspiración humana de acercársele por múltiples caminos: la ciencia, la religión, el arte… Y aquello que podemos hacer en la literatura, es aspirar llegar lo más cerca de la cosa que no podemos expresar con palabras.

Esto, está fuertemente presente en su obra Tombé hors du temps (Caída fuera del tiempo).

Exactamente. Puesto que nosotros, los seres humanos, luego de haber experimentado la muerte o la pérdida de un ser querido, sentimos que ese real repentino desaparece, se evapora, y experimentamos la necesidad de aferrarnos a algo. Cuando lo escribí, quise ir lo más lejos posible, hacia ese lugar donde los vivos pueden todavía tocar o comprender algo de aquel que perdimos. Es entonces cuando aprendí algo muy importante: no sabemos lo que pasa después de la muerte. Cuando la vida se termina, se acabó. El creyente, siempre puede encontrar alivio, pero yo no lo soy. De cierta manera, me gusta la idea de que no hay una «segunda oportunidad» de vida. Todo lo tengo que hacer aquí y de la mejor manera. Es la razón por la cual, la vida es tan sagrada para mí. Nada es más sagrado que eso. La vida es sagrada porque es breve y única. Pero he aprendido que hay una manera que me permite estar a la vez en la vida y en su pérdida: es el arte. Si realmente es arte, debe permitirnos verdaderamente experimentar al mismo tiempo, el todo de la vida y de la nada. Todos los buenos libros, todas las obras de arte o de música que conozco, están en este matiz, en esta fibra vibrante y palpitante entre, por un lado, la plenitud del todo, de la pasión, de la exaltación, de la alegría de vivir y, por otro lado, el frío totalmente devastador y el miedo de la nada. Pero hay que sostener los dos. Hay que saber ser alimentados por estos dos polos, todo el tiempo.

En Une femme fuyant l’annonce (Una mujer huyendo de la noticia), ¿Es el esfuerzo de Ora por tocar un más allá de la vida?

Ora desafía al destino. Cuando un peligro de muerte ronda sobre la cabeza de un ser amado, tenemos el sentimiento de que todo lo que hemos infundido en él, como amor, atención, esfuerzo, decepción… todo aquello que por ejemplo como padres transmitimos a nuestros hijos, comienza a desaparecer. Es cuando comprendemos a qué punto somos minúsculos frente a lo arbitrario de la muerte. Ora, de manera intuitiva, le cuenta a su amigo Avram la historia de la vida de su hijo desde el principio. En este momento lo hace porque siente intuitivamente que es todo lo que le queda por hacer para proteger a su hijo: infundirle calor, amor, atención y fuerza contra lo arbitrario de la muerte. ¿Será capaz de salvarlo? Nadie lo sabe, ya que el libro se termina con esta apertura.

Acostada sobre una cornisa rocosa, Ora siente –de hecho es la última frase del libro– «que la corteza terrestre es delgada». Esto, parece indicar este matiz que usted describe, a la frontera de la vida y del no-ser de la muerte.

Es como si ella sintiera toda la fuerza del magma, las fuerzas volcánicas como infinitamente cercanas, como una piel fina. Cuando nos encontramos en una tensión existencial, en situaciones extremas de vida o de muerte, sentimos intensamente todas las fuerzas que operan en nosotros, las del mundo, de la existencia, de la muerte. Todo aquel que haya vivido una experiencia de este tipo, se lo podrá decir. Evaluamos el poco control que tenemos sobre las cosas, a qué punto, aquello que podemos hacer para encontrar un lugar en el caos, es limitado. Es por eso que Ora camina y cuenta a Avram la historia de su hijo, para crear y dar una base solida. También, es por esta razón que los protagonistas en Tombé hors du temps, caminan una y otra vez. Sabe, cuando se pierde un ser querido, la primera reacción es el silencio. Uno no quiere hablar, quiere llorar, gritar, chillar, hacer algo completamente físico. Yo me dije que iba a caminar o correr hasta el fin del mundo, hasta que me desmorone, para después levantarme y correr otra vez hasta que me vuelva a desmoronar. Nada verbal. Las palabras son verdaderamente insuficientes.

Recuerdo que cuando perdimos a nuestro hijo Ouri, hace nueve años, recibimos muchas cartas de condolencias de Israel y de otros lugares del mundo, muchas provenían de escritores. A muchos los conocía personalmente y a otros únicamente por sus libros. Casi todos, a excepción de uno o dos me dijeron: no tenemos palabras, no hay palabras para describir lo que sentimos. Y es entonces que me dije. Ellos son maestros de la palabra, genios del lenguaje de hoy en día, conocidos de todos. ¿Cómo es posible que no puedan expresar algo?

