13 de septiembre de 2012

500.fr/ Entretien avec Éric Laurent paru dans Haaretz





Entretien avec Éric Laurent, par Or Ezrati, publié dans Haaretz le 20 Juillet 2012
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La thérapie vendue au détail: Pourquoi il n’y a pas de raccourcis à vos problèmes

Le désir de réponses rapides a beaucoup plus à faire avec l’esprit de consommation qu’avec la thérapie, dit le psychanalyste lacanien Éric Laurent.

Éric Laurent: « Nous disposons des moyens d’exercer un contrôle sur nous-mêmes. Nous sommes observés par tout écran, et ceci résonne avec le sentiment que Dieu nous regarde ».


Jacques Lacan et  la ‘révolution cognitive en psychologie’ 

Le psychanalyste Français Éric Laurent est à la recherche d’un autre avenir pour l’âme humaine. Il est extrêmement troublé par la vision mécaniciste que proposent les chercheurs du cerveau et d’autres qui réduisent le fonctionnement de l’esprit à un processus de pensée, comme le proposent les psychologues cognitifs, plutôt que d’y voir quelque chose de plus basique et automatique. Tirant son inspiration de la psychanalyse, il lance une attaque contre les tendances dominantes en psychologie aujourd’hui et en profite pour expliquer la façon dont nos gadgets nous regardent pendant que nous imaginons que c’est nous qui les observons.

Le Dr Laurent est un des élèves éminents du psychanalyste Jacques Lacan. Il fut pendant quatorze ans l’analysant de Jacques Lacan. Ex-président de l’AMP, l’Association Mondiale de la Psychanalyse, qui promeut la doctrine lacanienne, Laurent enseigne au Département de Psychanalyse de l’Université Paris VIII. Il a aussi publié des douzaines d’articles et de livres qui ont été traduits dans de nombreuses langues. Dans son livre « Lost in Cognition », publié récemment en Hébreu par Resling et traduit du français par Nehama Gesser (il n’existe pas de traduction en anglais), il traite de ce qui a été perdu dans la récente poussée de la psychologie vers une approche scientifique dans le domaine aussi bien de la thérapie que dans la vision générale de l’âme humaine.

J’ai rencontré Laurent pendant sa récente visite en Israël comme invité du 10e Congrès de la Nouvelle Ecole Lacanienne (NLS) de Psychanalyse à Tel Aviv. Le thème du Congrès était  « Lire un symptôme ».

Dans « Lost in Cognition » Laurent oppose les approches thérapeutiques actuelles, telles que la psychologie cognitive centrée sur les résultats, aux approches psychanalytiques centrées sur le processus. Peut-être la plupart des gens qui font une thérapie aujourd’hui imaginent le résultat final non pas comme un processus de conciliation avec le symptôme, mais plutôt comme impliquant la disparition complète du symptôme.


Est-ce qu’un des problèmes du traitement psychanalytique et des psychothérapies qui s’en inspirent est que les patients ne comprennent pas vraiment ce qui leur est offert?

Je pense que comprendre ce qui est en balance reflète le discours courant. Ceux qui allaient voir Freud rencontraient  un psychiatre à une  époque où personne ne savait ce qu’était la psychiatrie. Ils voulaient soulager leur souffrance et se tournaient vers quelqu’un qui était décrit comme un spécialiste dans ce domaine – un spécialiste isolé qui avait ses propres méthodes distinctes auxquelles ils apprenaient à faire confiance d’une façon comparable à la confiance qu’on faisait dans l’antiquité aux praticiens de la médecine.

