2 de diciembre de 2009

[AMP-UQBAR] JOURNAL DES JOURNÉES N° 64




JOURNAL DES JOURNÉES

le mardi 1er décembre 2009, édition de 23h 20

N° 64

FLASH

par Lilia Mahjoub

Hier, dans un magasin du 7ème arrondissement, je me trouve tout juste à côté de Raymond Domenech, entraîneur de l’équipe nationale de football. Il est en train de regarder des objets disposés sur un présentoir. Il est grand, mince, vêtu sportivement, et bien plus séduisant qu’en photo ou à l’écran.

Je m’avance vers lui : « Monsieur Domenech… ». Il me sourit. « Je me présente, je suis psychanalyste… » Il esquisse un petit mouvement de recul, mimant la protection.

« J’ai un ami psychanalyste, qui s’appelle Jacques-Alain Miller, et qui a écrit un article sur la fameuse main… - Ah oui, oui, oui…. C’est dans Le Point, je crois ?, me répond-t-il. Je l’ai lu, oui, c’est un article qui va bien au-delà de tout ce qui a été dit ou écrit là-dessus, qui dépasse les clivages, pour et contre. Oui, c’est d’un autre niveau. Vous savez, ça m’a fait beaucoup de bien de le lire. » Et il manifeste, dans une sorte de relâchement de pression du corps, cet effet bienfaisant.

Je lui dis que l’article est aussi paru dans un journal argentin, La Nación. « Ah oui, bien sûr, me répond-il, la main de Dieu, Maradona… Remerciez votre ami pour cet article, merci, merci beaucoup. »

Nous nous saluons, et nous nous quittons.

UNIVERSITE JACQUES-LACAN

en formation

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- Alain Grosrichard commencera en 2010 un Séminaire de recherche intitulé « Le philosophe et son Turc (Avatars du Prophète au temps des Lumières) » : alain.grosrichard@noos.fr

- Guy Briole prépare un Séminaire de recherche intitulé : « Lecture psychanalytique de la clinique psychiatrique » : guybriole@orange.fr

- Marco Mauas a accueilli avec faveur ma proposition, surgie sur Twitter, d’élucider et de commenter les thèses de l’extrême-gauche dite lacanienne (Badiou, Zizek) concernant les Juifs, Israël, la Palestine ; ce sera un Atelier qui se tiendra à Tel-Aviv sur « Shoah, Zionism, and the 'lacanian' extreme left » : contacter marmauas sur Twitter.

- J’ai proposé à mon amie Vera Gorali d’associer à l’UJL son Séminaire de recherche qui commence à l’Institut clinique de Buenos Aires, sur « La pratica analitica en el Campo freudiano en Argentina, desde 1980 » : veragorali@yahoo.com.ar

- En dérivation sur mon Séminaire de doctorat, j’ai demandé à Kristell Jeannot d’animer un Atelier à partir de sa thèse en cours de rédaction sur Lacan et Marie de la Trinité : « Lacan, la femme, la folie, l’infini » : kristell.jeannot@gmail.com

SUR LA POLITIQUE DE LA PASSE

Dominique Chauvin, Dans la série (suite et fin)

Dominique Laurent, Désir d’analysant et désir de passe

Giorgia Tiscini, On tue le désir des jeunes

Hélène Bonnaud, L’écriture et la transmission des passes

Jean-Claude Razavet, Pour le Collège de la passe

Laure Naveau, Le pas de savoir

Miquel Bassols, Passe charnière

Patricia Bosquin-Caroz, « Il n’y a pas le feu »

Philippe Chanjou, La nécessité de la réponse, ou le mentor généralisé

Philippe La Sagna, De la poussière dans nos dispositifs ?

Pierre-Gilles Guéguen, À Philippe Hellebois

Serge Cottet, Contribution

Sophie Marret, Le recul de la certitude

*

L’AFTER DES JOURNÉES

par Jacques-Alain Miller

*

COURRIER DE RENNES

A paraître dans les prochains numéros

Agnès Aflalo, Carole Dewambrechies-La Sagna,

Catherine Lazarus-Matet, Daniel Roy,

François Leguil, Guy Briole, Jocelyne Turgis,

Marc Gabbaï, Marie-Christine Patureau Mirand,

Stella Harrisson, Thierry Vigneron, Yasmine Grasser,

etc.

(liste non exhaustive)


DANS LA SÉRIE (suite et fin)

par Dominique Chauvin

Cet arrêt dans mon élan ne fut ni l’effet de la réponse du cartel, ni celui du peu de place donné au témoignage du passant lambda. Il s’agit là, en effet, d’un phénomène institutionnel. Dans le cercle plus restreint de mes amis ou des cartels auxquels je participais, je ne me privai pas de parler de ma passe et rencontrai toujours un intérêt attentif. Grâce à la période de désinhibition qui avait accompagné la procédure, je commençais à intervenir avec moins de difficulté et plus de plaisir, aussi bien dans l’ACF que dans les institutions où je travaillais.

La réponse en deux temps qui me fut faite n’était qu’une contingence parmi d’autres, beaucoup plus graves, qui survinrent au même moment. Cette année d’attente supplémentaire que je m’imposai à moi-même constitua, en revanche, un frein. Arrêtée sur ma lancée, il m’a semblé que j’aurais à soulever des montagnes pour reprendre les choses où je les avait laissées… Dans le binôme désir/volonté, je dois donc conclure que le deuxième terme n’était pas assez affirmé chez moi, ni peut-être même le premier, quoi que j’aie pu en penser. Je tentai un timide retour à l’analyse mais, décidément non, ça ne marchait plus.

