17 de diciembre de 2009

[laliste] Le feuilleton n°6


n° 6


Un style sans pareil

Philippe Aurat – Nonette


Francis est accueilli au foyer pour adultes du centre de Nonette depuis la création de cette structure en 1988. N’ayant pas l’usage de la parole, il a développé tout un panel de signes avec pas mal d’ingéniosité, utilisant sa voix, percutant son corps avec ses membres, pour se faire entendre. Il sait être vif, rapide dans ses mouvements. Il donne l’impression d’être isolé, assis dans son coin, refermé sur lui-même, mais il n’en est rien. Au contraire, il est très sensible à ce qui se passe autour de lui, à l’ambiance sonore et aux personnes qui sont présentes. Pour en rendre compte, il suffit par exemple de l’entendre répondre aux cris d’un de ses camarades. Il amène tout de suite sa contribution sonore en répondant de ses propres vocalises à l’appel de la voix de l’autre.

Lors changement d’équipe, à 14 heures, il se trouve souvent présent autour ou dans le bureau des éducateurs, s’étant levé promptement pour venir à l’endroit précis où s’effectue ce changement. Pour un sujet que l’on pourrait croire perdu dans son monde intérieur, il est au contraire toujours à l’écoute et très sensible à ces moments de passage et de transition entre les personnes qui l’accompagnent. Aussi bien vient-il toujours à côté de la table autour de laquelle l’équipe éducative se retrouve régulièrement pour organiser le travail. Son intérêt pour qui est et sera présent à ses côtés ne faiblit pas.

Envisager le changement est pour lui quelque chose de très particulier. Il nous l’a montré antérieurement de façon radicale. S’est en effet posée la question, il y a quelques années, de savoir s’il avait bien sa place dans cet établissement au regard des symptômes qu’il présentait et qui ne correspondaient pas à l’image que l’on pouvait se faire d’un sujet psychotique. On le voyait plutôt atteint d’une sorte d’arriération mentale ou de profonde débilité et donc orientable vers un autre type de structure d’accueil. Sa réaction d’alors fut la crise d’épilepsie. Chaque fois qu’il a été question de le placer ailleurs, Francis s’est manifesté de cette manière, nous montrant là son extrême sensibilité aux paroles le concernant directement et la radicalité d’une réponse symptomatique mettant tout de suite en jeu la vie même du sujet. Une traduction de son refus dans le réel de son corps. Une position subjective affirmée à mort, sans le recours au symbolique.

Lorsqu’en septembre 2006 le centre de Nonette a déménagé, l’inquiétude de ses parents à l’approche de ce changement était bien perceptible quant aux éventuelles réactions de leur fils en de telles circonstances. Or, il n’en a rien été. Foin de l’épilepsie, mais une rapidité d’adaptation étonnante, affectée très souvent d’un sourire satisfait, se déplaçant avec une aisance remarquable dans ces nouveaux locaux, ce nouvel espace de vie qu’on lui offrait maintenant, me surprenant, ainsi que toute l’équipe, par la facilité avec laquelle il avait investi les lieux. Un sujet qui fait donc bien la différence entre changer d’institution et changer de lieu dans la même institution avec la même équipe éducative.

À cette occasion exceptionnelle, ce sujet nous a indiqué son désir de poursuivre à Nonette et il continue chaque jour de nous le rappeler discrètement avec son style sans pareil.


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