7 de diciembre de 2014

LACAN QUOTIDIEN. POURQUOI LA GUERRE?, par Marie-Hélène Brousse

« Pourquoi la guerre »... intéresserait-elle des psychanalystes ?

— C’est vrai, elle a changé Freud et a fait basculer la psychanalyse de la première à la deuxième topique. 

C’est vrai, elle a produit un texte fondamental de Lacan où il annonce de façon prophétique le futur. 

C’est encore vrai que la guerre lui permit de prédire notre avenir « de marchés communs » et « de ségrégation »(1)

— Mais c’est du passé. On ne s’intéresse qu’au présent. Assez de ces psychanalystes qui ne parlent que de ce qui fut. Tout cela est obsolète : la « civilisation », un mot ringard. 

— Mais quand même, ça insiste... Nos écrans, nos journaux, nos réseaux, nos angoisses, nos craintes résonnent de bruits et d’images de guerre. Les guerres, depuis la fin de la dernière, n’ont cessé de gronder. On pourrait peut-être les écouter, s’en enseigner...

— Vous nous ennuyez. On n’en veut rien savoir, si ce n’est pas un spectacle qui permet de se lamenter sur la barbarie, de loin. La barbarie, c’est quand même autre chose que la civilisation, plus excitant, non ? Ne serait-ce que pour s’en lamenter et condamner les monstres. Psychanalystes, occupez-vous des «bobos de l’âme», comme disait Bernard Kouchner, et laissez-nous à nos vrais malheurs.

— Eh bien, non !

Des psychanalystes pensent que l’approche d’orientation lacanienne peut s’attaquer à ce réel, car c’en est un, de se répéter encore et encore.

Ils pensent que la clinique des traumatisés de guerre, des blessures psychiques, nous enseigne sur les sujets qui plongent dans l’extrême. Qu’il y a lieu de poser les bases d’une nouvelle psychologie de masse, celle d’aujourd’hui, celle qui correspond aux axiomes de l’époque, dégagés par Lacan.
 
Pour en finir avec cette sottise qui toujours ramène la guerre à l’agressivité et à la nature. Pour écouter une petite voix qui dit que la guerre, c’est l’autre face de ce qu’on n’ose plus appeler la civilisation. Pour démontrer qu’il n’y a pas de guerre sans discours, qu’elle ne peut se dérouler qu’entre des êtres parlants. 

Qu’ils y sont sommés d’y mettre le corps car la grande affaire des guerres tourne toujours autour des objets qu’elles s’attachent à détruire, à réduire au statut de restes. Les ruines, disait Lacan dans son texte de 1946, n’y ont rien du romantique et du grandiose de celles qu’occasionne le temps qui passe. En parcourant le Londres d’après la victoire, il n’y voyait, « dans cette Ville grêlée tous les deux cent mètres de rue », que les marques d’une « destruction verticale, au reste curée au net »(2). Détruire, hurlent-elles. 

Des psychanalystes, en suivant l’orientation lacanienne, ont écrit un livre collectif qui se propose d’en témoigner, La psychanalyse à l’épreuve de la guerre. A paraître en librairie aux éditions Berg International début janvier 2015 et disponible à la librairie des 44es Journées de l’École de la Cause freudienne les 15 et 16 novembre 2014, en primeur ! 

Notas
1 Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Seuil, Paris 2001, p. 257. 
2 Lacan J., « La psychiatrie anglaise et la guerre », Autres écrits, op. cit., p. 102.

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