Je suis restée sur un regret, non pas celui de n’avoir pas été nommée AE, je ne m’en sentais ni la vocation ni la disponibilité. J’avais plutôt assumé cette éventualité comme un risque, faible sans doute… La passe, rien qu’un petit mois de « travail de passe », m’avait déjà beaucoup éprouvée. Trouvant l’expérience incompatible avec une vie professionnelle épuisante, j’y avais consacré les vacances d’été. Je m’étais enfermée dans mon appartement et avais écrit jusqu’à 24 heures d’affilée, remettant en question Freud, Lacan, et tout ce que j’avais appris depuis vingt ans. Je savais que je m’étais mise physiquement en danger et ne me voyais pas reporter d’un an mon témoignage avec la perspective, pensais-je, de devoir tout recommencer.

Le témoignage lui-même, je l’ai donc plutôt bâclé, et voici mon regret : d’avoir fini par lâcher, de n’avoir pas fait de mon mieux. Ma conception de ce « mieux », comme bien d’autres choses, a d’ailleurs beaucoup évolué depuis lors : à l’époque, je me croyais tenue de faire, autant qu’il était possible, le tour de la question. J’avais, au cours de ce mois de travail solitaire, accumulé un matériel considérable et je butais sur la façon de l’organiser. Je cherchais un plan, n’en trouvant aucun qui convienne. Pressée par le temps, je finis par tout livrer en vrac, sans rien élaborer de plus entre les entretiens avec les passeurs, sans chercher d’ailleurs à les convaincre, à « faire passer » mon expérience – et manquant finalement la chance de cette rencontre. Je m’étais pourtant longuement interrogée sur la place que j’assignais aux passeurs, très troublée par le fait qu’ils soient deux, ce deux qui revenait en force et dont je n’arrivais pas à me dépêtrer. Quand je pus conclure qu’il fallait aussi de l’imaginaire, cela le remit, en effet, à sa place.

Mais un désir de témoignage continuait sans doute à insister. A preuve la façon dont, à ma grande surprise, une proposition d’intervention m’est venue, suscitée par ces journées, auxquelles je n’avais pourtant pas eu l’intention de participer. Cela « m’est venu », c’est la seule façon de le dire, puisque ça se produisit au cours d’un rêve. Je n’y changeai rien, ajoutant juste un brin de conclusion, où je soulignai d’ailleurs un peu trop la dimension de la castration. Etait-ce complètement hors sujet ? Ce versant fait aussi partie de la fin de l’analyse, et de la pratique aussi bien, c’est pourquoi j’ai été sensible à la note apportée par Estelle Bialek.

Je ne me suis pas demandé si ce texte avait chance de « passer ». Bien sûr que non, me serais-je dit si j’y avais un peu réfléchi. J’étais cependant consciente d’être en décalage par rapport au thème proposé ! Il s’agissait encore de ma passe mais, loin cette fois de faire un effort d’organisation et de cohérence, je m’en étais remise à la logique du rêve, à l’inconscient, qui avait sélectionné quelques points forts de ma cure.

Je me suis beaucoup amusée à écrire ce texte, c’est la première fois que j’écris quelque chose avec autant de plaisir et de légèreté. Ce qui ne veut pas dire que je n’y aie apporté tout mes soins. Mais il n’était pas fait pour « passer » et il ne passa pas. Je suis tentée de mettre aussi cette sorte d’insouciance vis-à-vis du but à poursuivre au compte d’un déficit de « volonté ».

Revenons à la question qui concerne en ce moment l’Ecole dans son ensemble. Anne Marie Le Mercier déplore que rares soient les écrits sur la passe dus à des non - AE. Un élément de réponse est peut-être qu’ils ne sont pas forcément bien accueillis, car le cadre adéquat n’existe pas. J’ai essayé, une fois, d’envoyer un argument pour une journée de l’Envers de Paris, si je me souviens bien. Il me fut répondu avec beaucoup de tact que c’était très intéressant, comme tous les témoignages de passe, mais ne correspondait pas à ce qui était attendu à l’Envers. Petite déception sur le moment, soulagement ensuite.

Il revient à chacun d’essayer de faire quelque chose de la réponse qu’il reçoit, celle de la nomination n’étant pas la plus facile, à coup sûr ! Chacun est libre aussi de se présenter plusieurs fois à la passe, s’il lui semble n’avoir pas su ou pas pu se faire entendre. Mais sur un plan plus général, quand on se demande ce que l’Ecole fait de ces témoignages, force est de constater qu’ils restent en grande partie sous le boisseau.

Je croyais que ce temps du témoignage était depuis longtemps derrière moi. Et voilà qu’il suffit d’une incitation, de l’offre de Jacques-Alain Miller, d’une amie qui me parle de l’exposé qu’elle prépare, pour que l’inconscient s’en mêle et que ce désir d’en dire moi aussi quelque chose, d’entrer dans la série, revienne de façon aussi inattendue qu’imparable.

Alors ? Seul un cadre spécifique semblerait convenir au recueil du savoir élaboré là. Je ne parle pas de la question des passeurs, n’ayant pas eu la chance de faire cette expérience. Quel pourrait bien être ce cadre ? Le Journal des journées continué ? Rien que de l’écrit ? Il est en tout cas réconfortant de voir que ma pente hystérique n’est pas seule en cause, et que la question peut être prise au sérieux.