De hecho, siempre nos quedamos mudos en los momentos de gran placer o de gran dolor. Sentí la necesidad de escribir, de encontrar las palabras para decir eso. A lo largo de mi vida, mi manera de hacer frente a las situaciones extremas, ha sido escribir. Sentarse y escribir, a veces contra mi voluntad. A veces, aquello me aterrorizaba, ya que sabía que eso iba a dañar mis relaciones con mis padres, mi mujer, mis hijos, pero me senté a escribir.

Pero esta vez, realmente fue lo más difícil. Me sentí exiliado en esta isla de dolor. En efecto, es a la vez una isla y un exilio. Está muy lejos de todo aquello que se ha conocido antes. Nada va a ser igual después de atravesar una experiencia de este tipo. Le dije a Michal que ya que estaba condenado a estar exiliado en esta isla de pesar, a la vez isla y exilio, lejos de todo aquello que conocemos, puesto que fuimos enviados con nuestra familia a esta isla, iba a cartografiarla a mi manera, dando nombres a las emociones y a los matices de las sensaciones sentidas.

Debo decir que de esta manera, de repente me di cuenta que el pesar no es un estado fijo. Antes, pensaba que se trataba de algo que te aplasta y de lo cual eres prisionero. No puedes moverte y difícilmente respirar. Es cierto y al mismo tiempo, hay un margen de maniobra para no quedarse congelado por la situación, no deshacerse por ella. Digamos que el duelo, hoy en día, es mi apellido. No lo puedo evitar ni combatir. Pero también tengo un nombre y este es la capacidad de no ser víctima de la situación.

No ser la víctima es lo más importante a mi parecer, tanto para un individuo como para un colectivo, especialmente para nosotros, el pueblo judío y los Israelitas. No estamos condenados a ser por siempre unas víctimas. Inclusive en las peores situaciones, siempre hay un margen de maniobra y especialmente describiendo la situación con nuestras propias palabras. A veces, se trata de la única libertad que disponemos en una situación terrible: describir la situación a través de nuestras palabras privadas e intimas, y no a través de estereotipos o palabras dadas por otros. Tampoco se trata de un lenguaje que se nos ha dado por la situación, o por nuestros miedos, o inclusive por nuestro gobierno. Más bien, se trata de encontrar nuestras propias palabras para describir la situación, y a partir del momento en el que comencé a escribir, ya no estaba fosilizado, ni petrificado. Me acuerdo de mi sorpresa frente al hecho de poder sentir de nuevo, esta capacidad de ser libre después de lo que había pasado.

Ahora que Avram la mira, Ora se dice: antes cuando me miraba, él veía lo que había en mí, ahora él no lo puede ver ya que hay un gran vacío en mí.

Yo lo recuerdo de otra manera,… él seguía viendo en ella cosas que ella misma no veía o que no se atrevía a ver. Y Avram que nombraba todas esas cosas en ella. Pero ahora ella teme que, cuando él la mire, no vea nada en ella. Esto no deja de estar en relación con su trabajo de psicoanalistas con sus pacientes, mirar y decir eso que está en ellos, aquello de lo que no son conscientes, y de esta manera permitirles que nunca más vuelvan a sentir que están vacíos.

Para tratar ese sentimiento de vacío, hay una larga trayectoria a través de los objetos, la ropa del hijo, la libreta, la bolsa, el hecho de escribir… ¿Se podría decir que toda esa trayectoria es una escritura?

Ora no es escritor, es lo que me gusta en ella. Una lectora brasileña me escribió que Ora no era una musa del arte, sino más bien una musa de la vida. Es esa su verdadera grandeza, de estar arraigada a la vida, mucho más que Ilan o Avram y hasta tal vez más que sus hijos. Ella es el principio mismo de la vida. Esa es su fuerza. No la escribe, pero da testimonio con cada uno de sus pasos. En la novela, no sabemos si ella va a lograr salvar a su hijo, pero de algo si podemos estar seguros: le hizo volver a la vida a Avram. Para él, ella fue como una partera. Lo regresa a la vida, ya que Avram no quería estar en la vida, y de hecho nunca entendió por qué la vida insistía en mantenerlo vivo. Ora, lentamente, progresivamente, hablándole y haciéndole recordar cosas que no sabía, como el poder de la familia, la fuerza de la fraternidad, del amor, le devuelve todo eso. Ella lo nombra para él, diciéndoselo.