De nos jours, le discours courant dit que l’on doit être créatif, posséder les moyens et avant tout obtenir des résultats. Toute la position analytique découle précisément du fait que ce discours est le discours de routine vers quoi les gens retournent et par quoi ils sont submergés, c’est-à-dire qu’il est le discours idéal de la période dans laquelle ils vivent. Mais que veulent-ils vraiment, c’est-à-dire au-delà du fait que leur demande, leur plainte soit prise en considération et dans les termes utilisés par le discours courant ? Les gens disent : « Aidez-moi, je vous prie, à me débarrasser des doutes qui me torturent  au sujet de ma femme : Est-elle la personne qu’il (me) faut ? Dois-je la choisir ou choisir ma maîtresse ? A-t-elle raison ? Ai-je raison ? »

En apparence, ils demandent quelque chose de  très clair : « dites-moi ce qu’il faut faire avec ma souffrance, avec les conflits que je ne peux pas résoudre. Donnez-moi la solution ». Mais à la fin ce qui est vraiment dit c’est : « Dans tout cela c’est moi qui échoue, aidez-moi à me débarrasser de moi-même. » Si vous écoutez la façon dont les gens articulent leur souffrance et leurs difficultés existentielles, il y a toujours une tension entre l’aspect spécifique et limité dont ils veulent s’en débarrasser et le désir de transformation complète, le désir d’être quelqu’un d’autre et de vivre selon les idéaux de l’époque et être libéré de contradictions qui constituent l’histoire personnelle de chacun.

« L’habileté clinique du psychanalyste de notre époque et de celles qui l’ont précédée peut se voir dans la décision de répondre avec précision aux éléments limités contenus dans la plainte du sujet. Certains sont capables, à travers la fenêtre étroite créée par leur plainte, d'avoir accès au mélange complexe créé par leur histoire personnelle, tandis que d’autres ne le peuvent pas. Il n’y a pas de « bon pour tous ; il n’y a pas de « taille unique ». 


Vous écrivez que dans certaines thérapies cognitives, ce qui est reçu, c’est le fétichisme d’une figure idéale à laquelle on essaye de s’identifier, de la même manière que l’industrie de publicité veut que nous nous identifions aux modèles et aux produits qu’ils vendent.

« Une des exigences de nos temps capitalistes, c’est qu’on nous demande de penser de nous-mêmes comme des entrepreneurs qui devons maximiser notre propre vie. Nous devons penser plus, jouir plus, faire l’expérience d’une vie sexuelle plus intense. Si nous ne maximisons pas, nous voyons cela comme un échec dont nous sommes coupables. Alors la demande commune sera : « je vous prie, rendez-moi mieux ». C’est l’idéal surmoïque : « rends- moi mieux, fais-moi super-productif. » A mon avis, il est plus correct de voir cela comme une demande du surmoi qui pèse sur l’individu et l’interpréter en conséquence et de ne pas essayer d’y donner suite : à la fin chacun peut se percevoir comme une sorte d’échec, et la vérité est que ce n’est pas si terrible. »


Que pensez-vous des techniques cognitives qui ont fait preuve d’une grande efficacité, telles que la sensibilisation –une exposition graduelle à l’objet de la peur dans le traitement des phobies ?

« Je répondrai en prenant l’exemple d’un de mes patients qui souffrait de la peur de voyager en avion : Il y avait toutes sortes d’histoires dans la famille sur les avions, et l’idéal du pilote, il avait alors un conflit par rapport à cela et il était obligé de s’y confronter : à un certain moment dans la thérapie, il m’a dit qu’il devait prendre l’avion pour un voyage d’affaires. Je l’ai encouragé à suivre une thérapie cognitivo-behavioriste d’exposition dans laquelle vous êtes exposé à une réalité virtuelle qui simule l’avion et où un effort est fait de vous accoutumer à cette situation qui induit la terreur. À mon avis, cela est comparable au fait de prendre des médicaments qui calment la peur avant l’embarquement. Le traitement soulagea son état, mais la peur de base est restée. Il dépassa la peur, mais il lui a fallu plus de temps avant qu’il ne se sente à l’aise dans un avion.

« Si quelqu’un va chez un analyste pour un traitement et dit : « Je veux me débarrasser de ma peur de voyager en avion parce que je veux prendre l’avion, je lui dis : ‘ Essayez la thérapie d’exposition’. S’il arrive que cela ait lieu pendant l’analyse je peux lui dire : « Vas-y  et reviens ». La vie est difficile. Il y a quelques outils qui vous sont disponibles. Cela vaut la peine de les essayer. »


Qu’est-ce qui se perd finalement lorsque quelqu’un amène ses symptômes à un psychologue cognitiviste ?