DÉSIR D’ANALYSANT ET DÉSIR DE PASSE

par Dominique Laurent

La décision du collège de la passe de se réunir pour la seconde fois seulement après les Journées de l’Ecole indiquait clairement pour moi l’importance politique que celles-ci revêtaient. C’est dire que ses travaux doivent prendre en compte un événement majeur : celui d’un désir nouveau exprimé de façon massive de témoigner pour chacun d’un rapport à l’inconscient tel qu’il l’engage sur la voie de l’analyste. Ces témoignages constituent une strate de l’hystoire à laquelle parvient l’AE lorsqu’il est nommé. Il y en a d’autres jusqu’au dévoilement ultime du semblant, celui qui montre le voile. Certains témoignages entendus sont logiquement dignes de ce qui se recueille dans la passe, pour autant ils ne doivent pas être confondus avec le moment final. L’enjeu actuel auquel le collège de la passe doit se confronter, me semble-t-il, est celui d’une ouverture de la nomination d’AE. Cela implique une élaboration nouvelle des cartels sur le pari que constitue toute nomination. Cela suppose aussi peut-être de repenser la notion d’AE en fonction. Le témoignage clinique épistémique mais aussi politique pourrait s’inscrire dans un cycle plus court, plus vif. Cette éventualité pourrait participer à un nouvel enthousiasme pour s’engager dans la procédure. Si l’ensemble du fonctionnement de la procédure du dispositif de la passe doit être examiné, il me semble que les cartels ont un rôle majeur à jouer pour relancer la dynamique de la passe au moment même où se manifeste de toutes parts un désir de témoignage. Comment faire passer le désir d’analysant au désir de passe de la meilleure manière ?

ON TUE LE DÉSIR DES JEUNES

par Giorgia Tiscini

Je lis avec grand attention les derniers JJ sur le débat de la passe et de l’Ecole, et tout cela me questionne jusqu’au bout. Je m’autorise à dire ce que je pense :

L’époque actuelle n’est pas l’époque que vous (en incluant dans ces « vous » tous ceux qui font parti de votre génération), que vous avez vécu… Les jeunes qui vivent dans et pour la psychanalyse aujourd’hui se sentent totalement perdus… La coupure entre les grands psychanalystes de cette époque et le rien de cette époque, est vécue comme mortifère...

Il y a sûrement un côté structural, mais il y a aussi un côté propre à la société actuelle, qui veut tuer le désir, et surtout le désir des jeunes qui sont dans la psychanalyse : pas de travail, pas de patients dans les cabinets (si jamais on essaye de s’autoriser), pas d’entrée dans l’Ecole, et surtout, pas de passe… On prolonge donc l’analyse année après année, en pensant qu’il faudra attendre au moins 20 ans d’analyse avant de faire le pas de la passe (par exemple), ou une demande pour entrer dans une Ecole… Il semble qu’on ne vit que pour rentrer dans une Ecole ou pour devenir AE, en perdant ce qui est le seul noyau central de la question : la transmission de la psychanalyse…

D’où ma question : comment faire pour rétablir une continuité du désir de transmission de la psychanalyse ?

Je me disait alors : pourquoi ne pas faire un dispositif de « pré-passe » ? (en gardant toute la confusion que ce « pré » amène : pré-psychose, pré-langage… ce qui n’existe pas, et la « question préliminaire », qui existe). Un choix comme une sorte de serrage sur sa propre analyse (resserrer sa propre analyse presque en un point), pour donner une nouvelle poussée au désir, et choisir qu’en faire par la suite : faire la passe, ou bien continuer l’analyse ?

Si on 'passait' la pré-passe, on pourrait, par exemple, entrer directement à l’Ecole, tout en laissant ouverte « l’énigme » d'aller faire la passe, ou non…

Ce serait rétablir une sorte de passe à l’entrée, mais sans exclure que se puisse être déjà une passe à la sortie - lier en quelque sorte la question de l’Ecole, notamment de l’entrée dans une Ecole, et la sortie de l’analyse par la passe… la question de l'entrée et de la sortie étant en lien avec l'ex-time...

L’ÉCRITURE ET LA TRANSMISSION DES PASSES

par Hélène Bonnaud

Le texte d’Esthela Solano paru dans le JJ n°60 pose la question de la voix des passeurs, et de leur difficulté dans la transmission des passes au cartel. L’idée que l’écriture vient encombrer cette transmission par les passeurs n’est pas nouvelle. Il semble même, à relire les documents sur la passe, que cette question soit présente dans nombre de textes. La prise de notes et le souci de l’exactitude conduisent le passeur à ne pas se décoller de son écrit, produisant l’effet de mortification de la passe. Et en effet, on peut penser que l’écriture vient boucher la perte que constitue la parole. Or, la passe est une procédure qui implique l’écrit comme reste de ce qui est dit par le passant, et comme support de la transmission. Il en est sa trace, la trace qu’un dire a eu lieu entre le passant et le passeur. Le temps y est aussi convoqué, la rencontre avec les passants se situe souvent très à distance de la rencontre avec le cartel de la passe. Le passeur est donc soumis à l’obligation de garder la transmission qu’il a à faire, en attente.

L’écriture d’une passe par le passeur apparaît comme un mode de transcription du témoignage oral. Quelle valeur donner à cet écrit ? Et pourquoi donne-t-il lieu, régulièrement, à une vraie plainte des membres des cartels de la passe ? Qu’est-ce qui ne passe pas au lieu même de ce qui s’énonce dans la transmission ? Selon Esthela Solano, il s’agit « d’un étouffement de l’énonciation du passant ».