¿Usted cree que un hombre es capaz de hacer lo que ella hizo?

Digamos que yo conozco más mujeres que hombres capaces de hacer eso. En las mujeres la relación con las diferentes partes de su ser, de su alma, de su espíritu e inclusive de su físico, es mayor. Conozco menos hombres capaces de eso, pero no quiero generalizar. También hay mujeres totalmente desconectadas de ellas mismas.

Digamos que nosotros hablamos del hombre y de la mujer como conceptos y no desde un punto de vista de su diferencia anatómica.

Algo que me hizo sentirme muy orgulloso –no me acuerdo en qué país, pero tal vez en Noruega-, una organización femenina me escribió, diciéndome que deseaba nombrarme «mujer de honor». Jamás he recibido mejor galardón que este.

En conclusión ¡Ora, es usted!

Por supuesto. Yo no puedo describir un personaje que no sea yo y que no se convertirá en mí.

Generalmente, la mayoría de entre nosotros, prefiere pensar que o es un hombre o es una mujer, o un niño o un adulto, o normal o loco, o Israelí o Palestino. Cuando se es escritor, se está en la capacidad de moverse de manera muy libre sobre esta línea y distinguimos que estamos constituidos de muchas opciones. Sí, también puedo ser una mujer, el niño que alguna vez fui y luego la persona muy vieja en la cual espero convertirme en veinte y cinco años. Puedo ser normal o loco, también puedo ser Palestino e Israelí, puedo ser un colono y un izquierdista. Inclusive, quisiera ser todo eso. Es una manera de estar en la realidad. No quiero negar nada totalmente, no le quiero dar la espalda a nada. Mis límites surgen cuando se trata de algo como Daesh. Sus adeptos me son herméticos. Estoy seguro que tienen su lógica y sus creencias, pero como ellos no traen más que la muerte, es un lugar que no me interesa. Las potencias que generan la muerte no me interesan. Pero todas las otras opciones humanas, enormes y ricas, no las quiero alejar de mi ser. Para el corto periodo de nuestra vida, ¿Por qué deberíamos restringirnos a una cosa u a otra cosa?

¿Acaso es una gran libertad la de no ser asignado a uno mismo, a una sola identidad?

Individuos, pero también sociedades, colectivos, tienden a coagularse en ciertos mitos, historias que se cuentan a ellos mismos, o algunos conceptos como víctima para nosotros o Heimat (patria-hogar) para los Alemanes. Y glorifican esos conceptos y educan a sus hijos a partir de esas ideas. Pero después, se puede constatar que esos conceptos se convierten como en una prisión para esos pueblos, que estamos condenados a comportarnos como víctimas y los Alemanes a idealizar el Heimat. Mire cómo los musulmanes son atrapados por la idea de honor que los lleva a hacer cosas que los deshonran. Es esencial para la vitalidad de las personas y de la sociedad, examinar siempre los «ideales centrales» y encontrar nuevos, actualizarlos constantemente. Claro que está la fuerza de la tradición, pero esta debe ser revista con una mirada crítica. No hay que tener miedo de hacerlo. Antiguamente, esos ideales nos pertenecían, fueron utilizados durante un tiempo, pero ahora, necesitamos, sin lugar a dudas, otras ideas y otros conceptos.

Traducción de Stefany Vásquez

3 de febrero de 2016

Condolencias. ELP Comunidad Valenciana. IN MEMORIAM Concha Carretero


lazo-negroEscribir hoy, es inscribir una ausencia y la pena que nos acompaña. Escribir hoy, es inscribir una pérdida en nuestra existencia, la perdida de nuestra colega y amiga Concha Carretero. Ayer falleció y hoy, 31 de enero, hemos ido a darle un último saludo y acompañar a sus familiares en estos tristes momentos.

Cuando el afecto embarga, las palabras no son suficientes y el silencio es un buen compañero, entonces, de la escritura.

Desde el inicio del Seminario del campo Freudiano en Valencia y en los distintos avatares de la conformación de nuestra Escuela, Concha estuvo siempre participando con su trabajo y dedicación al desarrollo del psicoanálisis de forma decidida y generosa. Muchos de nosotros compartimos aquellos momentos de creación y desarrollo de dicha andadura, no exenta de dificultades.

