25 de octubre de 2012

Le 3è Atelier Lacan en Russie, par Inga Metreveli


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3e ATELIER LACAN EN RUSSIE
« Introduction à la clinique des psychoses »
Moscou – 28,29 et 30 septembre 2013

Sous l’égide de l’EuroFédération de Psychanalyse,
De la Nouvelle École de psychanalyse (NLS)
Et de l’association du Champ freudien

Avec le soutien de l’Institut français de Moscou

Fin septembre 2010, Jacques-Alain Miller se rend à Moscou pour mettre en place une plateforme de travail collaboratif qu’il intitule « Atelier Lacan en Russie » , lieu de formation, d’invention du savoir et de rencontre entre collègues russophones venant de nombreuses villes russes et ukrainiennes.  Le premier atelier, sous le titre « L’expérience d’une analyse », avait été consacré aux témoignages de psychanalystes en formation sur leur propre analyse, et le second y avait ajouté l’examen de la question de l’angoisse, à partir de cas cliniques. Cette année, Jacques-Alain Miller a proposé la psychose comme sujet et a invité les intervenants à parler de leur pratique vis-à-vis de la psychose.
Nous avons eu le plaisir d’accueillir le président de la Nouvelle École Lacanienne, Dominique Holvoet, ainsi que Daniel Roy, membre du bureau du Groupe du Champ freudien-Russie et du secrétariat de la NLS pour l’Europe de l’Est.
Le sujet de la psychose est plus qu’actuel en Russie, pays où l’hôpital psychiatrique est le seul espace de gestion de la folie et le médicament l’unique traitement. Pays où cette notion de psychose n’est souvent entendue que comme un état dégradé avec manifestations délirantes et hallucinatoires. C’est pour ces raisons que l’introduction au discours psychanalytique sur la folie et la psychose revêt une grande importance.
Dans cette perspective, l’exposé de Dominique Holvoet  nous a permis de saisir les points importants du parcours de Lacan depuis « […] une question préliminaire » et la place centrale du père et du langage comme structure symbolique, jusqu’à son tout dernier enseignement, où la question de la jouissance et du langage comme organe supplémentaire qui peut apparaître dans la psychose sous la forme de phénomènes élémentaires est centrale. Et si avec un Lacan structuraliste on peut encore parler de « fous » au sens psychiatrique du terme, le dernier enseignement de Lacan nous amène vers une clinique plus subtile où la frontière entre psychose et névrose est plus effacée, et où selon Lacan « tout le monde délire ». Ceci pose beaucoup de questions cliniques. L’analyse des cas, présentés par les intervenants, nous a permis de nous approcher à cette pratique, toujours singulière, du travail avec la psychose. 
Dans plusieurs interventions il était question du diagnostic surtout au début de la cure. Ainsi, un sujet, qualifié par la psychiatrie comme obsessionnel, souffre de pensées agressives envahissantes. Il témoigne devant son psychanalyste des effets de la parole de ses proches sur son corps jusqu’à l’hypocondrie. Une phrase de son père prononcée dans son enfance « tu baves comme un chien », coïncidant avec une rencontre  de hasard avec un renard dans la foret, commenté par son grand-père « les renards peuvent donner la rage », lui donne l’idée que lui aussi a la rage. Comment interpréter cette idée, débordée déjà par le sens ? Une opération du psychanalyste permet de mettre en question ces impératifs douloureux des proches.  Une phrase de sa grand-mère « Parler c’est ennuyer », que le patient répète plusieurs fois, se transforme par son analyste en « parler c’est parler et ennuyer c’est ennuyer ».  Il s’agit d’un bel exemple de constat en lieu et place de l’interprétation au sens freudien.
Dans les autres cas, présentés par les collègues, il s’agissait de psychoses non déclenchées. Les petits détails, soulignés par les superviseurs, ont permis de mettre en question la diagnostic de névrose. La discussion qui a suivi les présentations de ces cas, portait sur les conséquences pour la cure du sujet psychotique.
Une séquence très importante a été dédiée au projet « L’Appartement » qui a débuté il y a deux ans. Il s’agit d’un lieu d’accueil pour jeunes adultes marqués par le signifiant « handicapé » et qui ont passé toute leur vie dans des institutions spécialisées. Les trois cas présentés par les membres de l’équipe  nous ont permis d’appréhender la vie quotidienne de l’institution et le travail tout en délicatesse de cette l’équipe.  Il s’agit ici d’une véritable invention de chaque sujet dit psychotique, accompagnée par l’autre qui ne s’impose pas et qui suit le sujet dans sa trouvaille.
Dans le premier cas, où les rencontres entre un jeune homme et une jeune fille se soldent par un véritable ravage, l’un des protagonistes finit par donner un nom à cette situation, qu’il qualifie de « romantique ». C’est le point de départ d’une parole qui commence à circuler, ceci grâce à l’intervention de l’équipe, permettant une opération de « décollage ».  Dans le deuxième cas, pour un jeune patient, l’objet voix a été rendu plus supportable grâce à l’enregistrement sur disque des voix qui le persécutent. Cette opération fut suivie et accompagnée par un soignant, et se solda par une performance publique. Le troisième cas était à la recherche de son identité et tendait à une féminisation démonstrative dans sa tentative de se fabriquer un corps.  Tous ces cas dénotent les difficultés du travail avec les sujets dit « handicapé » qui se traduisent dans l’effort que doit faire le soignant pour rétablir du lien social en tenant compte de la singularité de chaque sujet.
La dernière partie de l’Atelier a été dédiée à la question de l’avenir de la psychanalyse en Russie. Nous avons salué la sortie du deuxième numéro de la Revue Internationale de Psychanalyse, consacré à la psychose et incluant un article majeur de Lacan, traduit en russe pour l’occasion « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose». Cette parution a été possible grâce l’importante implication de Judith Miller.
Dominique Holvoet a mis l’accent sur la perspective de la création d’un groupe de la NLS en Russie. Dans le but de développer l’Atelier Lacan en Russie, la proposition de J.A. Miller, en 2010, de créer les conditions pour une Antenne clinique a été de nouveau débattue. Cette Antenne permettrait aux psychanalystes en formation d’approfondir leur pratique d’un point de vue théorique et clinique, et leur permettrait de présenter des cas, comme d’assister à des présentations de malade à l’occasion de la venue d’enseignants des Sections cliniques.
Nous tenons à remercier Dominique Holvoet et Daniel Roy de leurs interventions très éclairantes et à leur exprimer toute notre gratitude pour leur accompagnement des jeunes psychanalystes russophones sur le chemin de leurs pratiques d’orientation lacanienne.

Inga Metreveli

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