A l’époque où j’étais passeur, j’ai adopté la façon de faire suivante : Je notais quelques phrases au moment de la rencontre avec le passant. J’écrivais ensuite l’entretien avec le passant. A la fin de son témoignage, je reprenais l’ensemble. On peut dire qu’il s’agit déjà d’un travail d’interprétation. Il y a une part de la parole qui tombe, et ne reste que les points qui engagent la logique de la cure. C’est un premier filtre.

Dans La cause freudienne n°49, J.-A. Miller marque le décrochage qui se produit entre le premier enseignement de Lacan et le dernier. Il s’agit du passage de la suprématie du Symbolique à son ravalement. Il indique que la parole passe d’une valeur de salut à celle « de parasite, voire de cancer, d’épidémie, d’éclaboussure. On trouve évidemment dans cette voie-là un ravalement du sens ». Et J.-A. Miller introduit une théorie de la double écriture.

La première est une écriture liée à la parole qui est une précipitation du signifiant. C’est une forme de traduction. « Ce qui se dépose, sous forme de cette première écriture, c’est ce dont la voix, par ses accents, ses modulations, est le support ».

La deuxième écriture est celle « du pur trait d’écrit. Le nœud borroméen représenté est de cet ordre. Elle vient d’ailleurs que du signifiant, qui n’est pas de l’ordre de la précipitation du signifiant, et qui installe une autonomie de l’écriture par rapport au signifiant ».

Il me semble que l’écriture de la transmission du passeur procède du premier enseignement de Lacan. Elle s’applique à la parole qu’elle cherche à traduire. Mais elle ne peut se contenter d’en être un enregistrement intégral. Elle coupe, elle extrait, elle logifie. Elle cherche à construire un savoir articulé. Est-ce cette écriture qui produit un écrasement du sujet de l’énonciation ? Le travail du passeur consisterait plutôt à structurer le témoignage pour en cadrer le savoir.

La question qui se pose est alors : comment se servir de la deuxième écriture dans la transmission d’une passe ?

Pour tenter d’y répondre, je prendrai appui sur le texte paru dans la LM n° 240 où J.A-Miller reprend sa formule sur les deux modes d’écriture, et y ajoute, deux jouissances.

En effet, il introduit la distinction de deux écritures, « il y a un mode de l’écrit, celui qui parle – qui est comme un corps ». Cette notation est précieuse. [Sans doute, mais, telle quelle, je ne la comprends pas moi-même, excusez-moi. JAM] Elle renvoie à la parole comme jouissance du corps.

« Le deuxième mode d’écriture est l’écrit qui ne veut rien dire, en tous cas, celui qui ne se lit pas. Lacan a mis ce terme « pas-à-lire » en circulation, avant de se lancer dans son entreprise du Sinthome ».

Ces deux modes d’écriture correspondent l’un au signifiant, l’autre à la lettre. Le symptôme est fait de signifiants : dans Télévision, Lacan utilise le terme de joui-sens pour montrer la jonction entre le sens et la jouissance. C’est à partir du moment où il sépare cette jonction de la jouissance et du sens qu’il introduit la jouissance transparente et la jouissance opaque.

Nous pouvons dès lors soutenir deux modes d’écriture dans la passe. L’une qui se réfère au sens joui, c’est l’objet a qui en est le noyau et qui vient se loger comme contenant du trou.

Et il y a « la jouissance opaque d’exclure le sens ». Cette écriture nécessite un grand J qui ne se conforme pas au moule, qui exclut a. Cela rejoint le point que j’avais indiqué dans le cours « Choses de finesse », (14 janvier 2009), où J.-A. Miller indique que la passe du dernier enseignement porte sur l’inconscient, non pas comme savoir, mais comme jouissance.

Pour transmettre cet inconscient-jouissance, quel serait le mode opératoire le plus adéquat ? Si quelque chose n’est « pas-à-lire » de l’inconscient, comment le transmettre ?

Qu’est-ce qui indique ce passage d’une écriture à l’autre dans la passe ? Comment les passeurs s’en saisissent-ils dans leur rencontre avec les passants ? Comment les cartels de la passe interrogent-ils ce point ?

Il me semble que soutenir que ça s’écrit dans la passe, que ça s’écrit trop, indique déjà une jouissance opaque. S’il ne s’agissait que du sens, l’écriture du témoignage passerait sans cette fatigue qui semble accabler les cartels de la passe et faire répétition depuis des années. Reste que ce « pas-à-lire », comment l’écrire ? S’écrit-il ? Se transmet-il ? Comment lire la jouissance si ce n’est avec le signifiant ?

Sans doute cette question de l’écriture, de son excès notamment dans la procédure de la passe, est-elle le symptôme même de ce reste de jouissance d’un écrit « pas-à-lire ».

Mais peut-être que l’effet de ravalement produit par la transmission n’est-il que la conséquence d’une passe ratée. Alors il faut s’interroger sur ce qui est en cause dans cet échec et qui fait barrage au désir de savoir comment ça ne s’est pas écrit.