Como amiga, nos ha dejado miles de anécdotas llenas de humor y vitalidad. Maravillosas piezas sueltas que nos acompañarán y que seguiremos compartiendo con aquellos que tuvimos la suerte de vivirlas con ella.

Así seguiremos tejiendo los bordes del vacío que nos ha dejado.

Margarita Bolinches
En nombre de la Junta Directiva

2 de febrero de 2016

Boletín: El cuerpo hablante No 5. CUERPO, DESEO Y LENGUAJE, por Héctor Gallo



En el parlêtre no se confunden conciencia y cuerpo. Esto se debe a ese "brusco intercambio de roles que tiene lugar en la experiencia del espejo cuando se trata del otro".[1] "[…] nos reconocemos como cuerpo en la medida en que esos otros, indispensables para reconocer nuestro deseo, también tienen un cuerpo, o más exactamente, que nosotros al igual que ellos lo tenemos".[2] 

Solo un ser hablante está en condiciones de captar primero que todo el deseo en el otro, así sea de forma confusa, ya que se trata de un enigma. A pesar del estado de impotencia en que nace el niño, "muy precozmente las palabras, el lenguaje, le han servido de llamado, y de los más miserables, cuando de sus gritos dependía su alimento".[3]

El grito es el modo más primario del niño expresar su deseo, que originariamente se encuentra en estado puro. La respuesta a ese grito hace que se produzca un viraje decisivo: queda en condiciones subjetivas de nombrar su relación con el otro desde época muy precoz, cuestión que lo capacita para entrar en una relación simbólica, que es eterna.

La eternidad se debe a que el mundo del símbolo es el de otros que hablan, así que allí donde se introduce el deseo de la desaparición del otro a causa del primado de la rivalidad por el objeto hacía el cual se tiende, existe la posibilidad de que el deseo de cada quien pase por la mediación del reconocimiento. Esta expresión hegeliana es evocada por Lacan en 1953 porque le sirve para definir qué se entendía por cuerpo hablante y apoya su idea de un simbólico capaz de pacificar el lazo social. Sin la mediación del reconocimiento, toda función humana se agotaría "en el anhelo indefinido de la destrucción del otro como tal".[4]

Conclusión: lo propio del lazo entre hablantes es un movimiento de báscula: ni solo guerra ni solo paz, sino entre la guerra y la paz, entre el reconocimiento y el desconocimiento, entre el deseo y el no deseo, entre los objetos comunes y los que no entran en el intercambio. 

Notas:
[1] J., Lacan. Los escritos técnicos de Freud, Buenos Aires, Paidós, 2004, p. 223
[2] Ibíd, pp. 223- 224
[3] Ibíd, p. 235.
[4] Ibíd, p. 254.

31 de enero de 2016

Ironik! numéro 12 - Le bulletin Uforca pour l'université populaire Jacques Lacan




AIMER LA TACHE, par Pénélope Fay

De quels signifiants vient se nourrir la fusion entre deux êtres? De quoi est fait ce leurre et quelle est cette matière avec laquelle les amants modèlent parfois ce fragile édifice?

Car en plongeant les mains dans cette glaise dont ils sont les seuls artisans, les amoureux oublient aussi qu’ils en sont les démiurges. L’unité ne leur préexiste pas. Ils ont donné forme à leur amour. Un corps fait d’une même peau : c’est en ces termes que Sylvia Plath dépeint sa relation à Ted Hughes : «Il n’y a aucune barrière entre nous. C’est un peu comme si ni l’un ni l’autre (ni moi surtout) n’avions de peau, ou n’avions qu’une peau pour deux, et ne cessions de nous heurter l’un à l’autre et de nous écorcher »(1).

Une intelligence faite d’une même pâte : c’est de cette matière qu’est pétri le lien qui unit Alfred de Musset et George Sand. « Pauvre George ! Pauvre chère enfant ! Tu t’étais trompée ; tu t’es crue ma maîtresse ; tu n’étais que ma mère ; le ciel nous avait faits l’un pour l’autre ; nos intelligences, dans leur sphère élevée, se sont reconnues comme deux oiseaux des montagnes, elles ont volé l’une vers l’autre. Mais l’étreinte a été trop forte ; c’est un inceste que nous commettions »(2).

Et lorsque Simone de Beauvoir évoque sa rencontre avec Sartre, elle célèbre le « double » : « Sartre correspondait exactement au vœu de mes quinze ans : il était le double en qui je retrouvais, portées à l’incandescence, toutes mes manies. Avec lui, je pourrais toujours tout partager »(3).

