11 de julio de 2015

PAPERS 5. Editorial. Du corps qui se tait au corps parlant, par Clotilde Leguil


 Xe Congrès de l'AMP


Lacan n’a pas toujours fait du corps un corps parlant. Si l’on devait définir le corps imaginaire dans le premier enseignement de Lacan, on pourrait dire qu’il s’agit d’une pure forme. Le corps perçu fascine d’autant plus qu’il est une image silencieuse. Comme la lettre volée d’Edgard Poe, on ne connaîtra jamais ce qu’il dit. C’est un corps mutique. Un corps qui se tait.

Le corps lacanien en tant que corps parlant résulte donc d’un renversement radical de l’approche lacanienne du corps : là où le corps était le lieu du silence, il devient le lieu depuis lequel on peut faire résonner ce qui restera à jamais énigmatique dans le symptôme d’un parlêtre. C’est un corps qui parle en somme de ce qui se tait. 

Ce numéro de Papers 5 permet de s’interroger sur les passions du corps au XXIe siècle et sur la spécificité du corps lacanien. Un corps plus mystérieux que ce corps exhibé sans limite ou caché aux yeux de tous, de notre civilisation déchirée.  

Comme le montre Serge Cottet,  le corps parlant n’est pas le corps de la pornographie. Car dans le porno, rien n’est censuré certes, sauf la parole. Du coup, « un bruitage tout terrain accompagne les exécutants, on baise comme on passe le balai », écrit-il. Il ne suffit donc pas qu’il soit question de corps sans dessus dessous, hétéro, homo ou trans, pour que l’on se soucie du corps parlant. Claudia Iddan explore, elle, le sens de cette citation de Lacan dans le Séminaire XX, selon laquelle « le baroque est la régulation de l’âme par la scopie corporelle ». Bien qu’il soit question du corps baroque et non pas du corps du XXIe siècle, il est peut-être davantage question de corps parlant que dans le porno, aussi dégagée des normes hétéro le porno soit-il.

Ce corps lacanien est celui que Marcelo Veras définit comme un corps qui cesse d’être une forme. Pour reprendre l’expression que Jacques-Alain Miller employait à propos du Séminaire de l’Angoisse disant qu’il s’agissait d’une plongée en deçà du désir, je dirai que le corps lacanien est une plongée en deçà de la forme. Ce corps peut s’explorer à partir des affects. Amanda Goya montre ainsi que le corps parlant résulte d’une reprise par Lacan de l’affect spinoziste. Il peut aussi s’explorer à partir des formules de la sexuation, comme le fait Aliana Santana, ou du malentendu initial qui résonne toujours dans l’équivoque, comme le fait Cecilia Gasbarro. Ce corps parlant est ainsi un corps marqué par la présence de l’Autre. C’est ainsi que Carlo de Panfilis parle joliment d’une « clinique des résonances sémantiques fragiles ».


Editorial 
Clotilde Leguil
 
Pornographie : censure du langage 
Serge Cottet
 
Une feuille de vigne 
Claudia Iddan
 
O outro no Espelho 
Marcelo Veras
 
Porque el cuerpo goza el pensamiento fracasa: Lacan con Spinoza 
Amanda Goya
 
¿Cómo pensar las fórmulas de la sexuación cuando se analiza al parlêtre? 
Aliana Santana

Nacer malentendido. Oportunidad de una interpretación
Cecilia Gasbarro

Il corpo della lettera
Carlo De Panfilis

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PAPERS nº 5  

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