« Je peux vous dire en quoi je ne suis pas d’accord avec mes collègues du point de vue éthique. Je m’oppose à l’aspect behavioriste qui existe dans la combinaison usuelle de la thérapie cognitivo-behavioriste. Le patient risque de se trouver confronté à une autorité puissante qui essaye d’imposer un changement comportemental avec une approche "taille unique". Comme si le bon comportement existait et pouvait être standardisé. Cela n’est pas seulement nuisible au sujet, il est véritablement dangereux aux idéaux de la liberté. En 1971, au sommet de la ‘fureur behavioriste’, Skinner (B.F. Skinner, le père du behaviorisme) a dit au journal Times que la liberté est un luxe que l’on ne peut pas s’offrir.

 
Entre Lacan et Chomsky

Laurent commence son livre avec une description vive de lui-même lors d’un Séminaire de Lacan bigrement aux prises avec ses doctrines. « Dès début novembre 1975 nous ne pouvions qu’estimer l’ignorance ignoble qui était notre lot », écrit-il, et il continue: « Soudain, en décembre 1975 une lueur apparut : Lacan revient des Etats-Unis et parle de Noam Chomsky.  Nous connaissions l’œuvre de Chomsky, alors nous pensâmes que nous serions capables de trouver là quelque chose, un support. »


C'est intéressant que quand Lacan mentionne le linguiste Noam Chomsky qui était l’avant-garde de la révolution cognitive en psychologie, il semble que vous et vos amis respirent avec soulagement : Voilà quelque chose que nous connaissons.

Laurent rit : « Oui c’est vrai, mais le point de vue cognitiviste de Chomsky est très différent du modèle théorique qui est implicite à la thérapie cognitive. La plus simple façon d’expliquer la différence c’est à partir de la question de savoir si l’expérience humaine peut être réduite à l’apprentissage. Chomsky en donna un exemple en rapport avec le langage en déclarant que son infinie complexité ne pouvait pas être expliquée seulement en termes d’apprentissage. Dans le système linguistique Chomsky a pointé le nombre infini des propositions qui peuvent être créées et comprises et dont l’existence ne peut pas être expliquée seulement à travers un système fini d’apprentissage.

« De la même façon, les plus grands mathématiciens disent qu’ils n’ont pas appris les mathématiques, mais qu’ils s’y sont heurtés ou qu’ils y ont plongé. Ils ont seulement appris les techniques, mais l’essence des mathématiques n’est pas quelque chose qu’ils ont apprise. Dans leurs biographies, plusieurs mathématiciens, lorsqu’ils essayent de décrire ‘comment ça marche’, utilisent des termes qui se rapportent à l’accès à un monde d’idées infini qui existe quelque part en dehors d’eux. Vous avez alors l’infini en linguistique et l’infini en mathématiques, et vous avez aussi l’infini de l’expérience psychanalytique –dans la contradiction entre le pattern répétitif de votre vie et la manifestation d’une nouvelle expérience quand, à travers un processus apparemment infini de répétition, quelque chose de nouveau sera découvert. »


Je voudrais ici saisir l’occasion de poser une question pour les personnes laïques à propos d'une formulation.  En psychanalyse, qu’est-ce que ça signifie quand quelqu’un dit qu’il est lacanien ?

« Je répondrai très simplement. En 1950 il y avait un débat dans le mouvement psychanalytique sur l’inconscient : Est-ce qu’il est fait des traces biologiques ? Est-ce qu’il est en nous-mêmes ? Est-ce qu’il est en dehors de nous-mêmes ? Lacan proposa l’interprétation que l’inconscient est un système qui n’est pas en nous-mêmes, mais qui comme le langage se trouve en dehors de nous. Il avait une phrase : « L’inconscient est structuré comme un langage. » Il ne se réfère pas au langage au sens linguistique, mais au fait qu’il est là à l’extérieur. Nous réagissons à un système qui n’est pas dans notre cerveau et pas en y pensant mais en étant sujet à ses influences sur nous. »

Pour Laurent, la quête des chercheurs du cerveau pour la manifestation de l’inconscient dans les mécanismes cérébraux, ‘dans le corps’ au lieu de ‘en dehors du corps’, met la psychanalyse en danger d’adopter une fausse perspective. Cette perspective est dépendante d’une réduction physiologique, dans laquelle l’enchantement d’un inconscient qui existe en dehors de nous et dont l’influence est apparente dans toutes nos relations, sera perdu.