À lire ces confidences, l’on entend le chant nostalgique du mythe d’Aristophane, qui pleure l’unité perdue, et la joie de l’avoir retrouvée, sous les traits de ce « double » qui s’encastre si bien. Dans le discours d’Aristophane, cette unité perdue a la consistance d’un corps, celui d’un être sphérique aux surfaces planes, dont les contours dentelés sont rognés, polis. Éraflures, imperfections et irrégularités sont avalées pour que la sphère existe et que son image demeure dans sa fixité. Mais alors, quels sont ces entailles et ces reliefs irréguliers que l’altérité fait jaillir ?

Des images pour dire la jouissance qui ne s’absorbe pas. La jouissance résiste, avec son chaos qui ne se dit pas. Toujours torve, toujours « quelque chose de diagonal, de mal placé »(4). Elle est hors temps puisqu’il n’est jamais garanti que celle que l’on a éprouvée la veille subsiste, dans sa nature, dans sa substance, le lendemain et les jours suivants. La jouissance se moque du temps puisqu’elle est toujours un instantané. Pas moyen de l’attraper. Pire : pas moyen de posséder le corps que l’on étreint. C’est la « fonction évanouissante [...], beaucoup plus directe, directement éprouvée, dans la jouissance masculine »(5). Le « vif » et le « tranchant » de l’acte sexuel font voler en éclats le mythe de la fusion. C’est une coupure qui « ne donne pas à proprement parler un résultat de simple équité »(6).

Si la fable des deux moitiés d’un même être ne peut se soutenir du couperet de l’acte sexuel et de la jouissance qui les tord, elle ne peut guère persister face aux assauts du temps. Car la fusion oublie le corps et les affronts que lui font les instants qui ne s’additionnent pas de façon synthétique. C’est Solal qui peste devant Ariane dont les contours de l’image ne sont plus si sûrs. 


Notes:

1-. Plath S., Journaux (1950-1962), Paris, Gallimard, 1999, p. 320.
2-. Sand G., et Musset A (de), « lettre du 4 avril 1834 », Lettres d'amour, Hermann Édition, 1985, p. 44.
3-. De Beauvoir S., Mémoires d'une jeune fille rangée, Paris, coll. « Folio » Gallimard, 1958, p. 482.
4-. Miller J.-A., « L’image du corps en psychanalyse », La Cause freudienne n°68, février 2008, p. 100.
5-. Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, « La logique du fantasme », leçon du 1er mars 1967, inédit.
6-. Ibid., leçon du 8 mars 1967. À traquer les déclinaisons de ces reliefs imprévisibles qui font l’irréductible d’un être, il est aussi ces détails, divins parce que radicalement Autres. L’entaille, comme la tache, accrochent l’œil. C’est ce qui, lorsque l’on retrouve celui ou celle qui s’est fait partenaire, reste saillant. Ce qui dénote, détonne, étonne. La surprise de l’Autre. Et la fusion ne résiste pas à l’éclair de l’étonnement.

29 de enero de 2016

Caballeros de la Guerra y cazadores de la Paz, por Claudio Spivak




El discurso de la guerra ha cambiado. Incluso ha cambiado tan radicalmente, a nivel de su sentido y del goce que en ella se juega, que con su homónima clásica solo parece compartir el nombre. Las guerras del siglo XX, el acontecimiento del 11 de septiembre del 2001 y los eventos que le sucedieron permiten verificarlo. En la guerra de la actualidad se manifiestan las permutaciones de nuestra época, donde prevalecen la estructura del no-todo y la lógica de ilimitación.

Para Jacques Lacan la esencia del derecho reside en repartir, distribuir, retribuir lo que toca al goce. El pensamiento del polémico jurista Carl Schmitt nos permite verificar como el derecho relativo a la guerra se ha modificado en las ultimas dos centurias, dando cuenta de las variaciones en como se reparte, distribuye y retribuye lo relativo al goce a nivel de la política, la guerra y la concepción del enemigo.

El Estado clásico, la guerra y el enemigo limitado. Carl Schmitt señala una serie de novedades surgidas en el siglo XX. Entre ellas el fin de la época estatal. Según expone, el modelo clásico del Estado implicaba un área cerrada y pacificada en lo interno, cerrada y soberana frente a otros Estados soberanos. Metodológicamente, pone en relación el auge y la caída de la época estatal y la época de los sistemas de pensamientos. Con el fin de la época estatal, también finalizan los grandes sistemas lógicos de pensamiento.