Dans une intervention du 21 janvier 2007 sur la procédure de la passe, J.-A. Miller notait que nous étions arrivés à la fin de la passe comme science. Et il prônait l’idée de passants artistes. C’est une question qui n’est pas facile à comprendre. Il faut sans doute se demander comment le passant peut transmettre une certaine lumière sur son analyse, et comment il fait pour qu’elle éclaire l’Autre de son temps. L’éclair, n’oublions pas, c’est le terme que Lacan retient : « Il y a une chose qui est importante, c'est que si effectivement cette passe peut être quelque chose qui, tout d'un coup, met en relief pour celui qui s'y offre met en relief, comme peut le faire un éclair, c'est à dire d'une façon qui approche soudain un tout autre éclairage, une certaine partie d'ombre de son analyse ; si c'est bien dans cet éclair que quelque chose peut être aperçu de cette expérience, c'est une chose qui concerne le passant. Je dois vous affirmer, je pense que nul dans le jury même Leclaire ne me démentira, je peux vous affirmer que ça a été pour certains une expérience absolument bouleversante. » (Congrès de la Grande Motte en juin 1975).

Cette expérience bouleversante, ça a été aussi pour moi, le temps des Journées 2009. J’y ai éprouvé comment l’Ecole s’est mise au service de la transmission de la psychanalyse.

POUR LE COLLÈGE DE LA PASSE

par Jean-Claude Razavet

Je m’autorise pour parler, de la nouvelle orientation donnée par JAM ces derniers temps et de ses effets observables à ces dernières journées. À savoir un retour à Lacan qui remet le projecteur sur la psychanalyse pure, et du même coup place au second plan, non seulement la psychanalyse appliquée mais aussi la clinique comme telle. Or le dispositif de la passe a été inventé pour explorer les effets de la psychanalyse pure poussée jusqu’à un certain terme, et pour en apprendre sur ce terme. Il sert secondairement à désigner du titre d’AE ceux dont on pourra dire de leur analyse qu’elle aura été didactique, sans préjuger de celui qui l’a conduite. Étant parvenu jusque-là, on peut s’attendre à ce le sujet désire faire partager à la communauté analytique qui l’a nommé, le vif de ce que la psychanalyse lui a apporté avec les moyens qui sont les siens,. Pas besoin d’être un orateur ! Et il est juste que l’École lui offre la possibilité de le faire pendant un certain temps. Et rien ne l’empêche de continuer tant qu’il en aura le désir et la force. Je mets donc l’accent d’une part sur le désir (et non le devoir comme on l’entend dire), et d’autre part sur l’offre. Si chacun, passant, passeur, cartel, avait cela en tête, ça changerait peut-être des choses.

Il y a dans le dispositif un élément très particulier qui est le passeur. Il me paraît urgent de s’interroger sur sa fonction, pour apprendre à les désigner et savoir s’en servir. Voici comment je m’imagine ce qui a pu présider à cette invention de Lacan. Il est probable que Lacan ait entendu sur son divan des analysants s’interrogeant sur la fin de leur cure, des propos comme celui-ci : « Un tel m’a parlé de ce qu’il traverse en ce moment, c’est très intéressant, c’est un peu comme moi… etc . Un type comme ça devrait être capable de faire passer quelque chose de ce que lui raconte son petit copain, à un jury ! c’est sans doute comme ça qu’il a introduit dans la psychanalyse un troisième dispositif, s’ajoutant à ceux de la cure et du contrôle. Notons que le contrôle présente un point commun : Le contrôleur porte un jugement sur un patient dont il est privé de l’image et de la voix. C’est ce dont le cartel lui aussi est privé, et dont il ne sait pas toujours se priver. Ah ! ce passant, je le connais, il est comme ci il est comme çà, il est incapable de faire un enseignement. .. etc. Je trouve que le cartel devrait s’astreindre à une certaine ascèse de ce côté là et pour cela il doit être convaincu 1° de la nécessité de cette privation de l’obscénité imaginaire du groupe et 2° qu’il sache que le secrétariat se charge de cet aspect des choses qui, bien sûr n’est pas à négliger.

Cette ascèse, on la doit bien à ceux dont on ne dira jamais assez l’immense confiance qu’il font à l’École en participant à l’expérience. On en a eu beaucoup de témoignage à ces journées

Je fais ce rappel , à partir de l’expérience de ma participation aux cartels de la passe dans les années 80 et ces dernières années.

Entre les années 80 et aujourd’hui on constate que la section clinique est passée par là, qui a fait son travail d’acculturation. Une efficience qui dans le fonctionnement du dispositif de la passe apparaît, de mon point de vue, souvent comme un obstacle. Les passeurs sont tentés de nous présenter les témoignages comme des cas cliniques. Avec une certaine connivence avec le cartel, en s’efforçant de faire reconnaître qu’au niveau clinique, ils sont au top niveau. IL n’est pas sûr qu’au niveau du cartel, nous ne soyons pas complice de ce qui m’apparaît comme une dérive. Sommes nous là pour faire la clinique de nos collègues ? Certes, comme l’a montré Merlet, il y a un tropisme du psychotique pour la passe, mais c’est au secrétariat d’éliminer les demandes trop délirantes. Cela permettrait au cartel de prêter attention à des phénomènes qui s’apparente à des phénomènes psychotiques et qui sont le signe d’un franchissement (cf. Écrits, « Réponse à Daniel Lagache »), sans pour autant être saisit d’horreur.

Il n’est pas question de mettre la faute sur le passeur, il s’agit de savoir ce qu’on attend de lui, d’apprendre à le nommer, et surtout à s’en servir. Car nous sommes essentiellement là pour apprendre des passeurs et des passants qui devraient être dans le même courant, la même passe au sens maritime, ce qu’est la passe, la fin de l’analyse, ou le passage à l’analyste.