Dans le hall de Dan Hôtel, Laurent, vêtu d’un veston, obéit aux instructions du photographe d’Haaretz. Ilya marmonne à propos de sa prise de vue, tandis qu'il prépare son appareil photo. Il s’excuse auprès de Laurent : « Pardon, je me parle à moi-même » à quoi Laurent rétorque aussitôt : Nous parlons toujours à nous-mêmes. »


Croire au Père Noël

Laurent critique la tentative, de nos jours très populaire, de proposer une connexion entre la psychanalyse, les sciences cognitives et les recherches du cerveau. Dans son livre, il n’hésite pas  à attaquer des figures-clés qui sont au premier rang d’une entreprise visant à amener l’intégration de ces champs, telles que le psychanalyste Peter Fonagy et le chercheur américain de la mémoire et Prix Nobel Eric Kandel.

Laurent voit deux dangers dans les tentatives de connecter entre eux ces champs : le premier c’est la réduction du sujet humain à un organisme physiologique ou une sorte d’automate, selon ses propres mots.

Le second c’est la perte du doute psychanalytique sur l’existence d’une autorité extérieure, soit science ou nature,  qui reconstruit ‘une croyance au Père Noël’, expérience dont la psychanalyse est censée nous libérer. Néanmoins, quand les trouvailles scientifiques peuvent servir à l’approche lacanienne, Laurent ne les rejette pas sommairement.

Une découverte faite par les chercheurs du cerveau qui a éveillé un immense intérêt parmi les psychologues fut celle des neurones dits du miroir dans les années 1990. Ce sont des cellules nerveuses qui réagissent de la même façon aussi bien quand une personne exécute un acte que quand elle regarde une autre l’exécuter : En d’autres mots, en termes d’activité cellulaire, le comportement d’une autre personne est ‘réfléchi comme en miroir’, comme s’il était le comportement de l’observateur lui-même.


Quelle est votre opinion sur l’adoption passive des neurones du miroir comme preuve de la nature innée de l’empathie ?

« Pour commencer, ça pourrait agir comme une critique de l’empathie comme  processus de pensée [plutôt que comme quelque chose de plus innée]. Ce n’est pas seulement que j’imagine ce qui se passe dans la tête de l’autre ; c’est automatique, c’est vraiment  quelque chose en moi qui m’identifie à l’autre. Je suis coincé au miroir. Lacan a dit : « Vous pensez que vous regardez la télévision, mais c’est la télévision qui vous regarde. » Votre vision est ‘emprisonnée’ dans le regard de la télévision ou du miroir. À travers cette image vous vous regardez. Nous avons des relations avec notre double, avec l’écran qui nous hypnotise. À la suite de [la découverte] des neurones du miroir nous nous sommes trouvés ressembler aux caméléons beaucoup plus que nous ne l’avions imaginé. Les caméléons sont observés par l’objet et changent de couleur selon ce qui est projeté sur eux, et d’une certaine façon nous sommes aussi comme ça. »


Où est-ce que ça nous mène étant donné que nous portons maintenant sur nous des écrans partout où nous allons ?

Dans un certain sens nous disposons des moyens de nous surveiller. Nous sommes observés par tout écran et ceci a une résonance avec le sentiment que Dieu nous regarde. En même temps ces instruments sont merveilleux dans le sens qu’ils contiennent toute notre vie – les photos, les sons, les écrits, tout ceci est concentré digitalement en une seule machine. Cela peut nous offrir un moyen de vivre mieux notre vie, mais il porte aussi jugement sur notre vie à tout moment donné. L’écran nous regarde et semble demander : « As-tu fait aujourd’hui tout ce qu’il faut pour maximiser ta vie ? Tes performances étaient-elles aussi bonnes que celles de ton MacBook ? »

« C’est ça la crainte. Aussi vite que j’ai acheté mon dernier MacBook, je sais qu’en Californie Apple prépare déjà la génération suivante. Lorsque j’achète mon iPhone 4S, il est déjà désuet, parce qu’il y aura un iPhone 5, que j’aurai à acheter, si je veux préserver ma capacité.  De cette façon l’aspect technique [de ces instruments]  peut, simultanément, être excitant, développer et élargir la vie, mais aussi être un signe de mort.