Lo clásico de este modelo fue la posibilidad de establecer diferenciaciones claras y unívocas. Entre ellas, constituir un dentro y fuera o una concepción de guerra y paz. En este sentido el derecho internacional de Guerra clásico instauraba un orden de precisas demarcaciones y limitaciones, por ejemplo, guerra y paz, combatientes y no-combatientes, enemigo y delincuente.

La definición acotada de la guerra remitía a las acciones llevadas a cabo por un Estado contra otro Estado, a través del enfrentamiento de ejércitos estatales y regulares. En este punto, la clara delimitación de la guerra contenía una relativización y acotación de la enemistad. El enemigo tenía un status y era reconocido como enemigo justo; no se trataba de un criminal.

La guerra, en esta orientación, tomaba como modelo al duelo, donde se enfrentaban dos soberanos, con armas, reciprocidad y caballerosidad de por medio. En ésta, los contendientes se respetaban como enemigos durante el conflicto, posibilitando y sobreentendiendo que el fin normal de la guerra era el acuerdo de paz o el armisticio.

Esta caracterización jurídica de la guerra limitada no dejaba de estar orientada por ideales de caballerosidad e implicaban un acotamiento pulsional; la limitación de la pulsión por el ideal. El mismo Schmitt reconoce una tendencia humana en considerar al enemigo como un criminal. Y la pena para el criminal es su ajusticiamiento.

Freud también se refiere a las restricciones al goce que el derecho internacional había impuesto a la guerra, restricciones en tiempos de paz, restricciones que caen durante la Primera Guerra Mundial y de donde surge la desilusión por la guerra. La práctica de la guerra, entonces, descubre las ilusiones del ideal caballeresco. Freud dirá de la guerra de 1914: 

No reconoce las prerrogativas del herido ni las del médico, ignora el distingo entre la población combatiente y la pacífica, así como los reclamos de la propiedad privada. Arrasa todo cuanto se interpone a su paso, con furia ciega, como si tras ella no hubiera un porvenir ni paz alguna entre los hombres”.

Una situación intermedia y la dificultad para definir la guerra. Carl Schmitt (1938) se refiere a una mutación a nivel del Derecho Internacional de Guerra, que continuó a la Paz de Versalles. La misma tiene como antecedentes el surgimiento de lo que denomina “guerra total”, esto es, la asociación de la "guerra en tanto acción” (las hostilidades y la acciones bélicas) y la "guerra en tanto estado de cosas (status)", donde el enemigo existe aún cuando las hostilidades y las operaciones bélicas han cesado. Así mismo, durante la guerra total, ingresan en la contienda áreas de actividad extramilitares (economía, propaganda, energías físicas y morales de los no-combatientes). 

Señala Schmitt que el Derecho Internacional de Guerra se volvió progresivamente criminalista, orientado por el Derecho Penal. El fin de la guerra no implicó, como en la época clásica, el acuerdo de paz “sino una sentencia condenatoria impuesta por los vencedores al vencido”. En el pasaje, el enemigo dejo de ser “justo” y se transformó en agresor y criminal; su acción ha devenido un delito. Con esto, el concepto de enemigo cobra una extensión que le hace perder su especificidad.

Derivada de esta operación, el par significante “guerra” y “paz”, que en la situación clásica hacía que uno establezca al otro, son relativizados. Surge una tercera situación, llamada por Schmitt “anormal” e “intermedia”, donde los términos se entremezclan. A partir de ese momento “paz” y “guerra” dejan de ser conceptos fuertes y determinantes de su opuesto. Y al no poder discriminarse entre guerra y paz tampoco se puede discriminar entre combatiente y no combatiente. En la extensión de los conceptos, al traspasar sus límites, estos se diluyen anulándose las distinciones. 

El enemigo merece ser aniquilado. En 1963 y contemporáneamente a la Guerra Fría, Schmitt presenta su “Teoría del Guerrillero”. Hacia el final de su exposición señala cambios producidos en la práctica de la guerra y la incidencia de lo tecnoindustrial. Con esto último hace referencia a las armas de destrucción masiva y su impronta en la enemistad. Las armas nucleares son armas de aniquilación y exterminio. Derivado de esto, y lógicamente, medios de exterminio absoluto exigen el contrapunto de un enemigo absoluto. A partir de ese momento la enemistad deja de ser “mitigada”. El enemigo ha devenido absoluto. Aquí ya no es el Ideal lo que toma el comando, sino el producto de la técnica. La potencia del objeto tecnológico determina la concepción del objetivo.