C’est pourquoi, pour ma part, je ne suis pas choqué ou étonné qu’un passant, dans un moment plutôt maniaco-dépressif, dise, avec ce qui peut apparaître comme une certaine arrogance : « Ça, c’est ça, la passe ». Ça ne devrait horrifier ni le passeur ni le cartel. Il est à voir si ce point d’horreur n’est pas un élément qui puisse nous guider C’est bien ça qui, dans le meilleur des cas devrait donner envie à des analysants relativement frais et neufs, j’insiste, et encore naïf, autrement dit, de participer à l’expérience de la passe. Ce que j’ai entendu à ces journées me fait sortir de ma réserve. Cette fraîcheur, bien sûr, elle est encore plus exigible du passeur si on veut qu’il puisse fonctionner comme drite Person. Ça serait autre chose qu’un passeur devenu passeur professionnel, parfait clinicien, capable de faire un parfait exposé clinique. Un analysant dans la passe, susceptible d’être passeur, c’est à dire d’être la passe, n’est dans la passe que pour un temps limité, au bout d’un certain temps c’est fini, c’est à celui qui l’a désigné de le retirer du chapeau.

C’est tout cela qu’il serait souhaitable de mettre au travail avec ceux qui les désignent (Est-ce que d’autre que les AME ne pourraient pas en désigner ?), ceux qui les utilisent, voire avec les passeurs eux-mêmes.

Quand on entend la qualité d’énonciation de ce qui a été présenté à ces journées sans l’intermédiaire du passeur, on ne peut qu’être saisi, je le répète pour conclure, de l’urgence de penser à nouveau frais la fonction du passeur.

LE PAS DE SAVOIR

par Laure Naveau

Renversement

Souligner, comme je l'ai fait lors de l'AG de l’École, le renversement absolu, relativement à la passe et à la psychanalyse pure, que constitue ce que Jacques-Alain Miller a introduit toute cette année, à son Cours, « Choses de finesse », dans les entretiens d'actualité, avec le JJ et ces Journées extraordinaires ¾ et ce n’est pas fini ¾ , appelle d’autres remarques.

Une nouvelle École est en train de naître, cent huit analysants-analystes se risquent à exposer un bout de ce qui surgit sur leur chemin analytique, et son élucidation.

Par la grâce du transfert, et par cet acte inédit, chacun naît ou « tombe », comme l’a écrit Laura, analyste. Et ce, de façon singulière, élective, contingente, discontinue. La passe s’en trouvera nécessairement rafraîchie, puisque cette fraîcheur, cette témérité joyeuses, avaient un goût de passe.

Cela peut égayer le « malentendu de naissance », cela peut éclairer le « jeté dans le monde du langage ».

La faute, le falsus, porte alors sur comment chacun, pour son propre compte, s'en arrange (cf ; mon intervention aux Journées, « Médusée »). En ce point, une très jeune analysante peut se retrouver sur le même plan qu’une analyste qui a été nommée AE. En ce point, elles font la paire, même combat analytique: l’inconscient ne connaît pas le temps, mais il aime l’occasion. Il aime que l’on s’analyse. Que l’on sache transmettre l’analysé en soi. Que l’on s’autorise.

Oui, le malentendu tient au traumatisme de la langue pour chacun, mais il arrive qu’il soit élucidé et, en un éclair fulgurant, levé. L'AE est « toujours nouveau, de l’être pour le temps de témoigner dans l’École, soit trois ans (…)» (Jacques Lacan, Lettre pour la Cause Freudienne, 23 octobre 1980). L’AE est toujours nouveau s’il ne cesse pas de passer la passe, et ces journées lui en ont offert la superbe occasion. Ce qui compte pour la cause analytique, non pour lui, est qu’il soit un AE « à la hauteur », qu’il l’ouvre, qu’il y mette du sien dans la politique lacanienne. Occasion et rencontre sont de la partie. Comme l’est le désir, ce désir « où le sujet est appelé à renaître pour savoir s’il veut ce qu’il désire (… ) », car « (…) sur ces tables, rien n’est écrit pour qui sait lire, hormis les lois de la Parole elle-même. » (Écrits, p. 682 et p. 684)

Nous l’avons vécu, c’est possible. Ce sera écrit. Il nous appartient d’accueillir toujours cette jeunesse qui s’analyse, qui devient, qui tombe, analyste.

L’épreuve et la fonction

« Il est urgent de l’arracher (la parole) à l’emprise de l’écrit, afin que les passeurs fassent entendre une voix ». Cette proposition d’Esthela dans le débat actuel sur le passeur me parle. Elle résonne avec celle de Pierre : « L’énonciation du passeur est, à ce moment, décisive. »

Avoir été désignée passeur par mon analyste, il y a plus de dix ans, fut par moi interprété dans le sens d’une performance à faire au service du passant soit, de la passe, et de l’École. En particulier, pour une passe où j’avais été désignée comme « troisième » passeur par le cartel. Je l’avais défendue avec toute ma verve, car j’étais convaincue. A la fin de ma transmission, le cartel demande que je donne mon avis. Je répond : « C’est une performance. » Il m’est alors répliqué, du tac au tac : « La performance, c’est vous qui l’avez faite ».

À ce moment de mon analyse, être désignée passeur correspondait à un franchissement : être sortie du bain oedipien tout en acceptant d’entrer dans la même École que celle des parents (le même bain). Une École de Lacan subjectivée par moi, où il y avait des choses à faire pour son orientation et pour la psychanalyse (nous étions en 1997, une crise menaçait).