« Comme le phénomène que nous voyons dans certains pays où les adolescents s’enferment dans leurs chambres et s’isolent de toute communication en dehors de celle que propose l’ordinateur. Cela peut être une façon de devenir global, mais aussi une façon de se couper du monde. »


L’euphorie initiale

Dans votre conférence à l’Université de Tel Aviv vous avez  parlé du nouveau sentier dans lequel se sont embarquées les neurosciences. Étant donné la conscience qu’il n’est vraiment pas possible de créer un modèle de l’esprit, est-ce que vous pensez qu’un déplacement se met en route vers une occupation avec les prothèses, une main robotique par exemple ou un œil artificiel qui soient liés à et contrôlés par le cerveau ?

Oui, lorsque je parle aux chercheurs du cerveau je note qu’un changement a eu lieu. Il y a un déplacement des questions sur les problèmes fondamentaux- d’une tentative de créer un modèle général du fonctionnement du cerveau vers la recherche appliquée, dans un effort de construire dans les plus courts délais possibles des prothèses qui seront capables d’aider les gens qui ont des infirmités.


Est-ce que vous voyez ça comme un changement où la science laisse un peu la place à l’inconscient ?

« Oui, dans un certaine mesure. Après l’euphorie initiale dans laquelle on pensait que beaucoup de choses pouvaient s’accomplir dans un temps très bref, il semble maintenant que les sciences du cerveau ont laissé de côté l’idée d’un modèle fonctionnel de l’esprit. Aujourd’hui la tendance majeure est centrée sur les outils d’application pratique. »


La nouvelle psychologie du capitalisme 

Le jour de ma conversation avec Éric Laurent, le journal Haaretz publia l’article du Professeur Eva Illouz  « Un esprit bien géré » (15 Juin).  Laurent cite l’article: « Pourquoi le néolibéralisme marche si bien comme système idéologique ? Parce qu’il va comme un gant à l’idéologie dominante dans plusieurs pays occidentaux et promu par la psychologie populaire que nous sommes responsables de nos échecs. »
Mettant le journal de côté, il dit : « Je dirais le contraire : que c’est le capitalisme qui créa pour lui une nouvelle psychologie qui corresponde à ses besoins. Cela fait partie de toute la bureaucratie de la santé et de la façon dont la médecine est intégrée aux nouvelles structures du pouvoir qui contrôlent les pays développés.

Tout le système médical est devenu un moyen de brandir le pouvoir et cataloguer les populations, de les placer dans un ordre nouveau qui subit directement l’impact de la science. Eva Illouz fait référence aussi bien à la statistique du nombre des psychologues aux États Unis qu’à la statistique de ‘l’industrie de santé’ qu’elle considère comme deux entités très distinctes. La psychologie et encore moins la psychanalyse sont seulement une très menue partie de ce que la médecine est devenue.

Dans l’expérience personnelle d’Éric Laurent la psychanalyse encourage en effet la révolution sociale. En rapport avec l’analyse qu’il a fait avec Jacques Lacan, il a raconté dans le passé que le Dr Lacan l’avait encouragé de ne manquer aucune séance d’analyse et aussi aucune des manifestations qui se tenaient à l’époque. C’était le temps des manifestations étudiantes des années 1960 à Paris. Pour Laurent, une des choses qui place la psychanalyse à part et la différencie des approches de la psychologie cognitive c’est son attitude vers les aspects moraux et éthiques de l’existence humaine.

« Freud n’ignora jamais le fait qu’au-delà de la question du soulagement de la souffrance, il y a aussi des questions éthiques et morales », dit-il. Comment vivre une vie de manière qui soit consistante avec la moralité  -travailler et aimer, comme il a dit- et en même temps rejeter les idées fausses de la moralité contemporaine. »

* Traduction de l'anglais en français par Hara Pepeli.


Éric Laurent. Photo par Ilya Melnicov.


Jacques Lacan

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