Sumado a esto, señala Schmitt, es también necesario exterminar moralmente a las víctimas. Introduce entonces una lógica del valor y del disvalor. La operación implica declarar que el bando contrario es criminal, inhumano, un disvalor total. Esta lógica del disvalor obliga a producir nuevas y profundas criminalizaciones y devaluaciones de la vida del otro, para que se transforme en una vida que no se merezca vivir. Son las condiciones en las que el exterminio se vuelve abstracto y absoluto. Este cambio de vía hace que el exterminio no se dirija ya hacia un enemigo, en el sentido clásico, sino que se deriva de la imposición de valores supremos y la adjudicación del disvalor para la vida del otro. 
 


El enemigo absoluto no es ya un enemigo. Se trata de una vida que no merece ser vivida, lo cual justifica su aniquilación. Sin enemigo, no hay par opositivo que organice la guerra ni la política en el sentido clásico y sólo hay lugar para un término y algo, que no es una vida, a aniquilar. En esto hay una transformación, el ideal no acota a la pulsión. Los ideales se reducen a exigencias de la pulsión de muerte o son puestos a su servicio. 

La paz sin guerra. Milner ha señalado que la sociedad europea ha devenido ilimitada y tarda en encontrar un modelo político que responda a este tipo de estructura. Agrega que aquello que acompaña a la lógica ilimitada es el proceso. El proceso “no conoce principio de detención ni en el tiempo ni en el espacio ni en los objetos ni en las personas”. El proceso no conoce acotamiento. 

También señala el privilegio obtenido por el término paz, el cual ha entrado en un proceso de ilimitación. Hay proceso de paz. En este orden de cosas la guerra, como concepto, se empobrece y la paz se vuelve compleja e ilimitada. De este modo, si durante la lógica del todo el transito de la guerra a la paz, que se traducía en la cesación de las hostilidades, pertenecía al final de la guerra y era aún la guerra, en nuestra época ese tiempo ya pertenece a la paz. La paz actual incluye aspectos clásicos de la guerra.

La cacería. El avance de la ciencia, en su asociación a la técnica, ha permitido que la utilización de armas nucleares y los bombardeos, siempre imprecisos, hayan dado paso al drone. Si bien los bombardeos continúan, acaso se deban a una demora tecnológica. Wajcman propone un doble pasaje: de la muerte ciega de masas a la muerte dirigida individual, así como del enfrentamiento frontal de ejércitos a la caza al hombre. Esto no sin modificaciones en torno a la jurisprudencia. Agrega que la caza al hombre se ha vuelto el fundamento de la estrategia militar de los Estados Unidos.

Este modelo implica la eliminación del enemigo y una ilimitación del campo de batalla. No se trata ya del enfrentamiento y el triunfo o la rendición del otro, sino de su destrucción precisa como amenaza. El ideal del duelo parece haber variado por el ejercicio de la cacería.

28 de enero de 2016

Entrevista a José R. Ubieto. “El acosador libera su angustia en la víctima”, por Susana Quadrado


José R. Ubieto analiza en el libro “Bullying. Una falsa salida para los adolescentes” (NED Ediciones) la complejidad de un hecho tan dramático como es el acoso escolar. Lo hace desde su experiencia clínica y la de un grupo multidisciplinar de profesionales. Este psicoanalista apunta a cuatro posibles causas: el eclipse de la autoridad del padre y el maestro, la importancia de la mirada y la imagen, la desorientación adolescente respecto a su identidad sexual y un sentimiento de desamparo ante lo que los adultos quieren de él en la vida.

Susana Quadrado: El bullying es una manifestación de crueldad entre adolescentes. Pero, según usted, también es un síntoma. ¿De qué?

José R. Ubieto: De la dificultad de hacer el tránsito hacia la juventud. Debe hacerse adulto y asumir su condición sexual. Los adolescentes olvidan sus juguetes infantiles para vérselas con una nueva pareja: su cuerpo sexualizado. Habitar ese cuerpo les produce extrañeza y les inquieta. La primera respuesta es manipularlo para hacerlo suyo: se visten, se disfrazan, se tatúan, se peinan, se agitan –con tóxicos y sin– se musculan, experimentan el sexo, se adelgazan...

Pero eso no tiene por qué convertirse en un problema.

No tiene por qué convertirse en un problema, cierto. Todo depende de lo que pasó antes, en la infancia, de la posición que toman sus padres y docentes para acompañarles y por supuesto del tiempo que cada chaval necesita para concluir ese tránsito hacia la vida adulta.

