1 de noviembre de 2012

L'École et la passe à la Société Hellénique de la NLS, avec Anne Lysy


Images intégrées 1

J'attire l'attention des lecteurs de NLS Messager sur l'heureuse initiative que la Société Hellénique a mis en place. Une journée de travail sur l'Ecole et la passe, animée par Anne Lysy, AE en exercice.
La théorie de Turin de Jacques-Alain Miller fut mis à l'étude. Vous pourrez lire ci-dessous l'excellent compte rendu que donne Reginald Blanchet de cette journée d'Ecole participant de l'expérience lacanienne.
Cette contribution constitue une amorce opportune à la Conversation sur l'Ecole prévue à Athènes le vendredi 17 mai, le WE de notre Congrès. Un débat ouvert aux membres sera prochainement lancé  sur NLS-Agora à cet effet.

Dominique Holvoet, président de la NLS
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SOCIÉTE HELLÉNIQUE DE LA NLS
L’École et la passe 
Journée de travail du 20 octobre 2012 à Athènes
avec la participation d’Anne Lysy, AE en exercice

par Réginald Blanchet
             Dans « une société qui absorbe la psychanalyse sous forme de trucs » aptes à la manipulation dite thérapeutique « nous devons absolument créer un espace préservé » (Jacques-Alain Miller)[1]. Un espace préservé pour la psychanalyse. Cet « espace préservé » c’est l’Ecole, l’Ecole en acte, l’Ecole en devenir, l’Ecole telle qu’en elle-même. C’est dans cet esprit que la Société Hellénique a voulu tenir sa première Journée consacrée à l’Ecole et à la passe. Elle a choisi pour l’occasion de mettre à l’étude la « Théorie de Turin sur le sujet de l’Ecole »[2]. Elle fut dirigée par Anne Lysy, Analyste de l’Ecole en exercice, invitée spécialement à cet effet.
            Pour introduire la matinée consacrée à la théorie de l’Ecole, Anne Lysy choisit de retracer l’esprit de l’invention de Lacan. L’Ecole de Lacan entend mettre en place une « nouvelle jonction entre l’analytique et l’institutionnel ». Elle entend rompre avec le modèle ipéiste de la société de psychanalyse conçue sur un mode ecclésial voire mandarinal. C’est qu’elle place en son centre la question du psychanalyste même, sa mise en cause et non plus l’organisation de la cooptation de ceux qui en exerceront la fonction sociale. C’est en quoi l’Ecole de Lacan doit être dite Ecole de la passe. Elle est faite pour produire de l’analyste, comme ce qui résulte, d’abord, du procès analytique lui-même. L’analyste est à entendre comme la mutation subjective, la série de mutations subjectives qui mènent une analyse à son achèvement. On peut, dans cette perspective, tenir la production dudésir de l’analyste comme le point d’achèvement, la visée que l’Ecole a pour souci de promouvoir. Précisément, entendu dans son contenu élémentaire, « le désir de l’analyste est le désir que l’analyse de l’analysant aille jusqu’au bout ».[3]
            Rendre l’analyse vivante, comme l’exprime Anne comme son désir très personnel, est ce que Lacan attendait de son Ecole. « Avec l’idée de la passe, souligne encore Jacques-Alain Miller, Lacan a créé un puissant désir d’analysant ». Centrée sur l’analyste, sur la mise au point de son désir, elle a à s’inscrire en faux contre le mutualisme, l’être ensemble des analystes afin de se protéger du discours analytique. Cette exigence passe par la mise en cause de l’homéostase du groupe et la promotion du tourbillon propice au travail et à l’invention par tous et par chacun, du savoir idoine à la psychanalyse. Cela implique à nouveau que l’Ecole, collectif de travail, s’articule à l’analyse de chacun, voire repose sur le principe de l’analyste-analysant permanent. L’Ecole est donc l’expérience de cette articulation et de son procès contradictoire. Elle est donc à interpréter. Cela la constitue comme sujet.