Je passais un cap, je passais à autre chose, le corps se mettait en mouvement, je traversais en rêve des ponts, je faisais le pas sur l’autre rive. Et, du même pas, je pouvais devenir passeur, m’intéresser à l’autre, le « faire passer », et parfois, devenir analyste. Faire entendre ma voix pour la psychanalyse était donc déjà là, mais je ne le savais pas encore.

La séparation d’avec cet objet survint quelques années plus tard, lorsque je pus devenir une voix , et laisser à mon analyste cette « voix douce », qui ne portait plus aucun sens-joui hérité du symptôme familial.

Prête à témoigner dans l’École, je m’engageais d’un pas décidé dans le dispositif de la passe et fut nommée AE.

Sans doute, mes deux passeurs ont-elles su faire entendre ma voix, avec talent.

Une urgence se faisait à cette époque déjà pressante, avec les Forums, de faire passer la psychanalyse dans le politique. Cela avait fait partie de ma décision. Je l’ai transmis lors de mon enseignement d’AE (cf « Obtenir la différence absolue », fascicule Tresses)

Aujourd’hui, le formidable « pas en avant » collectif et politique impulsé par ces journées pourrait avoir comme effet singulier que les uns fassent le pas de la passe, et les autres soient désignés comme passeurs.

Entre épreuve et fonction donc.

PASSE CHARNIÈRE

par Miquel Bassols

Un récent débat à Barcelone sur la passe a soulevé un point qui me semble intéressant d’apporter au Collège. On a parlé là de la passe comme d’un dispositif charnière, d’abord dans le témoignage du passage de l’analysant à l’analyste, dans la porte d’entrée à l’Ecole à l’époque où le dispositif a accompli aussi cette fonction, dans les battants de la fenêtre intérieur de l’Ecole où la question se pose sur ce qui est un analyste… Mais l’expérience et le dispositif de la passe sont aussi une charnière entre l’intérieure de l’expérience analytique et de l’Ecole et l’extérieure qui fait souvent sont extimité même. En fait, on peut lire dans la « Proposition » de Lacan aussi un pari pour transmettre ce qui est un analyste, - « comment on devient analyste » -, à l’Autre du discours social de la façon la plus claire et précise possible. Et c’est ainsi justement que l’Ecole comme sujet trouve dans l’expérience de la passe sa propre division, une division qui doit être toujours renouvelée dans cette fonction de charnière entre son intérieur et son extérieur, dans la tache de témoigner et de transmettre ce qu’est un analyste au début du XXIème siècle.

Les récentes Journées de l’ECF de ce mois de Novembre ont été, en effet, le meilleur exemple qu’on pouvait donner de cette fonction charnière entre le plus intérieure et privé et le plus extérieur et public de cette expérience singulier du devenir analyste. L’Ecole a rencontré là le plus vif de sa propre division comme sujet face à ce qui est aujourd’hui la cause analytique. Et cela dans la mesure où l’on a fait un grand effort minimaliste, dans un idéal d’éclair et de simplicité, pour réduire ce témoignage au plus essentiel a fin d’être convaincant au premier venu, un quelconque de la multitude des participants à ces Journées.

La question se pose alors de ce que cette expérience peut nous enseigner – aux passants, aux passeurs, aux cartels de la passe, au Collège même – sur la politique à suivre dans cette fonction de la passe-charnière quand elle vise non pas seulement l’intérieur supposé de la communauté analytique (il y a toujours communauté supposée !) mais surtout cet extérieur qui est aujourd’hui le véritable partenaire extime de la psychanalyse.

« IL N’Y A PAS LE FEU »

par Patricia Bosquin-Caroz

En 2002, je participais, en tant que passeur au cartel de la passe.

Précédemment, comme passeur, je connus deux moments. Le premier s’inscrivait dans l’effervescence de « la passe à l’entrée ». Le second dans celui de la passe dite conclusive. A cette époque les demandes de passe, sériées en amont, devaient démontrer leur fin. Les autres étaient donc arrêtées. Je connus dans l’exercice de ma fonction de passeur une fracture. D’un côté l’inflation de la passe, de l’autre, sa déflation. L’Ecole venait de juguler « l’acéeffisation » qui la phagocytait. Et pourtant, dans ce moment de « la passe à l’entrée », l’Ecole était animée par un désir de passe. Cette atmosphère vivante était autant perceptible dans la rencontre avec les passants, que dans celle avec les cartels. Chacun était, si je puis dire, sur le qui vive. Ensuite, vint le second temps avec sa raréfaction des demandes de passes. S’ensuivit alors une traversée du désert. Désert des demandes. Désertion de la passe. Dans le cartel nous éprouvions ce désert. Ce désert finit par gagner du terrain sur notre désir. Désert est un terme qui aujourd’hui dans la clinique s’oppose à celui de désir. Il dit la mort du phallus qui anime. Il en est son farouche rival. Malgré tout, quelques passes furent examinées. Mais force est de constater que l’atmosphère première était perdue. Le temps de l’attente commençait. Qu’attendions-nous ? Que l’Autre demande la passe. On se le disait. On se demandait ce qui se passe… L’analyste suscite l’attente, il sait la cultiver, nous dit JAM dans son « Introduction à l’érotique du temps » (La Cause freudienne N0 56). Là, l’attente est propice à la surprise que provoque l’interprétation. L’obsessionnel attend aussi. Il atermoie le temps. Mais son attente à lui tient l’Autre en suspens pour lui faire donner l’objet demande (JAM). J’attends que tu me demandes. L’Ecole attendait que l’Ecole demande la passe. C’est le serpent qui se mord la queue. L’atermoiement confine à l’impossible réalisation du désir. Que faire dans cette salle d’attente qu’était devenue l’Ecole. Attendre. Attendre et penser : Et si la raison en était l’intérêt de l’Ecole pour la psychanalyse appliquée ? Des questions épistémiques se posaient également : C’en est fini de la traversée du fantasme, quid du synthome ? Et pourtant chacun savait bien que les analyses se trament sans se coller à la doxa, leur fin, toujours contingentes aussi. En attendant Godot, nous meublions l’attente. Nous finîmes par l’habiter. Elle, tel le désert ne cessait de gagner du terrain. Elle finit même par contaminer le temps qu’il fallait pour répondre au passant. Ce temps de l’attente s’immisçait au travers d’un autre, lui barrait le chemin, celui que Lacan dénomme, l’instant de voir. L’atmosphère asphyxiante de l’attente n’a-t-elle pas aujourd’hui finit par étouffer cartels, passants, passeurs ? Le temps pour comprendre ce qu’est la Passe ne nous a-t-il pas fait rater l’instant de voir ce qu’elle est au un par un ? En attendant, il en fallut un qui dise « suffit d’attendre !». En attendant Godot !