Si un hijo te dice, ‘papá, no me ralles’, ¿qué respondes?

Los padres no deben dejar de dar su opinión aunque al hijo no le guste. Le sirve de guía, aunque sea para saltársela. Estar al lado es saber algo de lo que les pasa, no sólo de lo que esperamos de ellos, también de lo que ellos esperan de sí mismos y a veces no alcanzan y les duele. Es importante además que les hablemos de nuestros fracasos. Cada padre o madre tiene que inventar sus propias respuestas para ganarse la autoridad sobre su hijo.

¿Cuándo aparece la tentación del bullying?

Cuando el adolescente no ve otra salida. Es una falsa salida. Manipular el cuerpo del otro le permite poner el suyo a resguardo.

¿Manipular el cuerpo?

Sí, con el ninguneo, la segregación, los golpes, las injurias...

Usted vincula el acoso con la desorientación del adolescente respecto a su identidad sexual.

Mientras construye esa identidad –hombre, mujer e incluso un sujeto no identificado a ningún sexo– puede surgir el miedo a no dar la talla, a no estar a la altura del ideal. La angustia que se genera puede empujar al acoso.

¿A qué edad surge el bullying?

Los primeros signos aparecen en 5º y 6º de primaria: pequeños golpes, motes, marginaciones del grupo, gestos de desprecio. Luego, en 1º y 2º de ESO el acoso adquiere un carácter más sexualizado y más dramático. La urgencia de acosar al otro se hace más evidente. A partir de los 16, declina.

¿Hay un perfil psicopatológico del acosador?

No, pero en la mayoría de casos son chicos o chicas que en algún momento han sufrido humillación o maltrata, sea por parte de otros compañeros o en su familia.

¿Y del acosado?

Tampoco. La condición de víctima, de chivo expiatorio, requiere de tres elementos: que haya alguna perturbación en su imagen física o en su manera de ser, algo que se identifique como rareza aunque no sea evidente; que el acosado flojee y muestre su debilidad para defenderse; y, finalmente, que el grupo, los testigos, tomen posición a favor del acosador o se abstengan de defenderlo.

¿Qué consigue el agresor sometiendo a su víctima?

Refuerza su narcisismo, muchas veces tocado, y compensa esas otras escenas en las que él no brilla a los ojos del grupo que le aplaude o le teme. Por otra parte depositar la angustia en el acosado le libera a él de la suya.

¿Y no siente remordimiento?

Para algunas personas transferir la angustia al otro es su mecanismo psíquico básico. Es el caso del sadismo o del masoquismo. Ver la cara de horror de la víctima es para un sádico un goce que, además de excitarlo, le ahorra su propia división subjetiva. Es por eso que no hay culpa porque ha logrado disociar esas dos posiciones.

El acoso va en crescendo si la víctima no responde.

Sí. La no respuesta confirma su condición de acosado y la perpetúa. Para muchos eso queda como un ritual de sacrificio sin que puedan atisbar el final, de allí algunas soluciones dramáticas como el suicidio. La víctima se siente culpable. Es importantísimo detectar el acoso cuanto antes. 

¿Cómo, si siempre ocurre oculto a los ojos de los adultos?

Padres y maestros deben estar muy atentos a los signos de malestar. Luego, deben colaborar entre ellos. Y dar al adolescente toda la comprensión y ayuda.

¿Por qué los testigos callan?

Así evitan ser colocados en el bando de los “pringaos”. Algunos de los que callan en público, al salir de clase envían whatsapps al acosado dándole ánimos.

Hay padres que justifican a su hijo acosador.

La crueldad no se puede ocultar con el “es cosa de niños”. Para resolver el conflicto, hay que corresponsabilizarse, no inhibirse. Se pueden hacer reuniones con los padres de la escuela y la ayuda de profesionales. 

¿Está preparado el profesorado ante el bullying?

Los profesores deben abrir los ojos y no mirar a otro lado. Pueden ayudarse de programas preventivos que ya existen, de mejora de la convivencia escolar, de la relación con otros maestros y con las familias, y apoyarse en prácticas colaborativas de red con profesionales de la salud o de la intervención social.

¿Qué huellas deja el acoso?

Todo acontecimiento traumático deja huellas, a veces indelebles. La literatura y la clínica nos muestran a adultos que hablan de esa experiencia 20 ó 30 años más tarde con la rabia todavía muy presente. Permanece fijado.