La théorie du sujet de l’Ecole
            L’Ecole comme sujet justiciable d’interprétation et effet d’interprétation mais aussi comme devenir à subjectiver par tout un chacun, tel était le centre de gravité autour duquel devait tourner la Journée et qu’elle visait à cerner. Elle entreprit de le faire en soumettant à l’interrogation de quatre intervenants - trois membres de de la SH admis récemment à la NLS, plus un membre de la SH – une citation de la Théorie de Turin. Le commentaire attendu de chacun devait être bref.
Nouli Apazidou eut à s’interroger sur « le paradoxe de l’Ecole ». La phrase : « Il s’agit avec l’Ecole freudienne de Paris d’une formation collective qui ne prétend pas faire disparaître la solitude subjective, mais qui au contraire se fonde sur elle, la manifeste, la révèle. C’est le paradoxe de l’Ecole ».[4] Elle fit ressortir la tension entre l’idéal (l’Ecole n’est pas sans idéal) et la nécessaire solitude de chacun. Comment allier les deux ?
Dossia Avdelidi mit l’accent sur l’Ecole comme ensemble logiquement inconsistant. S’il est vrai qu’il n’y a pas de cure standard, il ne saurait y avoir non plus d’analyste standard. Le désir de l’analyste devient dès lors aussi son style, son style propre. Lacan, en effet, énonce J.-A. Miller dans sa Théorie de Turin, « a logifié le désir de Freud pour le séparer de sa particularité, le déraciner du fantasme paternel, en dégager la forme dite du désir de l’analyste. Ce désir n’est pas pour autant un désir pur. » Et encore : « il n’y a pas de tout de l’Ecole »[5].
Despina Andropoulou eut à soutenir en quoi l’Ecole peut être dite « un sujet de plein exercice », et à élucider le point de savoir « ce que veut dire subjectiver l’Ecole »[6]. L’Ecole-sujet n’est pas sans impliquer la dimension du refoulement : si l’Ecole doit être regardée comme sujet divisé quel est son « je n’en veux rien savoir » constitutif ? Mais l’Ecole-sujet divisé ne va pas sans l’Ecole-agalma, son inconsistance pouvant être tenue pour son bien le plus précieux. Ceci n’obvie pas à l’effet surmoïque des signifiants de l’Ecole.
C’est en quoi « dans une Ecole, tout est d’ordre analytique »[7] : Ecole, sujet supposé savoir, objet de « transfert de masse », et « sujet à interpréter ». Ioanna Verigaki choisit de souligner la fonction de l’Ecole comme « l’organisme où doit s’accomplir un travail » en vue de la production d’un savoir pour le discours analytique. Dès lors, la question se pose de savoir « quel désir de savoir pour l’analyste ? », si l’on tient que le désir de savoir n’est pas le désir de l’analyste et que l’analyste a néanmoins à savoir. Quid d’une Ecole-symptôme ?

« Finir l’analyse, et après ? »
L’après-midi consacré au travail d’Analyste de l’Ecole de Anne Lysy sur sa passe, la fin de l’analyse et la perspective de « l’outre-passe » nous mit devant « l’effort qui est à faire, selon Jacques-Alain Miller, pour élaborer une doctrine correcte de la fin de l’analyse à l’époque du sinthome ».[8] De son trajet analytique (de la relation impossible à la séparation impossible) il s’est agi, en l’occurrence pour le sujet, de décanter au-delà de ce qui « me détermine » « ce qui m’anime ». Le dégagement d’un point hors-sens, au joint du corps et de la langue, constitue le trognon de ce qui ne changera pas. Dès lors, deux questions se posent. Quels rapports entre le symptôme d’entrée et le sinthome de sortie ? Ce dernier ne serait-il pas plutôt à considérer comme un produit de l’analyse ? D’autre part, que recouvre exactement le « savoir y faire avec son symptôme » ? Suffirait-il, par exemple, que le sujet consente, pour s’en contenter, à « courir » ? Pas si simple, souligne Anne : ce serait bien court (Lacan).
Ces questions trop brièvement évoquées ici ne donnent, on s’en doute, qu’un écho affaibli de la richesse de ce que Anne Lysy s’avançant, pour reprendre le mot de Eric Laurent, dans « une zone où il n’y a pas de doxa », s’est employée avec la conviction et la simplicité de l’autorité authentique à nous transmettre. Les interrogations prévues pour lui être adressées par quatre intervenants des nôtres, Anna Pigou, Yannis Dimitrakos, Marina Frangiadaki et Thanos Xafenias, dirent assez l’intérêt de tous, et de chacun pour son propre compte, des partisans présents de l’expérience lacanienne.
Cette Journée sur l’Ecole fut, disons-le, une Journée d’Ecole, un « acte d’Ecole ». Elle est appelée à faire date. Cela se jugera à ses suites.

Athènes, le 30 octobre 2012.


[1] « Conversation sur la passe » (janvier 2010), Supplément de la Lettre Mensuelle, juin 2010, p.113.
[2] Jacques-Alain Miller, Intervention au Ier Congrès scientifique de la Scuola lacaniana di Psicoanalisi (en formation), le 21 mai 2000, in Aperçus du Congrès de l’AMP à Buenos Aires, juillet 2000 et La Cause freudienne, n°74, mars 2010, p. 132-143.
Traduite pour l’occasion en grec par les soins de Despina Andropoulou et Polina Agapaki la Théorie de Turinparaîtra bientôt dans le volume « Pour l’Ecole » édité sous la direction de Nassia Linardou-Blanchet. Le livre comprendra, entre autres textes de référence, la Note italienne. Les participants à la Journée auront pu l’avoir entre les mains en avant-première de sa publication.
[3] Jacques-Alain Miller, « Conversation sur la passe », ibid., p. 65.
[4] « Théorie de Turin », op. cit., p. 63-64.
[5] Ibid., p. 66 et 68.
[6] Ibid., p. 68-69.
[7] Ibid., p. 70-71.
[8] « Conversation sur la passe », op. cit., p. 123.

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