LA NÉCESSITÉ DE LA RÉPONSE,

OU LE MENTOR GÉNÉRALISÉ

par Philippe Chanjou

J’ai fait la passe en 2008 et j’ai reçu comme réponse : « Vous êtes vivement recommandé à l’Ecole par le cartel ». J’ai demandé à rencontrer Miquel Bassols, plus un du cartel. L’explication fut la suivante : « nous n’avons pas pu vous nommer AE car nous ne vous connaissions pas » On peut ironiser en se demandant qui connaît mieux un sujet qu’un cartel de la passe ? Mais ce n’est pas dans ce sens qu’il faut comprendre connaître, mais comme le fait que je n’avais écrit en tout et pour tout qu’un article clinique dans la lettre mensuelle. Concernant la passe elle même j’ai eu droit à des superlatifs comme bouleversant ou extraordinaire ou enfin rare. Un des membres de ce cartel, ex AE, m’a confirmé le fait que la charge de l’enseignement d’AE était beaucoup trop lourd pour que l’on puisse l’a confié sans un minimum de garantie concernant la capacité de la personne a pouvoir l’assumer.( c’est moi qui parle de garantie, le mot n’a pas été prononcé) Il s’agit là d’une réalité incontestable, mais elle a comme inconvénient majeure de ne pas permettre au passant, qui a témoigné d’une séparation d’avec l’objet, d’utiliser explicitement le matériel de son analyse pour son travail dans l’Ecole. Ceci me paraît être une perte très dommageable non seulement pour le passant, mais également pour l’Ecole qui se prive ainsi de ce qui la soutient et la met au travail. Le risque majeur étant de tirer l’Ecole vers le discours universitaire.

Je propose une réponse à cela : la mise en fonction du « mentor généralisé ». Cela signifie qu’il faut sortir l’AE de sa solitude héroïque en l’allégeant de sa charge de représenter l’Ecole, et mettre en place le fait que toute élaboration de l’AE doit impliquer une réponse d’autre membre de l’Ecole et que cela devienne donc d’emblée une conversation. Je donne un exemple : une de mes questions concerne la vérité, et cela, à partir d’un point majeur de ma cure. J’ai pu en effet analyser le fait que la question de la vérité s’était mise en place pour moi vers l’âge de 4 ans, au moment précis où l’objet regard s’est mis en fonction. Tenter d’élaborer une articulation là dessus tout d’abord perd son sens si je n’en donne pas les coordonnées cliniques, mais ensuite, il me serait très précieux de pouvoir proposer à un mentor de mon choix, qu’il me réponde, et bien sûr, que cette réponse soit publiée. Je pense, par exemple à François Regnault qui va intervenir à Rennes sur cette question de la vérité. Mais il y en aurait tant d’autres !!

Quelle mise au travail ce serait pour moi ! Je n’aurais plus, en tant qu’AE à supporter héroïquement la charge de l’enseignement pour l’Ecole, mais je proposerais une conversation à partir des points vifs de ma cure. L’angoisse de l’Ecole que l’AE ne soit pas à la hauteur de sa tache serait allégée par ce droit de réponse. En d’autres mots : vive l’AE castré de la vérité et vive la conversation ! Sa seule prérogative, et pas des moindres je le concède, serait de recevoir une attention particulière des mentors à qui il s’adresserait.

L’AE castré de la vérité, bien sûr, tout le monde sera d’accord avec cela, et pourtant dans les faits et le fonctionnement de la passe, il semble qu’il y ait encore une sorte d’idéalisation de l’AE.

Une des causes à cela me semble être l’erreur qui consiste à croire que la séparation d’avec l’objet soit la fin de la cure. Il n’y a rien de pire que de faire flamboyer cette séparation comme étant le point final, alors que le dur travail concernant le sinthome ne fait que commencer ! J’ai tenté de commencer à dire quelque chose de cela dans mon texte pour les journées. En tous cas je propose cela au débat.

Le mentor généralisé ne doit pas, bien sûr s’arrêtait à la seule question de la passe et des AE , elle doit guider l’ensemble de nos




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